L’ALGERIE RETROUVE SES REPÈRES AMAZIGHS
Yennayer, le retour aux sources des Banu Mazigh

Par La Rédaction
Publié le 10 fév 2020
Voilà consacré enfin dans les textes officiels en Conseil des ministres, Yennayer, Nouvel An Amazigh le 12 janvier de chaque année, comme journée chômée et payée. Cette décision historique confirme l’attachement de notre Nation aux sources plusieurs fois millénaires de notre amazighité. Elle met fin à une situation qui a duré depuis la crise berbère de 1949 appelant les dirigeants du Mouvement national de libération à reconnaître les éléments de notre identité nationale. Le temps a fini par reconnaître cette légitime revendication grâce à la clairvoyance et au sens des responsabilités de tout un chacun.
Abdelhamid Benbadis
Gravure d'un relief de Sheshonq 1er trouvé à Karnak.
Ibn Quzman

Depuis la ville de Constantine, ville de Massinissa, l’imam Abdelhamid Ibn Badis ne signait-il pas ses contributions dans les journaux de l’époque El Mountaqid, Echiheb et El Bassaïr sous la plume d’Ibn Badis le Senhadji, une des tribus berbères de notre arbre généalogique et socle identitaire de l’Algérie en lutte contre toute forme d’oppression et d’atteinte à sa personnalité ? Abdelhamid Ibn Badis, cet infatigable messager de la foi, qui a scruté de son temps les pages de notre histoire, sait combien nous devrions revenir à nos sources, lui, qui a trouvé cette Nation formée et existante, qui a sa propre culture, ses habitudes, ses rites, ses mythes et ses mœurs.

Yennayer au palmarès de notre histoire millénaire

Et si l’Algérie vient d’inscrire dans le palmarès de notre histoire pluriséculaires une des revendications légitimes de notre peuple en effaçant d’une manière irréversible ce déni aux racines amazighs de notre peuple, elle tire aussi sa généalogie des référents identitaires qu’a énoncés Ibn Badis dans son triptyque doctrinal.  Après avoir constitutionalisé la langue amazighe et son officialisation, l’Algérie vient de réhabiliter un des fondements de sa personnalité nationale.
 Et pour exprimer aux générations futures cette appartenance généalogique, il confirme en plus l’entrée en vigueur de Yennayer comme jour de l’An amazigh, les préparatifs pour la création d’une Académie de la langue amazighe en plus du Commissariat à l’amazighité qui existe déjà depuis plus de trois décennies.
Ainsi aux confluences des grandes civilisations qui ont marqué notre histoire, notre pays est l’un des rares dans le monde à célébrer trois fois le nouvel an, marquant à la fois notre attachement à nos valeurs mais également s’inscrivant dans l’humanité.  Nous venons de fêter le Nouvel An dit grégorien le 1er janvier du calendrier grégorien devenant universel ou civil, institué par le pape grégorien XIII en 1582. Evidemment avec l’arrivée des Romains l’empereur Jules César avait instauré le calendrier Julien dès l’an 45 av. J.-C.

Yennayer célébré dans la convivialité familiale

Tout ceci a fait que le calendrier amazigh qui intervient chaque année le 12 janvier, avait été gommé pour laisser place au nouvel an grégorien. Presque partout dans nos régions, Yennayer, qui est le nouvel an amazigh, a été toujours célébré dans la convivialité familiale.
S’il faut revenir à l’Histoire, on note que l’avènement de Yennayer est intervenu en l’an 951 av. J.-C. En effet, les Imazighen ont eu à s’affirmer aux Rois Pharaons notamment le rite organisé à la mort de Namart, père de Sheshnaq I, fondateur de la 22e dynastie des Pharaons. Il faut dire qu’en l’an 950 av. J.-C., à la mort de Pharaon Psoussenses, un Amazigh nommé Sheshnaq a été élevé au rang de Pharaon d’Egypte. Il devient la première autorité de toute la région du Nil en fondant sa capitale Bubasties. Yennayer est une fête qui plonge ses racines au profond des millénaires d’histoire. Comme toute fête, les gens se soumettent à des rites.

Yennayer symbole de la richesse et de la fertilité

Yennayer est symbole de la richesse. Le rituel « asfel » purifie les lieux et expulse les forces maléfiques. A ce jour en Kabylie, chez les Beni Snous dans la région du Khemis, région de Tlemcen, dans les Aurès, Yennayer est célébré avec un couscous à la viande provenant d’un animal sacrifié dans le strict respect des croyances marquant l’événement.
Yennayer de cette année intervient à un moment où notre pays retrouve la sérénité du cœur et la communion du peuple avec son Président nouvellement élu. Un bon signe des retrouvailles d’une bonne année qui commence. Des sept légumes cuits avec de la viande et les pieds de l’animal égorgé, la nouvelle année apporte son lot de moissons. Mais on prépare des crêpes (sfendj) et des trids dans certaines localités. En ce jour, on casse les noix, les amandes et on fabrique des gâteaux avec des œufs. Toute cette tradition plusieurs fois séculaire est suivie dans les hauts lieux de notre pays où la population reste attachée à cette pratique rituelle.

