« La Base Didouche » en terre libyenne

Par Fateh Adli
Publié le 23 Jan 2018
Lorsque le commandement de la Révolution, incarné par le GPRA, à travers son ministère de l’Armement et des Liaisons générales (MALG), sentit le besoin de centraliser ses services de documentation et de renseignement et de protéger notamment ses archives, qui commençaient à gagner en ampleur, les dirigeants ont aussitôt songé à la Libye pour y créer ce qui deviendra le centre névralgique de l’ALN, jusqu’à la fin de la guerre ou, plus précisément, jusqu’au jour où le clash entre le GPRA et l’Etat-major général mettra fin à son fonctionnement, au moment où il était à son apogée.
1- Abdelhafid Boussouf, 2- Omar Boudaoud à la base Didouche-Mourad
La première promotion des transmissions baptisée Promotion « Zabana ». Août-septembre 1956 1- Mustapha Hadjadj-Aoul dit Mahfoud. 2- Abderrahmane Berrouane dit Saphar.  3- Commandant Omar Telidji en civil.
1- Abdelkrim Hassani dit Si El Ghaouti, 2- Nelson Mandela

Le choix de la Libye n’était pas fortuit, puisque c’était le pays qui réunissait toutes les conditions nécessaires pour l’installation d’une base censée être secrète et qui, elle-même, exigeait la discrétion et la sécurité les plus totales. Chose qui n’était point garantie ni au Maroc ni en Tunisie, où se trouvait l’essentiel des structures dirigées par le MALG, facilement repérables par l’ennemi et exposées à une multitude d’obstacles.
Créée en juillet 1960, cette centrale avait, comme nom officiel, la Base nationale d’exploitation et de coordination (BNDEC), baptisé au nom du chahid Didouche Mourad. Elle était sous la tutelle directe du MALG et de son chef, le colonel Abdelhafid Boussouf. Son responsable était Abdelkrim Hassani, dit Si El-Ghaouthi.
Boussouf a étudié le projet avec Ahmed Bouda, qui était alors représentant du GPRA à Tripoli, lequel a aussitôt pris contact avec les responsables libyens. Ces derniers ont accepté sans attendre la demande des Algériens, en mettant à leur disposition une grande caserne qui venait d’être évacuée par les Anglais, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Tripoli, en plein désert.
Dans un  rapport de constat établi par Bouzid Abdelkader dit Abou El-Feth, un des cadres du MALG, dépêché sur les lieux, le bâtiment choisi semblait réunir les caractéristiques topographiques idéales pour une base de documentation : isolé, sécurisé et assez vaste. Avec l’aide de frères libyens, les responsables du MALG ont rapidement aménagé et équipé la caserne. Au bout de quelques semaines, la base était fin prête pour recevoir des centaines de cadres issus des différentes directions du MALG et venant de partout, en même temps que les archives et divers documents transférés essentiellement de Tunisie et du Maroc, soit par avion soit par bateau.
Dans son témoignage, l’ancien directeur de la DVCR (Direction de la vigilance et du contre-espionnage), Abderrahmane Berrouane dit Saphar, affirme que cette base leur a définitivement réglé « le triple problème de sécurité, de centralisation et de coordination entre les différents services, qui se posait jusque-là avec acuité ». Entre autres missions dévolues à cette base : établir des synthèses en temps réel à l’adresse des négociateurs du GPRA pendant tous les rounds de pourparlers engagés avec le gouvernement français.   
A la Base Didouche, les cadres avaient, malgré l’isolement et l’éloignement géographique, tous les moyens nécessaires pour se déplacer librement en véhicules. Les autorités libyennes n’ont jamais entravé leur circulation, y compris pour aller en Egypte. Ce qui permettait aux responsables de la base de rester en contact avec Tripoli, et notamment le représentant du GPRA, Ahmed Bouda, qui les a aidés à installer un poste-radio dans la capitale même. Il faut rappeler que durant la même période, le CNRA se réunissait régulièrement à Tripoli, profitant des conditions de sécurité qui y régnaient. Ces réunions étaient non seulement autorisées par les autorités libyennes, mais étaient aussi surveillées par des agents de police affectés à cette mission et coordonnés par un haut gradé. Le moindre mouvement suspect était repéré et signalé aux responsables algériens qui réagissaient en conséquence.
Très vite, la base Didouche acquit une renommée dépassant les frontières de la Libye. Presque tous les dirigeants de la Révolution l’ont visitée, à commencer par le président du GPRA Ferhat Abbas, qui était venu, accompagné d’une importante délégation, pour remercier et encourager les cadres en poste. Malheureusement, le conflit au sommet s’est négativement répercuté sur le travail de cette base. Les pro-Boumediene, conduits par un Khelifa Laroussi, qui était pourtant un homme de confiance de Boussouf, s’emparèrent des archives qui y étaient conservées et, du coup, sommèrent les cadres et djounoud de choisir leur camp.
Il va sans dire que cette confrontation, largement relatée par d’anciens membres de cette base dans leurs Mémoires, s’est déroulée à l’insu des autorités libyennes qui n’auraient pas accepté que des règlements de compte aient lieu sur leur territoire, même s’ils ont rarement essayé de s’immiscer dans les affaires internes de leurs hôtes, qui étaient avant tout leurs frères. Car, c’est avec tristesse et amertume qu’ils vont assister, impuissants, au grand déballage de juin 1962, à l’occasion de la tenue de la dernière réunion du CNRA, communément appelée « congrès de Tripoli ».
A la démobilisation, les membres qui étaient restés en poste (parce que la pluparts étaient partis avec la troupe dépêchée par Boumediene) ont tenu, avant de partir, à remettre tous les biens mobiliers et immobiliers appartenant aux Libyens. Une façon d’exprimer leur reconnaissance pour tout ce que ce pays frère avait consenti et risqué pour le triomphe de la cause algérienne.
Adel Fathi

GUERRE DE LIBERATION

Repère et Symbole

Le 1er novembre 1954

FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES
MEMOIRE
UNE VILLE, UNE HISTOIRE
CONTRIBUTION

Syphax et la rencontre de Siga

Ain Temouchent (206) AV J.C