Le terrorisme ultra

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 27 déc 2012
Les actes de violence commis à l’encontre des populations algériennes pendant la période coloniale n’ont pas été des faits isolés commis par un nombre limité d’individus, comme ils n’ont pas toujours été condamnés par la justice. Ils ont été une donnée essentielle, une constante de la domination coloniale. On peut même dire qu’une législation d’exception, votée par l’Assemblée française, a organisé des mesures coercitives en direction de personnes distinguées par leur confession (ce qui était contraire aux principes de la Constitution française) : codes de l’indigénat, lois sur l’internement, séquestre, responsabilité collective, tribunaux réservés aux seuls Algériens, etc. Ces lois et règlements ont servi à imposer et à réglementer la domination d’un groupe d’immigrants étrangers sur la majorité autochtone. Cette répression violente a été antérieure à la guerre de libération et se dirigea ensuite contre les Européens modérés et contre les soldats français restés fidèles au gouvernement.
Clos Salembier(Alger ) un commando OAS ultra
Le terrorisme ultra
Le terrorisme ultra
Le terrorisme ultra
Le terrorisme ultra
Le terrorisme ultra
Guy Mollet
Amédée Froger
Le terrorisme ultra
Ali La Pointe

La minorité européenne d’Algérie a été constituée à l’origine par des populations pauvres (paysans, ouvriers, petits commerçants, artisans) ramenés de France mais aussi d’Espagne, d’Italie, de Malte, de Suisse, d’Allemagne. Dans certaines régions, les étrangers étaient majoritaires par rapport aux Français (les Espagnols à l’Ouest et les Italiens à l’Est). Les populations juives qui étaient présentes avant la colonisation, avaient été considérées, elles aussi, comme indigènes par le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 au même titre que les musulmans. Le décret Crémieux de 1871 leur accorda automatiquement la nationalité française et changea leur statut. L’ensemble des textes d’exception, qui imposèrent et légalisèrent la répression des populations musulmanes, installèrent la population d’origine européenne dans un sentiment de domination mais aussi d’angoisse permanente et de méfiance. Celle-ci fut fortement imprégnée de l’idée qu’elle devait à tout prix maintenir la répression à l’encontre des Algériens. Elle fut même convaincue dans sa majorité que sa survie était à ce prix. De plus, les révoltes populaires et les manifestations d’hostilité des Algériens ont de tout temps étaient réprimées avec la plus grande violence et les forces de l’ordre, couvertes par l’autorité politique ont organisé des milices armées d’Européens qui ont commis des massacres à grande échelle.
Terroriser les Algériens pour maintenir la domination coloniale
Dans l’idéologie coloniale, très ancrée surtout auprès des populations européennes de condition modeste, aussi bien dans les campagnes que dans les villes, l’angoisse vis-à-vis de l’indigène est très présente. Celui-ci est considéré comme le risque mortel. Et l’Européen croit que seule la force peut le maintenir en respect. Toute révolte devait être le plus durement réprimée. Ceux qui ordonnèrent les grands massacres cherchaient à terroriser les populations, et selon leurs déclarations à extirper même « toute idée de révolte ». L’idéologie coloniale affirmait même que seule la répression pouvait tenir les Algériens en respect. Le pouvoir politique ne fit rien pour rapprocher les populations et amener celles-ci à coexister pacifiquement, en supprimant les inégalités codifiées par la loi. Il ne créa à aucun moment les conditions réelles d’une Algérie diverse, multiconfessionnelle, apaisée et conviviale. Il maintint et même renforça les textes discriminatoires. De plus, il resta persuadé que toute manifestation de révolte devait être sévèrement réprimée. La minorité européenne resta toujours persuadée que seules la violence et la terreur pouvaient sauvegarder sa présence.  Dans sa grande majorité, elle eut la même attitude. Elle fut même sûre que toute mesure, même limitée et partielle visant à réduire les inégalités ou à alléger les mesures répressives, risquait d’encourager les Algériens à se révolter. Les exemples sont nombreux dans la presse coloniale. A titre d’exemple, La Dépêche de Constantine du 15 janvier 1911, rendait compte de la délibération du syndicat des colons de Bernelle : « Le président propose à l’assemblée générale de s’associer à la protestation générale des colons d’Algérie contre le projet de loi d’Albin Rozet dont les conséquences seraient désastreuses…La suppression de l’indigénat serait une folie qui pourrait arrêter complètement l’essor de colonisation que nous admirons dans nos nouveaux villages…L’Arabe est un peuple enfant que la crainte seule peut tenir en respect ; sans la crainte l’indigène n’est bon à rien, sinon à faire le mal…La nécessité d’une législation spéciale, d’une justice rapide et sévère appropriée à la mentalité, aux traditions, à l’éducation des indigènes, s’impose absolument  si l’on ne veut pas compromettre l’œuvre de colonisation que l’on s’efforce de poursuivre en Algérie. » Cette proposition de loi présentée au Parlement français par le député Albin Rozet pour réduire les pouvoirs des administrateurs des communes mixtes jugés par certaines personnalités françaises modérées comme exorbitants, déclencha une réaction passionnée. Alain Servier écrivait dans La Dépêche de Constantine du 7 février 1911 : « un soldat qui aurait un fusil mais pas de cartouches, telle est la situation de l’administrateur de la commune mixte… Comme ses fonctions le mettent en contact constant avec un peuple qui a conservé le culte de la force et qui n’estime un homme que selon son autorité, on n’aura pas de peine à reconnaître que l’administrateur est, dans la plupart des cas, incapable de s’acquitter de la mission qu’on lui a confiée. » La minorité européenne fut de tout temps convaincue que seule la répression la plus dure pouvait assurer la paix, terroriser les Algériens et les maintenir en respect.
L’histoire de la colonisation en Algérie et celle de la guerre de libération sont marquées par les positions de cette minorité européenne. Ses représentants furent longtemps les fidèles soutiens des positions les plus extrêmes. Le pouvoir politique leur fit d’importantes concessions allant jusqu’à ne pas appliquer des textes légalement votés par l’Assemblée nationale française (le statut de 1947 ne fut jamais accepté, comme ne furent pas respectées les décisions de supprimer les communes mixtes).

