Ksar d’Ighzer ou le génie urbanistique saharien

Par Hassina AMROUNI
Publié le 12 fév 2019
En dominant la sebkha, Timimoun a toujours bénéficié de conditions géomorphologiques qui ont facilité la vie sédentaire des premiers hommes installés dans la région.

Au fil des siècles, cette vie s’est animée dans toute la région du Gourara, avec l’implantation de ksour et de palmeraies. Situés le long des voies de communication et de commerce, les ksour étaient des sortes de relais entre l’Afrique du nord et l’Afrique subsaharienne.
Aujourd’hui, ces centres historiques ont perdu leur lustre d’antan. Selon Samira Haoui Bensaada, architecte qualifié des monuments protégés et enseignante chercheur à l’université de Blida : « Le ksar se délite, se paupérise. Il est abandonné ou subit une transformation incontrôlée : cette attitude a été nuisible à sa préservation en rompant un équilibre socioculturel et en mettant en péril l’écosystème oasien » et d’ajouter : « l’espace ksourien subit une dévalorisation, causée par un processus de transformations, de dégradations et d’abandon rapides, et une marginalité accrue dans la structure urbaine de la ville et dans la planification locale ». (*)
En dépit de leur dégradation -avancée pour certains-, ces ksour dont la valeur patrimoniale est indéniable, continuent d’attirer les touristes visitant la région, toujours subjugués par le génie urbanistique des premiers habitants du Sahara.

Ksar d’Ighzer

Situé dans la commune d’Ouled Saïd à une dizaine de kilomètres de Timimoun, le ksar d’Ighzer est l’un des plus anciens sites archéologiques du Gourara, encore visibles aujourd’hui.
Construit par les tribus zénètes, lors de leur installation dans la région, ce vieux ksar, niché sur un site rocailleux appelé « Dar El Hassi », domine le lac de Timimoun. Les terres étant abreuvées d’eaux souterraines, les premiers habitants ont pu y faire pousser des palmeraies, source de subsistance, jusqu’à nos jours.
Les tribus berbères, à l’origine de ce site, ont construit une citadelle qui a réussi à résister aux vicissitudes du temps, d’abord grâce aux matériaux utilisés (toub ou pisé, argile, sable, pierres, troncs et feuilles de palmiers) et qui sont adaptés aux conditions climatiques de la région mais aussi grâce à l’architecture adoptée et qui a permis à ses habitants de se prémunir contre les incursions ennemies. Avec ses remparts, sa tour de guet et son accès labyrinthique et sinueux, le ksar était un site imprenable et sûr pour ses habitants.
A l’intérieur, cette Casbah du désert était composée d’ilots, à savoir les flancs Est et Ouest et Dar El-Hassi, séparés par des voies d’accès. Au fil des siècles, le ksar a connu une extension de ses issues et ruelles et s’est étoffé d’une mosquée et d’une maison d’hôtes pour accueillir les visiteurs mais le tout, réalisé dans une belle harmonie avec l’espace déjà existant pour ne pas le dénaturer.
On y trouve également « Dar El Cadi » (tribunal), mitoyen du marché pour dénouer rapidement d’éventuels conflits liés au commerce, une « rahba » (esplanade) ainsi qu’un « maqam » (mausolée d’un des saints patrons de la région). Ce dernier, de forme conique et peint en blanc, trône au milieu de la palmeraie et du ksar et constitue « une partie de la mémoire populaire collective de la région ».
Les maisons, quant à elles, possèdent une entrée dont le seuil est placé à contre-courant du sable et des vents. Elle donne accès à la
« Skifa », cette cour intérieure, baignée d’un puits de lumière, est le trait d’union entre l’extérieur et l’intérieur de l’habitation.
La répartition des chambres se fait tout autour de cette skifa, sous des arcades, desservant une cuisine, une salle de séjour et un grenier installé sur la terrasse qui sert de lieu de repos durant les nuits estivales.
Jalousement préservé par ses habitants, ce ksar est surtout le cheval de bataille de l’association d’Ighzer pour la protection des sites touristiques qui, depuis sa création en 1996, œuvre sans relâche à la mise en valeur de patrimoine ancestral en initiant des actions de sensibilisation et de restauration du ksar mais aussi en faisant découvrir aux touristes et autres visiteurs les us et coutumes des habitants du Gourara.

Hassina Amrouni
Sources :
http://www.aps.dz/regions/57835-le-ksar-d-ighezer-un-vestige-temoin-du-g...
(*) http://www.rehabimed.net/wp-content/uploads/2011/02/2.2.HAOUI%20Samira.pdf
http://www.amistimimoun.org/5Echeances/Ighzer.pdf

 

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