La Voix de l’Algérie Combattante
Sawt El Djazair El Moukafiha

Par Djamel BELBEY
Publié le 29 Jan 2014
 Le 12 juillet 1959,  la radio "Voix de l’Algérie combattante" émet à partir du Maroc
Saâd Dahlab
Matériel de brouillage et d'écoute de l'armée française

La révolution algérienne, consciente du rôle de la radio pour casser le siège de l’information dressé autour d’elle par les médias du colonisateur, a créé une radio : Sawt El Djazair el hourra el moukafiha » (La Voix de l’Algérie libre et combattante). Ce moyen d’information et de propagande, qui était parfaitement adapté aux conditions socio-économiques des Algériens de l’époque, marqués notamment par un fort taux d’illettrisme et de pauvreté, s’est avéré un outil efficace pour contrecarrer la propagande mensongère de la France coloniale et mobiliser le peuple algérien autour de l’objectif de l’indépendance nationale.
Ainsi, le 16 décembre 1956 sur les frontières ouest de l’Algérie, une radio locale mobile a été créée aux frontières ouest, avec comme slogan : « Ici la Radio de l’Algérie libre et combattante, la voix du Front de libération s’adresse à vous, du cœur de l’Algérie. »
Les programmes de cette radio comportaient des informations sur les combats menés par les moudjahidine, mais également des commentaires politiques et militaires destinés au peuple, des chants patriotiques ainsi que des serments religieux encourageant l’engagement pour la liberté et l’indépendance du pays, outre les programmes spéciaux et les émissions sur l’histoire du peuple algérien.
Mais faute de moyens conséquents au départ, deux années durant, la Révolution algérienne a eu recours, pour faire parvenir sa voix au peuple algérien et au monde, aux radios des pays arabes, notamment les radios tunisienne et égyptienne, ou de pays de l’Europe de l’Est. Dans ce contexte, la radio Sawt al arab (la Voix des Arabes) au Caire, consacrait trois émissions hebdomadaires à l’Algérie, diffusées dans les deux langues arabe et française. La radio tunisienne avait, quant à elle, programmé une émission tunisienne intitulée « Ici la voix de l’Algérie sœur combattante » diffusée trois fois par semaine.
C’est à travers les ondes de la radio Sawt el arab et grâce à cheikh Mohamed El Bachir El Ibrahimi, président de l’Association des oulémas musulmans algériens, qui, au début de la Révolution algérienne, résidait au Caire, que la révolution a eu la possibilité de lancer ses appels et ses serments religieux au peuple algérien et aux moudjahidine de l’ALN, les appelant à la nécessité de rejoindre les rangs de la Révolution algérienne, de la soutenir et de participer au combat pour affranchir le pays du joug colonial français.
Les étudiants algériens de l’université égyptienne se sont également adressés au peuple algérien et aux moudjahidine qui ont répondu à l’appel du 1er Novembre à travers les ondes de la radio, en émettant des citations, des déclarations et des poèmes qui soutenaient la Révolution.
De même, des membres de la délégation extérieure du FLN, à l’exemple du professeur Ahmed Taoufik El Madani et de l’avocat Abderrahmane Kiouane, présentaient périodiquement des commentaires sur la Révolution algérienne dans les deux langues arabe et française, ce qui a beaucoup contribué à éclairer l’opinion publique arabe et internationale sur la situation de l’Algérie et à expliquer la portée et les objectifs de la glorieuse révolution de Novembre.

Damas, Bagdad et tripoli le réseau de la radio de la révolution 

Que cela soit à travers les ondes de « LQue cela soit à travers les ondes de La voix de l’Algérie combattante (Sawt El Djazaïr El moukafiha) ou à travers celles de Sawt El Arab au Caire, avant que le réseau de couverture ne s’étende avec l’ouverture de nouvelles stations à Damas, Amman, Bagdad, Tripoli, l’information de la Révolution a pu, à travers les ondes radio, contribuer à la mobilisation populaire et a permis au FLN de gagner la bataille de la représentativité, car il est devenu clair pour tout le monde, pour les autorités françaises à Paris et pour l’opinion publique internationale, que le FLN était le seul représentant légitime du peuple algérien.
La Révolution algérienne avait, à ses débuts, donc, sollicité et obtenu le concours des radios des pays arabes frères, dont nous citons quelques-unes :

1- la radio du Caire

La radio Sawt El Arab, émettant depuis la capitale égyptienne Le Caire a joué un rôle décisif et efficient dans la lutte de Libération nationale. Les informations concernant la Révolution algérienne étaient diffusées à partir de 1955 à travers un programme algérien qui s’adressait aux Français en langue française. D’une durée de 15 minutes et présenté par le regretté Adda Ben Guettat, ce programme était diffusé sur les ondes de la
radio internationale du Caire tous les soirs.
Il y avait également La voix du FLN s’adresse à vous du Caire : un commentaire politique quotidien diffusé en langue arabe. Plusieurs voix se sont succédé pour sa présentation dont Rachid Nedjar, Abdelkader Benkaci et Ali Meftahi, ainsi que Turki Rabah Amamra, etc. Après la formation du Gouvernement provisoire de la République algérienne en 1958, ce programme a changé de nom pour devenir « la voix de la République algérienne » diffusé en langue française et présenté par Ibrahim Ghafa.