Opposés violemment à toute réforme

Le déclenchement de la guerre de libération changea la donne. Le gouvernement français comprit qu’il ne pouvait maintenir la situation antérieure sans réformes dans tous les domaines. Sa volonté de briser la révolte armée l’obligea à utiliser des effectifs militaires nombreux dont le maintien fut très vite insupportable et extrêmement coûteux matériellement et moralement. Il initia des réformes sociales et même politiques. Les libéraux parmi les Européens, partisans d’une égalité entre les habitants de l’Algérie ne furent pas entendus. Le gouvernement céda devant les réactions des extrémistes européens qui réclamaient sans cesse des mesures violentes de répression. Ceux-ci s’opposèrent à toutes les réformes même les plus timides qui risquaient, à leurs yeux, de réduire leur domination politique exclusive et totale. Les ultras (les partisans les plus extrémistes des populations européennes d’Algérie) s’opposèrent très violemment aux mesures d’apaisement du gouvernement. Ils réclamèrent des exécutions de combattants de l’ALN. Des personnalités gouvernementales racontèrent même que le Président Coty refusa la grâce de condamnés à mort, par peur des réactions des ultras. C’est pour céder à leur pression que l’on vota les pouvoirs spéciaux et qu’on chargea l’armée des opérations de police à Alger, tout en couvrant les méthodes utilisées. Guy Mollet avait dû renoncer à la nomination du général Catroux à la suite des émeutes mémorables d’Alger qui accueillirent son voyage. Très vite, la position de ces éléments extrémistes de la minorité européenne se trouva opposée aux intérêts du gouvernement et à ceux de la majorité de la population métropolitaine. Le maintien d’une Algérie coloniale dans sa situation antérieure s’avérait trop couteux matériellement et moralement, et surtout militairement impossible sauf à entretenir une armée toujours plus nombreuse. La conduite de la guerre éloignait toujours plus les populations algériennes et creusait davantage le fossé entre les communautés. Le recours continu à un contingent d’appelés toujours plus nombreux rencontrait l’hostilité grandissante de la population de métropole. Pour les gouvernements français successifs, il fallait améliorer la situation matérielle des Algériens et surtout dégager parmi eux une élite politique qu’il fallait associer au pouvoir. Or, les ultras refusaient toute concession dans leur statut privilégié. On se mit à envisager des réformes politiques qui tout en faisant place à une élite algérienne ne remettaient pas en cause le pouvoir dominant des Européens : chambre des conflits, pouvoir excessif d’instances européennes, limitation des pouvoirs des assemblées librement élues, et même la création d’un état fédéral avec des régions ethniquement homogènes. Aucune ne recueillit l’assentiment des ultras De plus, au déclenchement de la guerre de libération, les représentants du grand capital colonial, qui avaient toujours bloqué toute tentative de réformes, avaient senti le vent tourner. Certains assouplirent leurs positions, préférant se placer dans l’étape d’après, celle d’une Algérie plus égalitaire.

