L'oasis rouge
Timimoun

Par Hassina AMROUNI
Publié le 12 fév 2019
Timimoun. Qui ne connaît pas ou n’en a pas entendu parler ? C’est l’une des villes du Sud algérien parmi les plus visitées par les touristes algériens et étrangers.
Ancienne photo du lavoir de Timimoun

Commune de la wilaya d’Adrar, Timimoun, surnommée « l’Oasis rouge », est située à l’ouest du plateau de Tademait. Elle est entourée d’un ensemble d’oasis bordant le Grand Erg Occidental. Dominant la Sebkha qui, autrefois, était tantôt un fleuve, tantôt une étendue lacustre, Timimoun offre, aujourd’hui, un magnifique panorama sur toute la partie méridionale du Grand Erg Occidental. Capitale du Gourara, « Gourara » étant la déformation linguistique du mot zénète « Tigurarin » qui signifie « campements », Timimoun subjugue par sa beauté magique. Au commencement donc étaient des groupes humains installés dans la région depuis la préhistoire. Des fouilles effectuées dans la région ont permis la mise au jour des vestiges de l’homo erectus, se situant entre un million et 500 000 ans. Ces vestiges consistent notamment en des bifaces de l’Acheuléen, découverts dans les sites de la zaouïa Si El Hadj Belkacem et de Massine. Le sud de Timimoun a révélé également l’existence de sites de l’Atérien. Toutefois, la séquence néolithique reste plus présente au nord et absente au sud de Timimoun. Selon, le Dr Nadjib Ferhat : « En terme de peuplement de la région et d’évolution des paysages, ceci pourrait se traduire par une désertion de la région au sud du Grand Erg Occidental par les populations néolithiques. Elles auraient abandonné une région devenue insalubre pour aller à la recherche des eaux et de conditions plus favorables, dans les fonds interdunaires à l’intérieur même de l’Erg ». (*) Courageux et téméraires, les premiers habitants, loin de se résoudre à l’aridité des vastes terres s’y sont, au contraire, installés et y ont fait pousser la vie. Un miracle de la grande volonté des hommes. Des siècles durant, ils ont appris à apprivoiser cet environnement pourtant hostile. Peu à peu, à force de volonté, de savoir-faire, ils ont réussi à faire pousser des palmiers, l’arbre-roi, ainsi que des arbres fruitiers. Chaque goutte d’eau exploitée à bon escient a permis à cette région désertique de devenir un lieu où il fait bon vivre. L’eau, c’est la vie Avec une nappe souterraine abreuvée par les eaux des oueds Seggeur, Gharbi et Namous, Timimoun, à l’instar des cités sahariennes bâties à la lisière des oueds, est entourée d’une végétation dense. Il faut savoir que c’est grâce à l’ingéniosité des hydrauliciens sahariens que le système des foggaras a pu capter et distribuer la moindre goutte d’eau. Une technique traditionnelle millénaire qui permet à l’eau d’être acheminée à travers des centaines de kilomètres de galeries souterraines pour être équitablement répartie via un écheveau de canalisations, de bassins et de peignes de distributions. Cet ouvrage collectif que l’on retrouve, par ailleurs, dans toutes les régions du sud, permet à l’eau, denrée rare mais ô combien vitale, d’être utilisée avec parcimonie sans être gaspillée. Mais surtout, elle est accessible à toutes les terres agricoles. Naissance d’une cité Le Gourara, qui, comme indiqué plus haut, signifie « campements », a, depuis la nuit des temps, accueilli des hommes qui, en se déplaçant dans le vaste Sahara, y faisaient une halte. Le Gourara devient ainsi lieu de repos ou de refuge pour des populations diverses. Les premiers à s’y installer durablement, voire à se sédentariser sont, vraisemblablement, les Haratines, descendants de l’homme du néolithique mais aussi descendants d’esclaves soudanais, arrachés à leur terre natale. Au fil des siècles, d’autres masses humaines vont venir se confondre avec les premiers arrivés. Fuyant parfois les guerres, d’autres fois