L’action populaire dans la concrétisation des objectifs politiques de la guerre de libération
Grève des huit jours

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 27 fév 2018
Au début du mois de janvier 1957, la direction du FLN préparait une action d’envergure de grande portée politique, une grève générale des populations algériennes qui devait durer huit jours. Le CCE (Comité de coordination et d’exécution) voulait profiter de la prochaine tenue de l’Assemblée générale des Nations unies pour inscrire la question algérienne dans les débats et surtout montrer l’adhésion du peuple algérien à l’objectif d’indépendance et à la représentativité du FLN. Le 19 juin 1956, treize Etats afro-asiatiques avaient saisi le Conseil de sécurité de la question algérienne. Le Conseil avait alors décidé de ne pas l’inscrire par 7 voix contre 2 et 2 abstentions. Le 18 juillet 1956, la conférence de Brioni présidée par Nasser, Tito et Nehru et qui devait jeter les bases d’un mouvement des non alignés a constitué une grande victoire diplomatique pour la Révolution algérienne. Le 13 octobre 1956, cinq pays arabes et cinq pays asiatiques demandent l’inscription de la question algérienne à l’ordre du jour de l’Assemblée générale des Nations unies. Le 15 novembre, le bureau de l’Assemblée générale donne suite. Ce fut une autre grande victoire diplomatique pour la Révolution algérienne. Et finalement, la victoire fut complète avec l’adoption, le 15 février 1957, par l’Assemblée générale d’une motion dans laquelle elle « exprime l’espoir que, dans un esprit de coopération, une solution pacifique, démocratique et juste sera trouvée par des moyens appropriés conformément à la Charte des Nations unies. » La grève des huit jours a été une action destinée à l’opinion publique internationale pour détruire la propagande colonialiste qui voulait faire passer la Révolution comme revendication d’une minorité de la population, dirigée par un mouvement politique (le FLN) non représentatif et entraînant la population par la contrainte. La décision de lancer une grève de huit jours a été éminemment politique et a prouvé la volonté d’indépendance des Algériens et la représentativité du FLN. La grève a eu de profondes répercussions dans l’opinion mondiale.
Amédée Froger

Le pouvoir colonial décide d’employer la force brutale

L’annonce d’une prochaine grève déclencha une véritable panique au sein du gouvernement français. Les autorités politiques décidèrent d’user de la répression  la plus brutale et accélérèrent le transfert des pouvoirs de police aux militaires qui manœuvraient dans ce sens depuis longtemps, convaincus que seule la répression la plus féroce pouvait mener à une victoire totale sur le FLN et à la fin de la guerre. Les militaires français acquis à la répression, allèrent jusqu’à fomenter l’assassinat d’Amédée Froger, maire de Boufarik, président de l’association des maires, partisan résolu de la répression brutale contre les populations algériennes, pour déclencher un déchainement de violences contre les populations algériennes et briser ainsi toute possibilité de rapprochement entre les deux communautés. Le gouverneur général de l’époque, Robert Lacoste, avait estimé qu’il n’y avait qu’une seule solution : casser la grève et vaincre militairement le FLN. Pour lui, ce devait être l’affaire des militaires. Le préfet Serge Baret céda ses pouvoirs de police au général Massu, commandant  la 10e division parachutiste. Celui-ci, pour contrer la grève installa ses régiments dans la ville, en particulier dans les écoles et les immeubles en construction, réquisitionnés pour l’occasion. On installa des équipes spécialement chargées de la torture généralisée pour obtenir des renseignements et interroger sans ménagement toute personne  suspectée de sympathie, même lointaine  envers le FLN. Dans la Casbah d’Alger, règne la terreur. Les parachutistes ont occupé les maisons situées en hauteur. Les portes des maisons sont enfoncées ; on fait sortir les hommes par la force pour les obliger à aller travailler. A peine réveillés, les habitants sont tirés dehors, les maisons saccagées. Les hommes sont embarqués dans les camions, ceux qui protestent sont aussitôt arrêtés pour interrogatoire, Des camions pénètrent par les rues assez larges où ils peuvent circuler. Les devantures des magasins sont arrachées « et on laisse faire le pillage des magasins restés vides ». Les services d’action psychologique de l’armée française ont installé des haut-parleurs et fait défiler des fanfares, entrecoupées de discours à la population. On installe des centres de tri dans différents quartiers pour interroger les éléments considérés comme suspects. On fait faire à ceux qui ont des positions dominantes, les instituteurs, les cadres par exemple, des tâches humiliantes, comme ramasser les ordures à la main.