Une minorité politiquement isolée

Le Journal officiel du 14 octobre 1956 publie des décrets du gouverneur général Jacques Soustelle qui lui permettaient de disposer des terres rachetées par la Caisse d’accession à la propriété rurale. Car on envisageait dès cette période la redistribution de quelque 200.000 hectares au profit de 10.000 exploitants algériens. Ces décrets, datés du 3 octobre 1956, parlaient de 66.000 hectares appartenant à la Compagnie algérienne et de 16.000 hectares de la Société genevoise. Il faut noter que cette dernière, comme fut rapporté par le Journal Le Monde, daté du 16 octobre 1956, avait proposé, dès avril 1956, de vendre ses terres : « Cette compagnie estime que son domaine de Sétif vaut 50.000 francs l’hectare et en demande 750 millions, ce qui n’est pas jugé excessif par l’administration. » Le grand capital colonial, ayant pris conscience des risques à maintenir la situation ancienne, chercha très tôt à se reconvertir, en obtenant au passage un profit conséquent pour ses terres. Après l’indépendance, certains activèrent pendant de longues années sous des formules diverses.
La frange extrémiste de la minorité européenne s’est vue donc progressivement isolée politiquement. Elle fit sa jonction avec les groupes les plus durs de l’armée française, avides de reconnaissance et de revanche et voulant effacer les échecs de l’Indochine, estimant avoir retenu les leçons qui lui permettraient la victoire. La jonction de ses deux extrémismes accéléra la chute de la quatrième République.  
L’attitude de la majorité de la population européenne d’Algérie s’est toujours exprimée à travers des réactions extrêmement passionnelles, des angoisses collectives accompagnées de violences à l’encontre des Algériens considérés comme l’ennemi et comme le danger pour la survie, mais aussi contre le gouvernement français quand celui-ci s’était vu contraint d’amorcer des réformes politiques pour maintenir la présence française en Algérie.
Le terrorisme de ces ultras à l’encontre des Algériens ne fut donc pas un acte isolé. Les combattants de l’ALN réussirent pendant longtemps à tenir les populations pour les empêcher de répliquer et de céder à la vengeance aveugle. Ce ne fut pas toujours possible. Mais le FLN prouva sa bonne volonté à plusieurs reprises en apportant son soutien aux initiatives pour  préserver les victimes civiles des deux communautés, alors que le gouvernement français opposa un refus catégorique.
Le 10 août 1956, à minuit moins le quart, un colis piégé déposé à la rue de Thèbes dans la Casbah d’Alger, pulvérisa les immeubles des numéros 8, 9, 9bis et 10. Dans l’immense trou, on releva des corps d’hommes, de femmes et d’enfants affreusement déchiquetés et mutilés, cueillis dans leur sommeil. Le bilan réel aurait été de soixante-quinze morts. Dans leur rapport, les pompiers d’Alger exclurent toute cause accidentelle.
Cette attaque ne fut pas la première attribuée aux groupes ultras qui aimaient se dénommer « groupes contre terroristes ». En trois mois seulement, d’avril à juin 1956, ceux-ci s’étaient déjà attaqués d’une manière aveugle aux quartiers musulmans : à la cité Mahieddine, quartier pauvre situé en haut de Belcourt,  aux bidonvilles à proximité de Bab El Oued et du Climat-de-France. Ils prirent aussi pour cibles les établissements des Européens soupçonnés de sympathie pour le FLN (librairie Kœchlin à deux reprises, Alger Républicain, la Librairie Nouvelle…). On plastiqua les locaux des associations algériennes (club sportif d’Alger, locaux de l’UGTA) et les entreprises appartenant à des Algériens (huilerie Tamzali à plusieurs reprises, usine de tabacs Bentchicou, transports Ménia puis Soufi, crèmerie Guellati, établissements Amal, etc.). On rapporta qu’un des membres de la famille Zerrouki reconnut l’auteur de l’attentat contre leur limonaderie d’El Biar et se vengea lui-même. Le photographe algérien Bellidam fut assassiné et son local fut par la suite plastiqué.  Dans la même période, on releva des attaques similaires à Oran et dans d’autres villes.

