Un long parcours dans le mouvement national
Fatima Zekkal

Par Hassina AMROUNI
Publié le 10 fév 2020
Moudjahida de la première heure, Fatima Zekkal compte un long parcours dans le mouvement national qu’elle a rejoint à l’aube de ses jeunes années, convaincue que seule la voie du militantisme pouvait libérer son peuple des chaînes du colonialisme.
Fatima Zekkal

Originaire du village de Tidjet, dans la région de Bougaâ (Petite Kabylie), Fatima Zekkal naît le 23 mars 1928 dans le quartier populaire de Belouizdad, au sein d’une famille de condition modeste.
Fille de Mohamed Zekkal, chauffeur de taxi et fervent militant au sein de l’Etoile nord-africaine (ENA) et du Parti du Peuple Algérien (PPA), la jeune Fatima est nourrie dès le jeune âge aux idées révolutionnaires. 
Fréquentant l’école primaire Emile-Augustin Chazot à Alger-Centre (rebaptisée, au lendemain de l’indépendance du nom de son père, Mohamed Zekkal), la jeune Fatima est une brillante élève. Malheureusement, son père lui fait interrompre ses études en 1945, alors qu’elle est au lycée car des personnes étaient venues lui dire que sa fille « vadrouillait » à travers les rues de la capitale. En fait, Fatima activait pour le PPA qu’elle venait de rejoindre mais cela peu de gens le savait. Fatima avait, en effet, découvert les activités du Parti du Peuple Algérien lorsqu’elle accompagnait son père aux réunions en 1942. A peine âgée de 14 ans, elle aidait les femmes à recevoir les militants, à préparer ou à servir les repas. Mais en 1945, dès qu’elle fut en âge de prendre des décisions, elle n’hésita pas à adhérer elle aussi au parti, consciente qu’elle avait un rôle à jouer dans cette révolution en marche.

Mai 1945, tournant décisif

Afin de préparer les manifestations du 1er mai 1945, à Alger, trois réunions préparatoires sont organisées sous la direction de Hocine Asselah, Mahmoud Abdoune, Saïd Amrani, Ahmed Bouda et Arezki Djemaâ. Deux rencontres ont lieu à Belouizdad chez Mohamed Zekkal et Mohamed Dekkar et la troisième à la Casbah d’Alger, chez Arezki Djemaâ.
Le jour des manifestations, Mohamed Zekkal et d’autres militants sont blessés par les autorités coloniales qui répriment sévèrement les manifestants, ce qui fera naître en Fatima un profond sentiment de révolte.
Elle décide, alors, de rejoindre la première cellule féminine clandestine du PPA-MTLD à Alger-Centre. Jeune, volontaire, courageuse, Fatima Zekkal ne recule devant rien. Elle est de toutes les initiatives qui sont organisées dans la capitale par le mouvement associatif féminin.
Son engagement et celui des autres militantes ne se limite pas uniquement à l’Algérie, puisqu’elles s’intéressent aussi à la cause du peuple palestinien pour lequel elles organisent des fêtes pour faire des quêtes. A ce titre, Omar Oussedik les mettaient en contact avec les dirigeants du PPA qui leur donnaient les mots d’ordres et directives à suivre.
Sœur aînée du comédien Larbi Zekkal, Fatima a elle aussi un grand penchant pour l’art en général et le théâtre en particulier. D’ailleurs, dans sa jeunesse, elle sera actrice, une vocation qu’elle suivra même après son mariage à Tlemcen.

