Le martyr de Beni Hendel
Djilali Bounaâma

Par Hassina AMROUNI
Publié le 13 Jan 2016
Brillant chef politique et militaire, Djilali Bounaâma, plus connu sous son nom de guerre « Si Mohamed », est mort en martyr avec plusieurs de ses compagnons à Blida. Son courage et son intelligence font encore parler de lui, plus de 50 ans après sa disparition.

Né le 16 avril 1926 à Beni Hendel (ex-Moliaère et actuellement Bordj Bounaâma), une petite localité située au cœur de l’Ouarsenis, Djilali Bounaâma y passe son enfance et y effectue ses études primaires. Mais la rudesse de la vie dans ce village haut perché dont la majorité des terres a été spoliée par les colons français fera très vite naître dans l’esprit du jeune homme que deviendra Djilali Bounaâma une prise de conscience nationaliste.
A l’instar de la majorité des hommes de Beni Hendel (nom d’une tribu berbère à laquelle il appartient), Djilali travaille à la mine des Boucaïd, située dans le nord de la ville. Un travail aussi dur que dangereux pour quelques sous de misère. Révolté contre sa condition et celle de ses pairs, il rejoint le PPA-MTLD-OS.
Sa motivation, son engagement et son courage le hisseront responsable de la Section Boucaïd. Il multiplie alors les déplacements entre Chlef, Oran et Alger, établit les contacts, entretient les réseaux. Devenu membre de l’OAS, il s’initie à l’organisation militaire et découvre la vie clandestine. Repéré par les forces coloniales, il est arrêté, mais dès sa libération, il reprend ses activités militantes.
Sa première action concrète sera de pousser les mineurs de Boucaïd à se révolter contre leurs conditions de travail et de vie. Ces derniers s’engagent alors dans un mouvement de grève en 1951, la protestation durera cinq longs mois, période durant laquelle les mineurs, à leur tête Djilali Bounaâma, feront preuve de ténacité et de patience, face à l’isolement, aux menaces et au chantage.
Au début des années 1950, le MTLD traverse une crise ; lui qui est en faveur de la lutte armée décide de prendre ses distances par rapport au mouvement de Messali Hadj, notamment après le congrès de Hornu en Belgique en 1953 auquel il prend part et duquel il revient perplexe.
Quelques jours avant le déclenchement de la guerre de libération nationale, Djilali Bounaâma « Si Mohamed » est arrêté par des policiers français qui lui glissent un pistolet dans la poche pour fabriquer une preuve. Après plus d’une année de prison, il n’est relâché qu’en 1955 et assigné à résidence à Oran.

Remarquable travail de terrain

C’est donc clandestinement qu’il se rend à Chlef afin de reprendre contact avec l’organisation, sa rencontre avec Baghdadi (Alili), chef de la zone trois sera suivie d’une longue amitié. Ensemble, ils se lancent dans la lutte armée, accomplissant un remarquable travail  d’organisation et de structuration dans tout le Dahra, l’Ouarsenis et dans la plaine du Chelif. Aux groupes militaires qui tentent de s’implanter dans la région, il fait face avec un courage héroïque. A force de persuasion, de diplomatie et de négociation, il parvient à imposer le FLN comme unique organisation du peuple algérien. Très vite, les Messalistes, groupe de Masmoudi, sont soit réduits, soit intégrés aux rangs de l’ALN.
Prenant la tête du commando Djamel, il attaque le cantonnement de Kobus qui venait de créer une milice à Zeddine, dans la région d’Aïn Defla. Il poursuit son action jusqu’à l’élimination de Kobus et le ralliement de ses hommes. Si Mohamed et son commando affrontent aussi les hommes du Bachagha Boualem, dans la région de l’ouest.
Désigné membre du Conseil de zone vers la fin de l’année 1956, suite aux mesures nouvelles prises par le Congrès de la Soummam, il est promu au grade de lieutenant. Les troupes qu’il met sur pied lancent des attaques contre différentes unités de l’armée coloniale dans le Dahra, sur les Monts du Zaccar, de Ténès, à Theniet El-Had dans l'Ouarsenis. La peur a changé de camp dans la région, passant côté français.