Les terroristes sont connus

Les services du gouvernement général identifièrent aisément les auteurs de ces attaques, qui se cachaient à peine, derrière un groupe qui se faisait appeler le Comité antirépublicain des Quarante. On sut plus tard que ce groupe était animé entre autres par Achiary: ancien sous-préfet de Guelma et comprenait plusieurs officiers de police: Trouja (commissaire des RG, chef de la section mondaine), Lafarge (commissaire du 2e arrondissement d’Alger), Blusson (officier de police au commissariat central d’Alger), Duchamp (officier de police judiciaire du 2e arrondissement d’Alger), Lechelle (inspecteur au commissariat central).
Parmi les autres, se distinguaient Jean-Baptiste Biaggi et Mario Faivre, militants actifs de l’extrême droite française.
André Achiary est le plus connu. Il fut membre des réseaux de résistance gaullistes en Algérie, puis des services spéciaux à la Libération. Nommé sous-préfet de Guelma en mars 1945, il monta une milice de pieds-noirs armés par les militaires qui participa aux massacres de mai 1945. C’est lui qui mena la manifestation contre Albert Camus lorsque celui-ci vint à Alger en janvier 1956 pour lancer un appel à la trêve civile ainsi que les émeutes contre Guy Mollet en février 1956.
Jean-Baptiste Biaggi a été du mouvement royaliste puis a fait partie des réseaux de résistance contre l’Allemagne et a été déporté. Il intervient en Algérie surtout après 1959 où il est membre fondateur du Rassemblement pour l’Algérie française (RAF). Il rejoint les émeutiers de la semaine des barricades en janvier 1960, fit partie de l’OAS, et sera plus tard au Front national de Jean-Marie Le Pen.
Après l’attentat de la rue de Thèbes, les responsables du FLN intervinrent pour empêcher la population de sortir de la Casbah et de déferler sur les quartiers européens pour se venger. Le couvre-feu institué par les autorités françaises de minuit à cinq heures du matin fut avancé par le FLN à 8 heures du soir pour organiser une surveillance stricte du quartier.
Ceux qui revendiquèrent l’attentat de la rue de Thèbes ne furent pas les seuls. Trois groupes pratiquement indépendants les uns des autres agissaient à Alger : ceux d’Ortiz, de Kovacs, de Martel. Jo Ortiz était responsable du groupe armé qu’avait constitué le mouvement poujadiste, mouvement politique constitué en métropole qui regroupa surtout de petits commerçants et qui vira très vite vers l’extrémisme de droite. Jean-Marie Le Pen en fut un des députés. Ortiz fut accusé d’avoir organisé l’attentat au bazooka contre le général Salan le 16 janvier 1957. Il participa activement aux émeutes du 13 mai 1958 et à la semaine des barricades de janvier 1960. Membre actif de l’OAS, il est condamné à mort en 1961 avant d’être amnistié sept années plus tard.
Robert Martel était un agriculteur de la Mitidja, farouche ennemi des Algériens et de l’Islam. Il se déclarait ouvertement le défenseur de l’Occident chrétien contre l’Islam et le communisme. C’était à la fois l’esprit des croisades et le rejet de la République et de ses institutions. Martel brandissait comme emblème le cœur rouge avec la croix, celui des royalistes chouans qui furent les farouches opposants armés à la révolution française de 1789. Il fut l’un des organisateurs les plus actifs des émeutes du 13 mai 1958. Membre fondateur de l’OAS, il fut amnistié lui aussi en 1968.  Il avait succédé à Boyer-Banse à la tête de l’Union française nord-africaine, un mouvement radical et violent que le gouverneur Robert Lacoste avait été obligé de dissoudre. Ce mouvement, créé le 25 août 1955, regroupait à l’origine des fonctionnaires (le premier président Boyer-Banse était juge), des maires de quelques localités de la région d’Alger peuplées d’Européens (Koléa, Attatba, Ouled Fayet, Sidi Moussa, Kouba, etc.) et des activistes connus d’Alger dont Pérez et Georges Watin (dit la boiteuse) qui devint très célèbre plus tard dans l’OAS. Louis Boyer Banse fut expulsé d’Algérie en mai 1956. Il y retourna en 1958. Il décéda à Alger en 1964 où il était resté et il fut enterré au cimetière du boulevard Bru (aujourd’hui boulevard des Martyrs). Martel s’était vanté de diriger un mouvement de 17.000 adhérents dont plusieurs centaines étaient armés. Selon certains témoignages parvenus bien plus tard, une de ses fermes de la Mitidja aurait servi de lieu de torture et d’exécution pour les parachutistes qui y jetèrent dans des fosses communes les militants du FLN qui n’avaient pas survécu aux sévices.
René Kovacs était l’homme d’Achiarry. Ils avaient été tous les deux dans les services secrets de de Gaulle pendant la Seconde Guerre mondiale, et dont le chef avait été Soustelle. Après la dissolution de l’UFNA, Kovacs créa l’Organisation de la Résistance en Afrique du Nord (ORAF) (certains la dénommèrent Organisation pour le Renouveau de l’Algérie française), qui regroupa les ultras les plus extrémistes. Cette organisation noyauta les Unités territoriales, groupes paramilitaires légaux constitués de Français d’Algérie chargés de suppléer l’armée française pour les tâches de surveillance et de contrôle des lieux publics. Elle recruta en leur sein ce qui lui permit de s’approvisionner en armes et munitions. Ces éléments furent récupérés et utilisés par les militaires rebelles du 13 mai 1958. Ils furent plus tard les noyaux actifs de l’OAS.

