La mystérieuse carte ottomane
L’Amérique précolombienne

Par La Rédaction
Publié le 16 Jan 2018
Les contours du Nouveau monde, l’Alaska et le Groenland étaient-ils connus avant Colomb ? C’est tout le mystère de Kitabi Harita de l’amiral ottoman Mahieddine Piri Reis, passionné de cartographie au XVIe Siècle à l’époque de Suleyman le Magnifique.

Il s’agit d’un fragment qui a survécu d’une « Carte du monde » de 1553 réalisée sur une peau de chevreuil. Problème : cette carte illustre les côtes Ouest de l’Europe, une partie de l’Afrique de l’Ouest et la côte Est de l’Amérique du Sud. Elle est très en avance sur son temps. Réalisée par l’amiral ottoman Mahyeddine Piri Reis, cette description minutieuse du monde a fait l’objet de nombreuses expertises depuis sa découverte en 1929 lors de la rénovation du Musée.
Son exactitude laisse les chercheurs perplexes quant à la description des contours géographiques sud-américains et de l’Antarctique d’avant la chape de glace qui recouvre cette partie du monde depuis 6.000 ans.
Le commandant Larsen de l’Office hydrographique de la marine des Etats-Unis note qu’elle est « tellement précise que seule une reconnaissance aérienne pourrait l’expliquer. À première vue, l’Office hydrographique s’est refusée d’y croire, mais il a fini par constater l’authenticité de la carte et il s’en est même servi pour corriger certaines cartes contemporaines ».
Son collègue, Arlington H. Mallery, officier de l’US Navy, passe pour une autorité dans le domaine de la cartographie. L’ingénieur qui n’est pas amateur de civilisations extra-terrestres reconnaît immédiatement les baies et les îles de la partie méridionale du continent et déclare que de toute évidence, quelqu’un avait fait ce relevé avant l’apparition des glaces.
Il affirme que « la carte (de Piri Reis) a relevé chaque chaîne de montagne au Canada septentrional et en Alaska, y compris des chaînes qui ne se trouvaient pas sur les cartes du service cartographique de l’armée américaine. L’erreur a été corrigée depuis. »
Du coup, c’est l’emballement chez les scientifiques à partir de 1959.

Expertise au carbone 14

Il était impossible, au XVIe siècle, de décrire cette région de l’Antarctique dont le tracé ne sera fait qu’en 1949 sur la base de relevés sismiques lors d’une expédition polaire anglo-suédoise. Le Groenland est représenté sous la forme de deux grandes îles principales. L’information a été confirmée récemment par une expédition polaire aux moyens de sondages magnétiques. Et pour compliquer l’affaire, l’Antarctique ne fut découvert qu’en 1918.
L’intrigue continue avec la description topographique de la cordillère des Andes comportant l’illustration de bovidés, le lama et des fauves typiques de l’Amérique du Sud qui ne seront décrits qu’aux débuts du XVIIe siècle pour la première fois, par les Conquistadors espagnols.
La mystérieuse carte décrit tout aussi les Iles Malouines et l’île de Marajo à l’embouchure de l’Amazonie qui ne seront connues que plus tard.
Pour la communauté scientifique, le doute est total. Et pour cause ! Le niveau de connaissances de cette époque lointaine ne pouvait pas permettre une telle précision. La carte est alors soumise au carbone 14. Le diagnostic est affirmatif ; l’œuvre remonte bien au XVIe siècle. Après ces analyses, c’est le silence embarrassé.

Addiction à la cartographie

Piri Reis qui fut amiral de la flotte d’Egypte sous le règne du sultan Souleymane le Magnifique est issu d’une lignée de marins. Il est neveu de l’amiral Camali et maîtrise plusieurs langues dont le grec, l’espagnol, l’italien, le portugais et l’arabe. Il a navigué en Méditerranée, en mer Rouge, aux Balkans et dans l’océan Indien. Il a peut-être fait quelques apparitions sur les côtes Atlantiques. Il est connu surtout pour être l’auteur d’un ouvrage Kitabi el bahryé ou Livre de la navigation illustré par plus de 200 cartes. La copie de la Bibliothèque nationale de France est mise en ligne sur le site www.gallica.fr. Mais jamais l’amiral ne s’est aventuré à l’Ouest des Açores sur la trajectoire de Christophe Colomb. Comment a-t-il pu connaître et décrire un monde inconnu ?
Piri Reis montrait une certaine addiction à la cartographie. Il