La bataille de Souadek

Par Fateh Adli
Publié le 09 fév 2020
Il s’agit sans doute de l’une des batailles les plus retentissantes, avec celle d’El-Djorf dans la Zone I, qui ont réussi à propulser la lutte armée contre l’occupation à un moment où l’armée ennemie croyait être venue à bout de la « rébellion » dans la région de l’est du pays.
Zighoud Youcef
Didouche Mourad

La bataille du douar Souedek à Smendou, dans le Nord-Constantinois eut lieu le 18 janvier 1955, et fut le prélude à la grande offensive qui eut lieu à Skikda le 20 août de la même année, sous la conduite de Zighoud Youcef. Cette bataille porta en même temps un grand coup à la Révolution, avec la mort au champ d’honneur, lors de cet accrochage avec l’ennemi, d’un des six pères du 1er Novembre, et chef de la Zone I, à savoir Didouche Mourad.
Avec Zighoud Youcef, son compagnon d’arme et son successeur dans le Nord-Constantinois, Didouche Mourad a réussi, en un laps de temps court, à jeter les bases d’une organisation politico-militaire qui allait affronter l’une des plus grandes puissances militaires de son époque. Homme politique racé et stratège militaire hors pair, il fut le premier chef de zone (future wilaya) à tomber au champ d’honneur. Il n’avait alors que 28 ans.
Très peu de témoignages ont été publiés sur cette bataille. Mais un chercheur algérien, Allaoua Amara, qui est vice-recteur de l’université des sciences islamiques Emir- Abdelkader de Constantine, a épluché une somme considérable d’archives françaises, jamais exploitées auparavant, sur le déroulement de cette bataille qui, en son temps, avait défrayé la chronique. Dans le lot de ces documents aussi rares que précieux, il y a un rapport élaboré deux jours après la fin de la bataille et portant la date du 20 janvier 1955. Ce document de cinq pages comporte quatre photographies et un message de félicitations adressé par le maire d’Aïn-Beida suite à « l’élimination des hors-la-loi » et donne une description détaillée de cet accrochage.
Lors de cette bataille qui a fait sept morts, dont Didouche Mourad, un moudjahid, Abdelkader Mesbah a été arrêté et un autre, Ali Saïd Chaouki, grièvement blessé. «André Filal, inspecteur général et rédacteur du rapport, est arrivé en compagnie du procureur général, Camile Kayoule, au lieu de l’opération afin de collecter toutes les informations se rapportant à la bataille de Douar Souadek», rapporte le document en question.
Le rapport qui s’appuie sur les déclarations d’Abdelkader Mesbah, indique que le commandement de la Zone II (Nord-Constantinois) avait décidé de former deux groupes : le premier, implanté à Mechta El-M’ghaiziya, est dirigé par Didouche Mourad, alias Abdelkader, alors que le deuxième, conduit par Boudarsa, alias Aïssa, est installé à Douar El-Ghrazla.
Par ailleurs, le rapport, selon lequel « Abdelkader » dirigeait le groupe de Mechta El-M’ghaiziya, confirme que les services secrets français n’ont pas réussi à suivre les mouvements des premières unités de l’Armée de libération nationale (ALN). Si les déclarations prétendent que les services français avaient l’œil sur Didouche Mourad et ses opérations dans le Nord-Constantinois, les écrits traitant de la bataille du Douar Souadek apportent une version contraire des faits, d’autant que les autorités françaises ignoraient, du moins jusqu’à ce 20 janvier 1955, que « Abdelakder » était le nom de guerre de Didouche Mourad.
En troisième page, le document évoque l’identité des « hors-la-loi » abattus par l’armée française, en mentionnant un nom, avec un crayon de cahier, sur chaque numéro de cadavre, et en laissant celui de Didouche à la fin, en inscrivant uniquement son pseudonyme, preuve que son identité n’était pas encore, jusqu’à cet instant, connue. Quelques caractéristiques y sont mentionnés : âge : environs 35 ans (il n’en avait en réalité que 28 !) ; taille : 1 m 75, cheveux noirs, moustache à l’américaine, vêtu d’une chemise blanche et d’un pantalon civil bleu.
Les autres chouhada eurent droit à des descriptions tout aussi détaillées, bien que, parfois, aléatoires. Il s’agit de Bengharsallah Belgacem dit Bendriss, Ayache Youcef, Abbas Bouchriha, Belloucif Ali, Karboua Mohamed et Naas Ammar.
Evoquant le déroulement de la bataille, le rapport de l’armée française parle d’un accrochage d’une patrouille de gendarmerie de Smendou, le 18 janvier 1955 à 8 heures et demie du matin, au douar Souadek, et plus précisément à mechta Graoua, avec un groupe de « hors-la-loi » embusqués dans les maquis et les grottes longeant Oued Boukerker. Les moudjahidine ont été, d’après la même source, les premiers à ouvrir le feu, abattant ainsi un gendarme et en blessant un autre. Des unités de la gendarmerie mobile et de la sécurité républicaine sont vite appelées en renforts, sous la conduite du commandant M. P. et du capitaine P. L’accrochage a duré jusqu’à la tombée de la nuit.
Le rapport précise que « sept cadavres de combattants algériens ont été recensés, et un blessé, nommé Mesbah Benaïssa, a été capturé». Lors de l’interrogatoire, le captif aurait avoué son appartenance au CRUA à Smendou (actuelle commune de Zighoud-Youcef), et aussi sa participation, avec un groupe d’une vingtaine de moudjahidine, à l’attaque de la gendarmerie de Smendou, durant la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, sous la direction de Zighoud Youcef.
Adel Fathi

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