La trêve civile fut sabotée

Relevons que ces groupes furent activement soutenus par une publication Le Courrier de la colère dirigé par le sénateur gaulliste Michel Debré qui deviendra le Premier ministre du général de Gaulle. Il donnera alors son accord pour les assassinats des militants algériens commis par les services secrets français à l’étranger et qu’on attribua à une mystérieuse La Main rouge pour détourner les soupçons. Il sera cité, mais sans preuves selon la justice, par Philippe Castille auteur de l’attentat au bazooka du 16 janvier 1957 comme ayant été un des commanditaires. René Kovacs le présenta comme un des membres clandestins de la direction politique de l’ORAF.
Ces groupes extrémistes déclenchèrent des actions meurtrières aveugles contre les Algériens et s’en prirent à des libéraux soupçonnés de sympathie envers le mouvement d’indépendance. Ils réclamèrent à grands cris l’exécution des combattants de l’ALN et condamnèrent toute mesure d’apaisement. Quand ils s’opposèrent aux intérêts du gouvernement français qui cherchait à maintenir sa présence en Algérie par une réforme d’inspiration néocoloniale, ils refusèrent tout compromis et rejoignirent les militaires nostalgiques dans l’OAS. Ils reprirent alors à grande échelle leurs attentats aveugles contre les Algériens et s’attaquèrent aux soldats restés fidèles au gouvernement français.
Pour éviter l’enclenchement du cycle de la violence meurtrière, le FLN soutint directement l’initiative de trêve civile lancée par des libéraux européens d’Algérie non sympathisants du FLN et à laquelle Albert Camus apporta publiquement son soutien. Cette initiative fut l’occasion d’une violente manifestation des ultras qui proférèrent des menaces de mort à l’encontre de l’écrivain. Le FLN assura même le service d’ordre de cette rencontre qui se tint à Alger en janvier 1956 et s’engagea auprès de l’écrivain à cesser toute opération risquant de toucher des civils européens, si le gouvernement français faisait la même promesse, et s’il n’exécutait pas les combattants du FLN. Guy Mollet et Robert Lacoste refusèrent tout engagement dans ce sens et menacèrent  même les initiateurs de cette démarche. Germaine Tillon négocia en 1957 un accord dans ce sens qui fut accepté par le FLN et rejeté par le gouvernement français.

