Premier ingénieur atomicien algérien. Premier citoyen du Tiers-Monde diplômé en énergie nucléaire
Le Chahid Abdelhafid IHADDADEN

Par La Rédaction
Publié le 29 Jan 2014
« Une centrale atomique n’est pas un jouet que l’on calcule sur du papier. Il faut la voir et connaître tous ses rouages pour que demain je sois capable seul de la guider et même de concevoir tous les éléments pour sa construction ». Il s’agit là d’un extrait d’une lettre manuscrite adressée par le Chahid à son frère Zahir Ihaddaden, le 26 avril 1961, deux mois et demi avant son assassinat, le 11 juillet 1961, par les services spéciaux français dans le ciel marocain.
Abdelhafid à Prague - 1958
Abdelhafid à droite avec son frère Zahir à Rabat - 1959
Les débris  de l’Ilyouchine 18  de la CSA- 1961
Lettre adressée par Reda Malek à son frère Zahir
Lettre ouverte de la famille du défunt à tout directeur de lycée d'Algérie désirant baptiser son établissement au nom de Hafid Ihaddaden
Abdelhafid Ihadadden

Abdelhafid Ihaddaden est issu d’une grande famille de jurisconsultes, de cadis et de notaires, originaire de Toudja, dans la wilaya de Bejaia. Il est né le 9 mars 1932, à Sidi-Aïch, où son père, Mohand-Saïd Ihaddaden, exerçait les fonctions de cadi-notaire. Il a été amené à quitter son village natal très tôt et de manière définitive dans les années quarante du siècle dernier. Un long cursus primaire, secondaire et universitaire l’a par la suite mené à Béjaïa et Sétif pour les études secondaires, puis à l’Ecole des arts et métiers de Paris (1952-1956) et enfin à Prague (1956-1962), pour les études universitaires et la spécialisation en énergie atomique.
Il a débuté son itinéraire de militant nationaliste en tant que responsable au sein de l’UGEMA avant d’intégrer le FLN dès 1956.Il a notamment participé au renforcement de la Fédération de France du FLN. Après avoir obtenu une bourse d’études en Tchécoslovaquie par l’intermédiaire de l’Union internationale des étudiants, il est chargé par le FLN des liaisons avec les responsables de certains pays de l’Europe centrale, de l’achat des armes et de l’accueil des blessés envoyés par le FLN pour se faire soigner dans les hôpitaux des pays qui soutenaient la Révolution algérienne, dont la Tchécoslovaquie.
Le 11 juillet 1961, alors qu’il se rendait au Maroc avec un groupe de scientifiques algériens comme lui à bord de l’Iliouchine 18 de la compagnie tchécoslovaque assurant la liaison aérienne Prague-Bamako via Rabat, il trouva la mort dans le « crash » de l’appareil au-dessus de Casablanca, dans des circonstances troubles. Qui a « descendu » l’avion flambant neuf par une belle nuit d’été, sans nuages ? Les Français, à l’unisson, ont réussi à culpabiliser la brume du ciel si limpide du Maghreb, alors que le FLN a accusé les services spéciaux français.
Voici le témoignage éloquent et sans complaisance de Dahou Ould Kablia, ancien ministre de l’Intérieur, président de l’Association nationale MALG qui connaît parfaitement son sujet : ce sont les services spéciaux français ! Il écrit : « … 8 spécialistes des mines, de l’électronique et du génie nucléaire ont rejoint la RDA et la Tchécoslovaquie.
Je les cite parce que c’est important (Abdelhafid Ihaddadène, Djelloul Mered, Hocine Mouffok, Abdelouahab Bennini, Mustapha Djebbar, Maâchou, Bekhoucha). Trois d’entre eux, les premiers cités, spécialistes en science nucléaire, feront l’objet d’un attentat des services spéciaux français. Leur avion, un Iliouchine 18 de la compagnie tchécoslovaque, assurant la liaison Prague-Casablanca, a été abattu le 11 juillet 1961 dans le ciel marocain. »
Un autre témoignage non moins crédible que le premier émane de Rédha Malek, ancien chef du gouvernement, l’un des négociateurs les plus habiles de l’indépendance de l’Algérie, dans une lettre manuscrite adressée à son frère Zahir après le drame :
« … Le décès de Hafid m’a frappé de plein fouet. Depuis 1956, Hafid n’a cessé d’œuvrer avec application pour arracher ses diplômes et se rendre utile à son pays. À chacun de mes passages à Prague, j’ai trouvé en lui un frère dévoué et consciencieux. Il était très estimé de nos amis tchèques. »