Azul yennayer-assugaz amagaz Yennayer-2970- la Kabylie au firmament des zaouias    

Dans ce moment du nouvel an amazigh, nombreux sont ceux qui se rendent dans les zaouïas qui sont nombreuses dans la région de la Kabylie telles que : zaouiat Ben Abderrahmane d’Aït Smaïl, de Sidi-Sahnoun de Djamaâ Saharidj, celle du cheikh Mohand Ould Hocine d’Aïn El-Hammam ou de Sidi-Ali Moussa des Maâtkas, de Sidi Mansour de Timizart, de Sidi-Bahloul d’Azazga, de Sidi Khelifa d’Azefoun, de Cheikh Ouhadj de Djemaâ Saharidj, de Sidi-Beloua de Tizi-Ouzou, la zaouïa de Ouled Ouali Cherif d’Akbou, de Sidi M’hand Ouhedad de Tifra, de Sidi Ahmed Ouyahia d’Amalou, de Sidi Saïd de Seddouk, de Sidi-El-Djoudi dans la contrée du Guergour et d’Amizour, zaouïa Boukharouba des Ouled Rachid, Zaouiat El-Amoura de Sour El-Ghozlèn, etc.
En ce nouvel an, il y a beaucoup de chants, de medhs. Le peuple qui fêtera l’année hégirienne, considère Yennayer comme une fête qui s’inspire de nos valeurs ancestrales, de l’amour de la terre depuis la Numidie. Signe de prospérité et de renouveau, Yennayer apportera avec l’aide de Dieu, paix et sérénité de l’âme. Une pieuse pensée à tous ceux de nos morts qui ont milité pour l’avènement de cette reconnaissance par la Nation. Ainsi se construisent les Nations qui fondent leur existence au respect de leur histoire et de leurs héros

Yennayer premier mois de l’année dans le calendrier amazigh

Enfin les douze mois du calendrier amazigh : Yennair, Forar, Meghras, Ibrir, Mayyou, Yunyou, Ghuchit, Chtember, Ktober, Wambarr, Djember. Tout cela correspond aux activités agricoles, à la fertilité et aux moissons. Ceci pour exprimer que le Nouvel An est une symbolique annonciatrice de l’abondance. Yennair est un retour aux sources, un ressourcement au profond de nos origines amazighes.
Le peuple algérien fête le Nouvel An Hégirien en tant que musulman selon le cycle lunaire, c’est l’avènement de l’ère musulmane appelée Awwal Mouharam.
Que cette nouvelle année amazighe soit pour notre peuple, l’année de la prospérité, toujours dans la réconciliation nationale et le grand pardon.

Ressourcement renouvelé de nos racines

Des Béni Snous aux confins de la Kabylie en passant par les Aurès et la région Sud de notre pays, les familles algériennes fêtent Yennayer en guise de ressourcement renouvelé à nos racines. Une fête où on remet au goût du jour les plats de l’art culinaire lié avec le rituel ancestral qui l’entoure dans toute la spiritualité, la baraka des saints et l’allégresse. Yennayer ce premier mois du calendrier amazigh remonte ses origines depuis les millénaires dans cette contrée nord-africaine.
Il faut dire que le calendrier Julien officialisé à Rome par Jules César en l’an 45 avant J.-C, a été inventé par l’astronome et philosophe grec Sogicène d’Alexandrie, s’inspirant partiellement de l’antique calendrier égyptien, qui organise l’année civile en tentant de l’identifier à la seule année tropique ou année solaire. Au 2e siècle avant J.-C., l’année se compose d’environ 365,242 jours et l’année julien en compte365,25 jours lesquels se décomposent en 12 mois de 28, 30 et 31 jours ainsi qu’un jour intercalaire tous les quatre ans (année bissextile).
Le calendrier julien est le premier construit selon une observation fine de l’écliptique solaire. Il est considéré aujourd’hui comme calendrier universel ou calendrier grégorien né d’une réforme par le pape Grégorien XIII le 4 octobre 1582.
Il faut dire que Rome projeta sa puissance en Afrique du Nord dans le cadre d’une politique d’expansion impériale de colonisation de la conquête de Carthage (146 avant J.-C.), du démembrement du royaume numide de Juba 1er (46 avant J.-C.) et enfin de l’administration directe de la Maurétanie suite à la mort du roi Bocchus 2 (33 avant J.-C.). Rome établit ainsi son empire à travers toute l’Afrique du Nord.
Cette conquête est restée cinq siècles jusqu’à la prise de Carthage par le roi vandale Genséric (439 après J.C). Donc il existe en Afrique du Nord des traces anciennes de la célébration de la fête du Nouvel An Yennayer appelé calendes de janvier chez les Romains.
C’est Terrulien de souche africaine qui nous fournit cet élément, né et mort à Carthage, dans son ouvrage De l’Idolâtrie composé en 212 après J.-C.
Cette illustration concrète de la célébration des calendes d’Ianiarius se trouve parmi les mosaïques du calendrier mural retrouvé sur le site de l’antique Thysdrus (El Jem, Tunisie) daté entre 222 et 235, remarquablement bien conservé, représentant les quatre saisons et les mois.
La figure symbolisait Ianiarius qui représente deux hommes se donnant l’accolade. A l’arrière-plan on distingue une « galette, le reste étant des fruits ». (Voir Christophe Huguenot dans Rome en Afrique Flammarion, Paris, 2000) et Œuvres de Terrulien, tome deuxième d’Eugène Antoine Genoude Louis Vives, Paris, 1852 ainsi que le Calendrier de Thysdrus de Louis Foucher CNRS, Paris 2000).
Enfin une troisième attestation de l’ancrage des célébrations de la fête de Ianus dans l’Afrique du Nord de l’époque romaine nous est donnée un siècle et demi plus tard par Saint Augustin d’Hippone (354/430) qui condamne les calendes de Janvier en tant que fête du Nouvel An comme étant des survivances de cultes païens à éradiquer dans « la Cité de Dieu ».