L’assassinat d’Amédée Froger

Le 28 décembre 1956 au matin, Amédée Froger était assassiné alors qu’il sortait de son domicile de la rue Michelet (aujourd’hui Mourad-Didouche). Celui-ci était le symbole des pieds-noirs les plus extrémistes, hostiles à tout changement du système colonial. Il s’était opposé avec violence aux timides réformes tentées par Lacoste. Membre influent de l’association des maires qui regroupait les plus farouches partisans du système colonial et de la généralisation de la violence contre les Algériens, il était maire de Boufarik.
Son enterrement, le 29 décembre 1956, fut l’occasion de ratonnades et d’assassinats aveugles d’Algériens dans les rues d’Alger. On tua par balles, au couteau, avec des barres de fer, on précipita des personnes dans le vide sur les quais du port, on lyncha les passants, on incendia des voitures avec leurs passagers restés à l’intérieur. On s’en prit aux Algériens qui se trouvaient sur le passage du cortège et aussi à tous ceux qui ne s’étaient pas terrés dans leur quartier et vaquaient librement à leurs occupations. La violence fut partout dans la ville. Elle fut décuplée lorsqu’on découvrit une bombe placée dans le cimetière.
Le matin même de l’assassinat, on accusa officiellement le FLN, et les groupes terroristes appelèrent à la vengeance et surtout demandèrent l’intervention de l’armée pour protéger la population européenne menacée.
Les 28 et 29 décembre des bombes explosèrent dans Alger, dont trois visèrent des églises.
Des années plus tard, après l’indépendance, Yacef Saadi qui était chef des groupes armés du FLN à l’époque des faits, déclara publiquement dans une émission télévisée sur une chaîne française à Roseau, ancien du mouvement étudiant pied- noir : « Je vous donne ma parole d’honneur que ce n’est pas le FLN qui a assassiné Amédée Froger. » Pus tard Yacef dans ses écrits apporta des arguments. Le FLN avait été accusé par une organisation extrémiste (le Comité d'entente des anciens combattants et cadres de réserve d'Algérie), quelques minutes à peine après l’attentat, avant toute enquête et toute réaction des services de police. Le FLN n’avait donné aucun ordre d’exécution et aucune opération ne pouvait se faire sans son instruction. Aucun acte isolé n’était possible. Selon l’enquête de police, l’assassin avait au moins un complice qui conduisait une traction avant, immatriculée 362 AR 91, et qui l’attendait à l’angle de la rue Auber et de la rue Edgar-Quinet. On ne poursuivit pas les recherches dans ce sens. Pour Yacef qui avait interdit à tous ses militants de sortir dans la rue, ceux qui avaient placé la bombe au cimetière devaient nécessairement avoir des complicités et connaître les détails de l’enterrement, dans un lieu étroitement surveillé et où il était impossible à tout Algérien d’approcher. Aujourd’hui, Yacef Saadi accuse des éléments de l’Armée et des groupes ultras d’avoir commandité cet assassinat et d’avoir incité les Européens à tuer des Algériens afin d’empêcher toute réforme et surtout d’obliger le  pouvoir politique à faire appel à l’armée pour déclencher une guerre sans merci contre le FLN et contre les Algériens. Cela était dans la continuité de leur démarche de toujours : combattre avec la plus grande violence toute révolte des Algériens en les terrorisant, saborder la moindre réforme du gouvernement, briser toute tentative de rapprochement des communautés. Yacef nia toute implication dans les attentats contre les églises à un moment où les représentants des cultes chrétiens dénonçaient la répression contre les Algériens et où nombre d’entre eux apportaient un soutien humanitaire aux populations auprès desquelles elles jouissaient d’une grande sympathie. Pour lui l’assassinat d’Amédée Froger fut un complot soutenu par les militaires qui visait l’intervention de l’armée pour suppléer une police dépassée. Le 7 janvier 1957, le ministre résident, Robert Lacoste confia tous les pouvoirs de police aux parachutistes du général Massu.
La justice militaire inculpa un innocent totalement non concerné Badèche Ben Hamdi qui fut guillotiné. Yves Courrière reconnut son innocence en attribuant l’exécution à Ali la Pointe.

Boualem Touarigt

MOUVEMENT NATIONAL

LE TIMBRE MIROIR IDENTITAIRE ET RECIT DE L’HISTOIRE

65è ANNIVERSAIRE DE LA RÉVOLUTION DU 1er NOVEMBRE - 1er Salon international de Philatélie

FIGURES HISTORIQUES

L’Amghar de l’ALN, tireur d’élite

Le Chahid Bertella Tayeb, dit Ammi Tayeb

GRANDES DATES

Un coup d’arrêt à la politique de De Gaulle

Manifestations de décembre 1960

MEMOIRE

La moudjahida

Portrait de l’artiste plasticienne Aïcha Haddad

UNE VILLE, UNE HISTOIRE