Il faut dire que le « crash » fut minutieusement orchestré par les contrôleurs aériens français encore utilisés à ce moment-là par le Maroc « indépendant ». Ils se livrèrent ce jour-là dans le ciel marocain à une assassine partie de punching-ball aérien entre les aéroports de Rabat, Casablanca et la base militaire américaine de Nouaceur. Chaque fois que l’avion, neuf et piloté par l’un des meilleurs pilotes tchèques, se présentait devant une piste d’atterrissage, ces contrôleurs militaires français habillés en civil, lui signifiaient l’ordre de prendre de l’altitude devant l’impossibilité d’atterrir... pour cause d’un prétendu brouillard au sol, alors qu’on était au mois de juillet ! Tout a été entrepris pour que les restes de l’avion, une fois leur forfait accompli, ne puissent pas déborder au moment de leur recueil au sol, les dimensions et le volume d’un banal sac de jute pour pomme de terre, c’est-à-dire moins de deux mètres cubes de « restes ».
Un journal colonial, en l’occurrence, la Dépêche de Constantine du 13 juillet 1962, avait annoncé dans un encart arrogant bien mis en page : « Le premier Africain diplômé de science nucléaire a trouvé la mort dans l’accident de l’Iliouchine ». Comme signature du crime par la France officielle, on ne pouvait pas trouver mieux !  En fait, qui en dehors de la France officielle, avait la capacité ou l’intérêt stratégique de tenir un fichier des atomiciens africains ? A l’évidence, l’orgueil français ne pouvait supporter une seule seconde que l’Algérie puisse compter sur la science « atomique » de Abdelhafid et de ses autres compatriotes, moins d’un an seulement après l’expérimentation de sa première bombe atomique à Reggane, en Algérie !
Pour illustrer davantage sa densité patriotique et son épaisseur humaine exceptionnelle, voici un fragment de la lettre d’adieu rédigée par Abdelhafid deux mois seulement avant son assassinat : « J’ai vécu triste et solitaire et n’ai pas de place sur cette terre », conclut-il la missive adressée à ses parents. Pourquoi une lettre d’adieu un an seulement avant l’indépendance, quand on a vingt-neuf ans ? Hafid se savait-il déjà «traité» et « filé » par les services français ? Décidément, là encore nous resterons sur notre faim. En l’absence d’un réel travail de recherche sur ce véritable héros national, cette question et beaucoup d’autres demeureront certainement des quarts et des demi-siècles encore sans réponse !
En dépit de son exil lointain et prolongé, l’enfant de Toudja est demeuré viscéralement attaché à ses repères et à ses racines de campagnard.  Dans la carte postale qu’il envoya en 1955, à son frère aîné Zahir à partir de Paris où, étudiant à l’Ecole des arts et métiers, il se plaignait de la pression trop forte du papa, qui l’exhortait à s’appliquer davantage dans ses études, il s’interrogeait dans ce rare moment de doute « existentiel :
« Tous ces problèmes me poussent à abandonner complètement et à rentrer à Toudja pour faire cultivateur. Peut-être ce travail sera-t-il un peu rentable ? » Dans une autre missive, toujours adressée à son frère à partir de Prague, il écrit : « J’ai reçu le colis (café, couscous, pois chiches). Je l’ai déballé, mais le problème demeure. Pas de couscoussier ! Alors en tant qu’ingénieur atomicien, mais néanmoins technicien bricoleur, je m’en suis carrément fabriqué un ! »
Quant à son engagement politique au service de la Révolution, les quelques extraits suivants des dernières correspondances de Hafid l’illustrent de la façon la plus éloquente : « Actuellement, il faut tout accepter, pour rendre le succès plus proche ». Cette dernière citation sonna comme une mise en garde contre tous les apprentis sorciers de tout temps et de tout lieu. C’est le véritable testament que nous laisse Hafid, le miroir de son réel tempérament d’acier de militant aux positions politiques toujours tranchées et sans concession : « Les coulisses ne rapportent rien et elles sont faites pour les apprentis diplomates et les sorciers. L’indépendance s’arrache. Elle ne se donne pas ! ».
En évoquant Hafid aujourd’hui, nous glorifions la mémoire d’un immense scientifique, d’un ardent patriote, d’un homme vrai, tout simple, qui a tout donné à son pays, sans rien avoir reçu en retour !
  Tous les Algériens doivent être fiers de Hafid et de tous les autres chouhada ! Hafid est né à Toudja, village qui avait perdu tout bonnement un quart de sa population masculine durant la Révolution, selon une estimation du grand écrivain français Jules Roy, colonel aviateur de réserve de surcroît, fils de colon né à Sidi Moussa, après avoir eu tout le loisir de consulter des statistiques officielles et d’analyser la pyramide des âges de la population. Le nombre officiel des martyrs que la petite bourgade de Toudja a recensé jusqu’à cette veille de la célébration d’un demi-siècle d’indépendance est de 582 martyrs ! Et on continue de découvrir chaque jour les oubliés de l’Histoire… comme Hafid !

Article du regretté M’hand Kasmi,
repris par son frère Aïssa Kasmi

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