Ianiarius est-il l’ancêtre de Yennayer ?

Il s’avère donc que durant plusieurs siècles d’occupation romaine les fêtes d’Ianiarus, ancêtre de Yennayer, ont été célébrées en Afrique du Nord. Saint Augustin est la dernière source latine africaine évoquant les calendes de Janvier.
Avec les « Fatihines », les adeptes de la « Rissala mohamadia » ramènent avec eux le calendrier dit de « l’Hégire » dont l’An 1 correspond à l’An 622 de l’ère chrétienne. Le calendrier musulman exclusivement lunaire correspond à 12 mois, soit 354 jours ou 355 jours tous les dix ans, soit 11 de moins que l’année tropique. Ce calendrier est déconnecté du rythme des saisons, qui dépendent du soleil.
Le premier jour du premier mois de l’année est appelé « Al Mouharam ». Mais la première trace systématique de la transmission du calendrier julien latin chez les lettrés arabophones musulmans se rencontre dans le célèbre calendrier de Cordoue (Voir l’ouvrage de Charles Pellat, Le calendrier de Cordoue, Leiden, Brill, 1961) connu sous le nom arabe de Rabi Ibn Zayd conseiller dans la cour des califes cordouans Abd Rahman III et Al Hakam II, traduit en latin au XIIe siècle par Gérard de Crémone.
Contrairement au calendrier lunaire, c’est le calendrier solaire qui est le plus utilisé par les agronomes musulmans d’El Andalous qui permet de suivre les saisons déterminées par la révolution de la Terre autour du Soleil.
Qu’en est-il alors du vocable « Yennayar » ? Ce dernier apparait pour la première fois dans les poèmes rédigés par Mohamed Ibn Quzman (1078/1116), considéré comme le maître du genre poétique « zajal » par opposition à la prosodie ou le Mouwachah.

Ibn quzman, le maitre poétique du zajal et yannayer

 

Ibn Quzman n’hésite pas à puiser dans l’arabe populaire andalous d’où il utilisa le terme « Aïd Yannayar » pour évoquer la célébration Yannayer et décrit les différents fruits consommés, les cordouans pour l’occasion. Il faut dire qu’à partir du XIe siècle, l’Andalousie est intégrée aux grands empires amazighs almoghavid puis almohad.
Pour contredire la contribution publiée en ligne par Yidir Plantad sur le site « Tamazgha.fr » (Yennayer-histoire d’un mot), il faut qu’il sache que le terme Yennayar qui intervient le 12 janvier de l’ère grégorienne est bel et bien d’origine et de filiation amazigh dont les premiers fatihin partis sous le commandement de Tarek Ibn Ziad étaient comme lui des Imazighen.
Cette fête de Yennayer ne peut être que berbère depuis 950 avant J.-C., date à laquelle Sheshnaq aurait remporté la bataille décisive contre les pharaons, soit la 22e dynastie pour faire correspondre le 1er jour de Yennayer.

Dr Boudjemâa HAICHOUR

Bibliographie :
1-Pour d’amples détails se référer aux computs calendaires, leurs histoires, leurs modes de calcul, leurs correspondances dans l’ouvrage complet de Dershowitz Nachum, Edward M. Reingold, Cambridge Université, Press, 2007.
2-Henri Genevois, « Le calendrier agraire et sa composition », Le Fichier périodique, Alger 1975.
3- Jeannine Droein, Calendriers berbères, études berbères et chamito-sémitiques, Louvain 2000.

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