Chahid sans tombe
Hamou Boutlelis

Par Hassina AMROUNI
Publié le 17 fév 2019
Hamou Boutlelis. Encore un autre chahid sans sépulture. Disparu en octobre 1957, il compte parmi les valeureux martyrs de la guerre d’Algérie.

Natif d’Oran, Hamou Boutlelis y voit le jour le 5 septembre 1920. Ses parents vivaient au départ dans le faubourg d’El Hamri avant de s’installer à Medina Djedida, désigné à l’époque sous le nom de « Village nègre ».
Fils de Si Habib, un boucher-tripier du marché « Lamoricière », rebaptisé marché Sidi Okba, à la demande des élus du MTLD, le jeune Hamou n’est pas porté sur les études. Aussi, une fois son certificat d’études primaires en poche, il raccroche le tablier pour tenter de gagner sa croûte, en faisant toutes sortes de petits métiers.
En 1936, Hamou Boutlelis est recruté comme clerc chez maître Abecassis. Une année plus tard, et sur recommandation de son ami et aîné Abdelkader Kettaf, il rejoint le cabinet de maître Jeantet, notaire. Toutefois, le jeune homme qui espérait apprendre les ficelles du métier se retrouve à faire des tâches domestiques. Ce qui le rebute au plus haut point. Refusant de « porter le panier au patron », il claque la porte. Il faut dire que Hamou n’est pas homme à courber l’échine. Il rebondit très vite, en versant dans d’autres petits métiers mais il ne perd pas de vue sa passion pour le sport, notamment l’athlétisme et le football qui, non seulement l’aident à passer du temps avec ses amis mais lui permettent aussi de mener une vie saine.
Adolescent bien dans sa peau, Hamou Boutlelis n’en demeurait pas moins révolté par toutes les injustices que subissait le peuple algérien au quotidien. Lui-même a eu sa part de brimades et d’humiliations lorsqu’il travaillait chez les colons. Aussi, au fond de lui, grandissait une révolte sourde qui allait le pousser à s’engager pour la révolution.
A l’âge de 16 ans, il commence à militer dans les rangs de l’Etoile Nord-africaine (ENA), des amis du journal El-Ouma, avant de rejoindre le Parti du peuple algérien (PPA) puis le Mouvement pour le triomphe des libertés (MTLD). Le jeune Hamou est pris dans l’élan du nationalisme, aussi, lorsque Messali Hadj anime un meeting au garage « Rossi » à Oran, le 17 mars 1937, c’est Hamou qui, pour la première fois, brandira l’emblème national. Le lendemain, il rencontre le leader du PPA, à l’Hôtel de la Paix à Sidi El-Houari. Pour le jeune homme, rencontrer le zaïm est une grande fierté, ce qui le pousse à continuer à militer. Une année plus tard, en sa qualité de membre de la jeunesse nationaliste au sein du Parti du Peuple algérien, Hamou organise les groupes de jeunes des différents quartiers populaires et les incorpore dans des équipes de football afin de les éloigner du chemin de l’oisiveté et du vice.
En même temps, les sections de scouts sont créées avec le premier groupe En-Nadjah dans un magasin de cordonnier au boulevard Joffre, actuellement Bd Maata Mohamed El-Habib. Hamou et d’autres jeunes du PPA tiennent la rue avec un autre militant, une grande figure du Mouvement national à Oran, Abdelkader Torki.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, le PPA et le Parti communiste algérien (PCA) sont dissous. Tous les militants algériens entrent alors dans la clandestinité afin de poursuivre leurs activités.
L’année 1947 verra l’élection des députés au Parlement. Les nationalistes se présentent avec une liste du MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques). En 1949, Hamou Boutlelis est arrêté puis relâché quelques mois après.
En 1951, il est à nouveau arrêté en même temps que d’autres membres de l’Organisation Secrète (OS). Jugé par le tribunal d’Oran, le procès fait grand bruit. En effet, en ce 12 février 1951, les dockers du port d’Oran organisent une grève et manifestent à l’appel des militants de la CGT (Confédération générale des travailleurs), protestant contre la répression et demandant la libération des détenus.
Hamou est condamné à six ans de prison. Au terme de son incarcération, et alors qu’il devait être libéré le 22 octobre 1957, il est « relaxé » la veille, le 21 octobre mais il ne rejoindra jamais son domicile. Ni sa famille ni son avocat et encore moins ses compagnons n’auront de nouvelles de lui.
Lors d’un colloque organisé au musée du moudjahid d’Oran, à la fin octobre 2000 et intitulé « Le martyr sans tombe », des compagnons d’armes du chahid sont venus apporter des témoignages sur sa disparition qui selon eux aurait été enlevé à sa sortie de prison sur ordre de hauts responsables de l’administration coloniale.
Hamou Boutlelis fait lui aussi partie de cette longue liste de martyrs sans tombe dont le sacrifice n’aura pas été vain.
Hassina Amrouni

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