Le médecin militant nationaliste
Mohamed Lamine Debaghine

Par Hassina AMROUNI
Publié le 17 fév 2019
Grande figure du nationalisme algérien, Mohamed Lamine Debaghine a toujours milité pour une Algérie libre et indépendante, y compris au sein de l’Assemblée nationale où il siégeait en tant que député dans le milieu des années 40 sur la liste du MTLD. Ses prises de position courageuses lui vaudront le respect de ses compatriotes et la crainte de ses ennemis.
Lamine Debaghine
Lamine Debaghine debout

Originaire de Cherchell, Mohamed Lamine Debaghine voit le jour le 24 janvier 1917 à Hussein-Dey, au sein d’une famille de la classe moyenne. Doté d’une grande intelligence, le petit Mohamed Lamine travaille assidûment pour pouvoir s’affirmer dans une société où l’indigène est écrasé par un système colonial inique. Décrochant son bac avec brio, il obtient une bourse qui lui permet d’entreprendre des études de médecine. A la Faculté d’Alger, les étudiants algériens se retrouvent entre les cours et dans leurs discussions, la condition de l’Algérien revient tel un leitmotiv. Mohamed Lamine anime souvent les débats avec fougue et force argumentaire, il devient très vite l’une des figures marquantes de l’Association des étudiants musulmans Nord-Africains dont il sera élu vice-président en 1938.
Une année plus tard, il adhère au Parti du peuple algérien (PPA), il n’a alors que 21 ans et est en dernière année de fac de médecine mais le jeune homme surprend par sa perspicacité et son engagement militant. Quelques mois après son entrée au parti, il prend la tête de l’organisation secrète après l’emprisonnement de Messali Hadj et tente de réorganiser le PPA clandestin.
Durant la Seconde Guerre mondiale, tout en affichant une position sans équivoque contre les partis fascistes d’Allemagne et d’Italie, il refuse d’accomplir son service militaire et de s’engager pour la France.
Au lendemain du débarquement des troupes alliées en Afrique du nord, le 8 novembre 1942, Mohamed Lamine Debaghine prend part à la rédaction du Manifeste du peuple algérien et à la restructuration du mouvement nationaliste révolutionnaire.
Son activisme, qui n’est pas vu d’un bon œil par les autorités coloniales, le conduit à son arrestation en 1943 en compagnie de plusieurs militants dont Benyoucef Benkhedda, son ami de longue date et compagnon de lutte. Pour la première fois, les militants sont soumis à des séances de torture. Mohamed Lamine Debaghine, en tant que figure de proue du mouvement de contestation, est supplicié pendant de longues heures par ses bourreaux qui tentent vainement de lui soutirer des renseignements sur l’organisation à laquelle il appartient et sur les personnes qui la dirigent. A l’extérieur, la solidarité s’organise et la mobilisation pour la libération des prisonniers n’essouffle pas. Après quelques mois sous les verrous, Mohamed Lamine Debaghine et ses compagnons sont libérés en décembre 1943.
Son diplôme en poche, le jeune médecin s’installe à El Eulma, dans la région de Sétif où il ouvre un cabinet médical. Ainsi, il peut prodiguer son aide aux populations rurales, souvent livrées à elles-mêmes dans cette Algérie colonisée. Parallèlement, il continue de militer d’autant que son métier est une bonne couverture pour se faire discret et ne pas attirer l’attention des autorités coloniales. Recherché par les services de police française suite à son implication dans les événements du 8 mai 1945, Mohamed Lamine Debaghine réussit à leur échapper.
A la suite de la loi d’amnistie du 9 mars 1946, il reprend ses activités publiques mais le PPA est toujours interdit d’où la poursuite d’actions clandestines jusqu’à la libération de son leader, Messali Hadj en cette même année 1946.
Ce dernier, dès son retour de Brazzaville où il était déporté, tente de convaincre ses militants d’une participation aux élections législatives du 10 novembre 1946, chose que la majorité des dirigeants du PPA réprouve. Lui aussi opposé à ce choix politique, Mohamed Lamine Debaghine se présente néanmoins dans le département de Constantine mais sous les couleurs du Mouvement pour le Triomphe des libertés démocratiques (MTLD), le PPA étant toujours interdit par l’administration coloniale. Il est ainsi élu député de la deuxième circonscription de Constantine.
Durant son mandat au sein de de l’Assemblée, Mohamed Lamine Debaghine se fera remarquer par ses positions courageuses, prônant à chaque prise de parole, le droit du peuple algérien à l’autodétermination. La date du 20 août 1947 reste en ce sens mémorable car ce jour, les députés du MTLD contestent ouvertement le droit à une assemblée française à légiférer sur des questions relatives à l’avenir de l’Algérie. Tout en rejetant l’idéologie coloniale, Lamine Debaghine affirme la réalité de la nation algérienne en revenant sur sa longue Histoire, appelant dès lors à la libération et à l’indépendance du peuple algérien. Un argumentaire qui sera à chaque fois au cœur du discours du mouvement nationaliste algérien.
S’éloignant sensiblement de la position « réformiste » adoptée par Messali Hadj, Mohamed Lamine Debaghine va alors parcourir le pays, tentant de convaincre les jeunes militants de la nécessité d’une réforme réelle du parti. Ces derniers répondent favorablement à son discours, ce qui élargira l’écart entre lui et Messali Hadj qui le considère, dès lors, que comme son principal adversaire.
Mohamed Lamine Debaghine finit par envoyer sa démission à partir de Tunis et, le 1er décembre 1949, il est officiellement exclu par le Comité central.
A la veille du déclenchement de la lutte libératrice, il rejoint le Front de libération nationale, rejetant au passage une offre d’adhésion au sein du Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA).
Le 24 juin 1955, il est arrêté pour « association de malfaiteurs » et interné pendant six mois. A sa libération, il reprend contact avec le FLN et c’est Abane Ramdane qui le réintègre, en l’appelant à ses côtés à la fin de 1955.
Assigné à résidence par le préfet de Constantine, il quitte clandestinement l’Algérie. Séjournant quelque temps à Paris, il rallie ensuite le Caire où il finit par être nommé à la tête de la Délégation extérieure du FLN, il devient membre titulaire du CNRA au Congrès de la Soummam en août 1956, du CCE élargi en 1957 puis Premier ministre des Affaires étrangères du GPRA en septembre 1958 avant de démissionner de son poste le 15 mars 1959.
Au lendemain de l’indépendance, il se retire de toute vie politique et rouvre son cabinet médical à El Eulma. Il y exercera la médecine jusqu’à la retraite.
Le 20 mars 2003, Mohamed Lamine Debaghine décède à Alger des suites d’une attaque cérébrale. Il est enterré au cimetière de Sidi M’Hamed à Alger.
En hommage à son long parcours militant et à son engagement tout au long de la glorieuse lutte du peuple algérien pour sa libération du joug colonial, l’ex hôpital Maillot de Bab-el-oued a été rebaptisé à son nom.
Hassina Amrouni

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