la famine, ils vont trouver sur cette terre, bienveillance et sérénité. Lorsque les premiers conquérants étrangers arrivent, en l’occurrence les Romains, les Vandales et les Byzantins, des flux importants de populations dont des Gétules, Zénètes, Juifs de Cyrénaïques, Numides… vont fuir. Dès lors, des liens vont se tisser, allant au-delà de la cohabitation. Relais du commerce caravanier Avec le mélange de toutes ces populations, on va assister à la naissance du commerce transsaharien. En effet, vers la fin du VIIe et le début du VIIIe siècle, et avec l’extension de l’islam et l’usage généralisé du dromadaire, les échanges commerciaux vont apparaître. Il est, selon Bernard Lugan, chercheur au CNRS, « organisé le long d’axes caravaniers et au départ des villes nées dans le Sahara » (*) Jusqu’au Xe siècle, les Zénètes ibadites dominent les échanges depuis les villes du Maghreb jusqu’aux empires de l’ouest africain. En raison de l’intensité des échanges, ils vont créer un réseau de citadelles et de greniers fortifiés pour stocker céréales, dattes… Mais cette période faste prend fin avec l’avènement du règne des Fatimides. Ces derniers vont ruiner Tihert, la capitale des Rostémides et Sijilmassa en 909. Fuyant la région, les Ibadites fondent Sedrata d’où ils seront chassés par les Hammadites. Ils trouvent finalement refuge dans la région du sud qui deviendra plus tard le M’Zab. Les Zénètes sont, eux aussi, chassés de Sijilmassa par les Fatimides. Des alliances se créent, d’autres se défont jusqu’au XIe siècle où l’arrivée des Hilaliens a lieu au milieu d’une grande division entre les Berbères zénètes et Sanhadja. Ils vont alors bouleverser l’histoire du Maghreb. Cependant, l’empire Almoravide, en pleine expansion, va changer la donne. Après l’annexion du Touat et du Gourara, les Almoravides finissent par exercer leur hégémonie sur les canaux du commerce transsaharien. Au XIIe siècle, les Almohades arrivent au pouvoir, évinçant les Almoravides. Ils vont étendre le territoire de l’islam. Quant au commerce, ils vont ouvrir une grande voie allant du Niger jusqu’en Andalousie, avec le Touat comme étape charnière. C’est pourquoi, Abdelmou’min, successeur d’Ibn Toumert, enverra son fils dans le Gourara où il restera une année. C’est, selon certaines sources, durant cette période qu’est construit le principal ksar de Timimoun. A la chute de l’empire Almohade au XIIIe siècle, le Maghreb sera écartelé entre Mérinides (à Fès), Zianides (à Tlemcen) et Hafsides (à Tunis). Là encore, le Gourara va vite s’imposer comme importante voie de passage et Timimoun va jouer un rôle de médiateur, entretenant des liens à la fois avec les Mérinides et les Abdelwadides (Zianides). L’insécurité finit par régner, entrainant le déplacement des routes de commerce vers l’Est par le Touat Gourara, le M’Zab, Ouargla et la Tripolitaine, provoquant ainsi le déclin des villes du Maghreb. Cependant, le Gourara et Timimoun trouveront refuge dans la foi et la protection d’hommes au destin particulier qui leur serviront à la fois de guides et de protecteurs. Conquête française Lorsque la France débarque à Alger en 1830, la progression de ses armées à l’intérieur des terres se fait progressivement. Après les grandes villes du nord, le sud voit lui aussi l’invasion de ce nouveau conquérant. En 1849, Biskra tombe entre les mains ennemies après la sanglante révolte des Zaâtchas. Les Ouled Sid Cheikh, Bouâmama, le M’Zab, El Goléa, In Salah, résistent farouchement mais finissent par tomber. Seule Timimoun reste imprenable. Finalement, les ksour du Gourara, du Touat et du Tidikelt ne parviennent pas à tenir tête au déploiement de force de l’armée coloniale française et tombent, elles aussi, en 1900. Hassina Amrouni Sources : (*) « Universelle Algérie », éd. Zaki Bouzid, Alger 2007 Articles divers de la presse nationale