Association des femmes musulmanes algériennes

Le 24 juin 1947, Fatima Zekkal et Mamia Chentouf participent à la création de l’Association des femmes musulmanes algériennes. Nafissa Hamoud est désignée secrétaire générale de l’AFMA et Fatima Zekkal, secrétaire générale adjointe. La création de l’association va coïncider la période où le Parti du Peuple Algérien (PPA) va s’ériger en Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). 
A travers cette association, les femmes trouvent le cadre idoine pour développer le nationalisme algérien dans les rangs féminins. Fatima Zekkal, Mamia chentouf, Nafissa Hamoud, Malika Mefti, Zhor Cherchali et d’autres encore, en véritables pionnières, contribuent pour beaucoup, à une véritable prise de conscience populaire, en parcourant villes et villages du pays, pour expliquer l’importance de l’engagement de la femme algérienne dans le mouvement nationaliste.
Fatima Zekkal, très engagée sur le terrain, s’occupe des collectes d’argent pour le parti et vend le journal de son organisation, contribuant ainsi à une large diffusion du discours nationaliste.
Alors qu’elle est responsable de la cellule du PPA à El Biar, Fatima Zekkal rencontre Abdelkrim Benosmane, lui aussi militant du Parti du Peuple Algérien (PPA) à Tlemcen qui avait participé avec Messali El Hadj en 1933 au dessin à Paris d’un premier drapeau algérien représentant l’Etoile nord-africaine. Les deux jeunes gens se marient en 1948 et le couple s’installe à Tlemcen. Loin de renoncer à ses activités militantes, Fatima, suivant les directives de ses supérieurs hiérarchiques, va créer sur place une section de l’AFMA. Elle ne rencontre aucune difficulté pour le faire car, lors de son mariage, un grand nombre de militantes (on a recensé quinze militantes) sont parmi les convives et elles n’hésitent pas à adhérer à l’association.
Il faut savoir que le mariage de Fatima Zekkal prendra toutes les allures d’un rassemblement nationaliste puisque l’orchestre jouera un chant patriotique, chanté en chœur par les invités, de même qu’un tableau de l’artiste peintre Bachir Yellès, représentant l’Emir Abdelkader a été vendu aux enchères au profit du PPA. La vente rapportera une somme importante et le tableau, offert aux jeunes mariés comme cadeau de mariage.
En 1953, le couple retourne s’installer à Alger après que l’entreprise de Abdelkrim Benosmane (une raffinerie d’huile) eut fait faillite. Fatima en parfaite trilingue (tamazight, arabe littéraire et arabe dialectal, français) ne trouve aucune difficulté pour se faire engager en 1954 comme speakerine au sein de l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF), devenant ainsi l’une des premières speakerines de la radio algérienne puis de la télévision algérienne dès les années cinquante.
Au lendemain du déclenchement de la guerre de libération nationale, elle rejoint les rangs du Front de libération nationale.
Connue pour son parcours et jouissant d’une grande confiance et considération de la part des responsables du FLN, elle est contactée par l’agent de liaison Rachid Amara par le biais de Izza Bouzekri pour trouver un refuge à Abane Ramdane. C’est donc avec beaucoup d’hospitalité et de discrétion qu’elle et son époux accueillent dans leur domicile le responsable du FLN ainsi d’autres membres du Comité de coordination et d’exécution (CCE). Il faut savoir que Fatima Zekkal faisait partie d’un groupe restreint de femmes militantes parmi lesquelles il y a lieu de citer Nassima Hablal, Izza Bouzekri, Zoulikha Bekaddour et Hafsa Bisker. 

Arrestation de Fatima Zekkal

Le 23 février 1957, au cours de la bataille d’Alger, Fatima Zekkal est arrêtée par les parachutistes français. Conduite dans les sous-sols de la sinistre villa Susini, elle y subit les pires tortures pour lui soutirer de précieuses informations. Mais la courageuse militante ne souffle pas mot. On la présente alors au parquet pour y être jugée. Bien-sûr, on la fait d’abord passer par la villa Mireille pour lui rendre un aspect un peu plus présentable et masquer les traces de tortures. Après la prononciation du verdict, elle est conduite à la prison de Serkadji, puis à la prison d’El-Harrach, avant d’être transférée à la prison de Niort en France. Après trois années d’emprisonnement, elle est libérée en 1961. Fatima Zekkal reprend immédiatement ses activités politiques et ce, jusqu’à l’indépendance de l’Algérie.
Fatima Zekkal est décédée à Alger en mars 1990, laissant derrière elle trois enfants.

Hassina Amrouni

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