2- Sawt Al Djazair de Tunis 

En Tunisie, la diffusion d’émissions radio a débuté en 1956. C’était un programme tunisien intitulé « Ici la voix de l’Algérie, sœur combattante », diffusé trois fois par semaine pendant une heure qui revenait sur les informations d’ordre militaires et diffusait un court commentaire politique.

3- Sawt Al Djazair de Damas

Depuis la radio de Damas, Mohamed Mehri présentait un programme quotidien intitulé « Sawt El Djazaïr Etthaïra» comportant des informations militaires et un commentaire politique ainsi qu’une analyse sur l’actualité. Il a été rejoint, par la suite, par des étudiants algériens qui poursuivaient des études à l’université de Damas. Ce programme a été arrêté après 1961, à la suite de la séparation de la Syrie avec l’Egypte (qui avaient noué une union qui a donné naissance à la République arabe unie).

4- Sawt Al Djazair de Bagdad

En 1958, Hamed Rouabhia responsable de la délégation algérienne à Bagdad, a présenté un programme radiophonique spécialement dédié à la Révolution algérienne.

5- Sawt Etthaoura El Djazaïria min Libya

Emettant à partir de deux stations radiophoniques, la station de Tripoli diffusait une émission trois fois par semaine comportant des informations militaires et un commentaire politique, supervisé par Bachir Kadi puis par Mohamed Salah El Seddik. La station de Benghazi diffusait une émission trois fois par semaine animée par Abderrahmane Chérif et le Libyen Abdelkader Aouga, jusqu’à la désignation de Lamine Bechichi à la tête du bureau algérien en Libye en mai 1962.

6- La radio secrète 

Avec le développement du combat libérateur, les dirigeants de la Révolution algérienne, particulièrement après le Congrès de la Soummam, ont pensé à la création d’une station radio émettant de l’intérieur. C’est ainsi qu’en décembre 1956, une radio locale mobile, émettant à partir des maquis de l’intérieur à l’Ouest (près de la frontière algéro-marocaine), a commencé à diffuser ses premiers programmes.
L’équipement de la station mobile consistait en un appareil émetteur type (PC 610) transporté par camion (GMC), qui avait une portée de 70 km de rayon.
Cette radio diffusait ses programmes sur les ondes courtes deux heures quotidiennement réparties en une heure en langue arabe, une demi-heure en kabyle et une demi-heure en langue française. Parmi les militants qui ont préparé et animé les programmes de cette radio, il y avait Cheikh Réda, Madani Haoues, Rachid Abdeslam, Abderrahmane Meziane et Cheikh El Kadi El Hachemi Tidjani.

Brouillage et bombardement ennemi

La Voix de l’Algérie combattante avait fait l’objet, outre les difficultés imposées par la clandestinité, de multiples tentatives de l’ennemi visant à l’étouffer à travers le brouillage de ses émissions, ou carrément le bombardement de la station. A deux reprises, en effet, l’armée coloniale française, bombarda les lieux mais sans succès. Sa première tentative eut lieu en avril 1957, vingt minutes après la fin des émissions de la radio secrète. Le second bombardement eut lieu en juillet 1957 en pleine émission. Heureusement, les bombes larguées tombèrent toutes hors du périmètre du lieu d’émission.
Cependant, la radio a réussi sa mission malgré ces difficultés qui s’ajoutent à celle du terrain. La diffusion des programmes de cette radio qui connaitra une interruption de neuf mois et la radio Sawt al Djazair al moukafiha ont repris le 12 juillet 1959, à partir d’un studio aménagé dans un immeuble dans la ville marocaine de Nador et doté de tous les équipements et émetteurs nécessaires. L’inauguration (en juillet 1959) est marquée par la présence de nombreux responsables algériens dont Saâd Dahleb, M’hamed Yazid et Boualem Bessaïeh. A cette occasion, le regretté Aïssa Messaoudi, la voix sublime de la Révolution algérienne, a été convié pour animer l’émission inaugurale en compagnie de Madani Haoues, Khaled Safer, Mohamed Bouzidi, Dahou Ould Kablia et Moulay Mustapha Ettoumi. Le réseau extérieur fut renforcé par la création de plusieurs stations parmi lesquelles celles de Tripoli, Damas, le Caire, Bagdad, Pékin, Benghazi, Marsa Matrouh, Accra, Conakry et Rabat.

Djamel Belbey
Source : revue El-Djeich

FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES
MEMOIRE
UNE VILLE, UNE HISTOIRE
CONTRIBUTION

Syphax et la rencontre de Siga

Ain Temouchent (206) AV J.C