Si Mohamed chef de la zone trois

Alors qu’il accède au poste de chef de la zone trois durant l’été 1957, succédant à Baghdadi, il mène des actions d’éclat avec ses hommes, frappant ainsi l’opinion et faisant trembler les forces coloniales, poussées dans leurs retranchements.
Des opérations d’envergure sont menées et réussies sous ses ordres (destruction d’une unité motorisée près de Narbot, anéantissement d'une compagnie de cavalerie au nord-ouest de Theniet El-Had et capture de son chef, occupation du village Souk El-Had...) il tend même une embuscade au convoi circulant sur la route Chlef - Bordj Bounaama, durant lequel deux avions sont descendus.
En 1958, il fait son entrée au Conseil de la Wilaya IV en tant que chef militaire, aux côtés de Si M’Hamed Bougara et Si Salah. Il fait face à l’opération « Couronne », déclenchée par l’armée coloniale pour venir à bout des maquis de la Wilaya IV. Au cours de cette opération éprouvante, des dizaines de milliers de soldats, des centaines d'avions et d’hélicoptères seront mis en branle.
L’Ouarsenis est secoué des semaines durant par des combats sanglants, suite à quoi, Si Mohamed ordonne l'éclatement des unités en petits groupes, avec pour objectifs : « Dégarnir les montagnes, harceler les arrières des troupes françaises, investir la plaine et les faubourgs des villes, procéder au harcèlement des centres urbains ».
Après la mort de Bougara, le 5 mai 1959, Si Salah est nommé à la direction de la Wilaya, tandis que Si Mohamed reste son adjoint.
Entre 1959 et 1960, les deux hommes qui dirigent la wilaya de manière collégiale sont confrontés à des épreuves difficiles. En effet, ce sont les années durant lesquelles de Gaulle est de retour d’où une pression militaire permanente. La Wilaya IV en subit les contrecoups et le ravitaillement en armes commence à se faire rare. Afin d’y remédier, des tracts sont distribués dans les villes et villages afin d’informer la population, de la mobiliser davantage et surtout de sensibiliser les Algériens enrôlés dans les rangs de l’armée française afin qu’ils désertent et rejoignent l’ALN avec leurs armes.

Si Mohamed Chef de la Wilaya IV

Quand Alger est confiée à la Wilaya IV en 1960, Si Mohamed prend la tête de la Wilaya. Il dote la capitale d'un Conseil de zone, s’étendant sur une partie du Sahel et de la Mitidja. L’intensification du travail politique aboutit aux manifestations de décembre 1960, durant lesquelles Boualem Rouchaï, dit Si Zoubir, officier de la Wilaya IV, trouve la mort.
Dénouant l’affaire de l’Elysée, il fait juger et exécuter les auteurs, toutefois, il estime qu’il n’a pas d’autorité pour trancher le cas Si Salah. Aussi, ce dernier doit se rendre en Tunisie pour s’expliquer devant le GPRA. Il meurt dans un accrochage en cours de route dans la région de Boumerdès.

Retour en ville

Si Mohamed choisit de revenir en ville. Il opte pour la région de la Mitidja pour y installer les services de transmissions, de propagande et d'infor¬mation, avec un PC à Blida. C’est à partir de là qu’il prépare les grèves et manifestations qui se dérouleront du 1er au 5 juillet de Chlef au Sahel. C’est également de cette nouvelle zone d’action qu’il organise le transport d’armes envoyées de l’extérieur du pays, mettant également sur pied un réseau de boîtes aux lettres avec le GPRA, via l’Europe.
Le 8 août 1961, alors qu’il se trouve avec trois de ses compagnons dans un PC, situé dans la ferme des Naïmi à Blida, ils sont encerclés par des unités d’élite de l’armée coloniale, dépêchées de Corse. Condamnés, Si Mohamed et ses hommes brûlent tous les documents pour ne pas qu’ils tombent entre les mains de l’ennemi, ils résistent plusieurs heures à leurs assaillants, mais ils seront tués aux alentours de minuit. Si Mohamed, Si Khaled, chef de liaisons de la Wilaya IV, Si Abdelkader, opérateur radio et le jeune Mustapha Naïmi, fils du propriétaire de la ferme meurent en martyrs. Mohamed Teguia, responsable du service propagande et infor¬mation, sera grièvement blessé et fait prisonnier, ainsi que deux autres militants, membres de la famille Naïmi.
Il faut savoir que le père de Si Mohamed mourra lui aussi au maquis, sa mère sera tuée dans un bombardement dans l’Ouarsenis, un de ses frères sera détenu depuis 1955 et la maison familiale rasée. Leur nom a été donné au village dont ils étaient natifs, baptisé au lendemain de l’indépendance Bordj Bounaâma.
 
Hassina Amrouni
Source :
http://wilaya4.chez.com/

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