L’armée française s’allie aux extrémistes de la minorité européenne

La grève des huit jours a eu une grande portée sur la scène internationale comme elle a été à l’origine d’un grand courant  de sympathie en  faveur de la lutte du peuple algérien pour son indépendance, face aux mesures de répression qui se sont abattues sur la population algérienne pour tenter de briser cette grève. Le colonialisme montra son vrai visage avec la répression sauvage des populations algériennes et le déchainement de la violence raciste de la part des activistes de la minorité européenne soutenus par les militaires de plus en rébellion ouverte contre le pouvoir politique français accusé de vouloir chercher la négociation avec la direction du FLN.  L’objectif politique du FLN avait été atteint : montrer que les Algériens étaient acquis à l’idée d’indépendance et qu’ils suivaient le FLN. La propagande colonialiste présentait le peuple algérien comme désireux de soutenir la présence française et opposé à un FLN qui imposait ses points de vue par la force. Le FLN a fait circuler un tract où il rappelle ses objectifs : « L’opinion internationale a les yeux fixés sur vous. Montrons au Monde que notre peuple veut l’indépendance ! »

Les artistes algériennes se mobilisent

Le général Massu, chef de la 10e division parachutiste désormais en possession de tous les pouvoirs de police à Alger, décida d’employer la manière forte pour briser la grève. L’organisation clandestine de l’ALN élargit la mobilisation de ses militants et sympathisants pour soutenir les populations en grève. Le 20 janvier 1957, Yacef Saadi, responsable des groupes ALN d’Alger, organisa la réunion d’une trentaine de personnalités féminines du monde des arts et de la chanson, parmi lesquelles Fadila Dziria, Farida Saboundji, Goussem Madani, Fatma Zohra Achour dite Aouicha, etc.  Elles étaient honorablement connues de la population et pouvaient s’introduire auprès des familles. Elles furent chargées de convaincre les populations et surtout d’organiser la solidarité avec les nécessiteux qui avaient des ressources faibles et irrégulières et qui ne pouvaient supporter plusieurs jours de grève. Honorablement connues par les populations algériennes qui les appréciaient, ces artistes pouvaient facilement s’introduire dans les familles sans attirer l’attention, notamment lors de fêtes. Elles  furent chargées de distribuer des bons d’achat portant le cachet du FLN que les commerçants sympathisants acceptaient d’honorer avec la promesse d’un règlement après la fin de la grève. Ces commerçants avaient été prévenus par les militants du FLN et s’étaient engagés à constituer des stocks de produits de première nécessité et de servir les populations munies de bons délivrés par le FLN. 

Suspendre l’action armée pendant la durée de la grève

Le FLN donna des instructions précises aux populations algériennes. Il fallait faire des provisions, secourir les nécessiteux, héberger les sans-abris et éviter de sortir. Toute action militaire avait été suspendue, certains combattants devant même restituer leurs armes à leurs responsables respectifs. La grève connut un large succès. La solidarité au sein des populations algériennes fut renforcée. Le colonialisme montra son vrai visage, les activistes de la minorité européenne déchainèrent leur haine raciste et appuyèrent les militaires dans leur rébellion contre le pouvoir légal. Les militants du FLN plongèrent dans la clandestinité totale. Un tract du FLN avait précisé : « Pour la durée de cette période, toute espèce d’action armée ou d’attentats est suspendue. Les militants ont l’obligation de remettre leurs armes aux responsables… » Le FLN avait demandé à ses militants de ne pas circuler dans les quartiers européens et d’éviter les réunions dans des lieux clos.

Les conséquences politiques de la grève : un grand succès diplomatique

La grève montra au monde l’attachement des Algériens à l’idée d’indépendance et leur adhésion au FLN qui montra son influence sur la population algérienne. Le FLN put contrer la propagande colonialiste qui affirmait que le FLN était composé de fanatiques qui s’imposaient à la population algérienne par la terreur. Le déchainement de la haine raciste qui accompagna la répression des populations algériennes durant la grève des huit jours eut de profondes répercussions et sur l’opinion mondiale et sur l’opinion française. On condamna le recours généralisé à la torture et les graves atteintes au droit des Algériens. Le système colonial dévoila sa vraie nature. Au sein de l’opinion française, des voix s’élevèrent : des syndicalistes, des écrivains, des hommes de culture protestèrent contre les crimes : exécutions sommaires, tortures, enlèvements et disparitions, etc. La guerre d’Algérie acquit sa dimension populaire et s’imposa sur la scène internationale comme symbole de la lutte pour la liberté. Elle permit de souder davantage les populations algériennes en organisant la solidarité au profit des plus démunis. Les populations algériennes renforcèrent leur cohésion et leur attachement à l’indépendance autour du FLN.  Au sein des populations algériennes résidant en France, la lutte politique s’intensifia et le FLN réussit à isoler les partisans du maintien de la présence française, notamment regroupés au sein du mouvement messaliste durement opposé au FLN.  

Boualem Touarigt

DOSSIER

Le monde progressiste aux côtés des Algériens

Soutien des pays asiatiques et européens à la Révolution algérienne

GUERRE DE LIBERATION

L’engagement et le sacrifice intégral pour la patrie

Mourad BOUKECHOURA - Membre de L’Organisation Spéciale O.S

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LA PLUME ET LE FUSIL AU MAQUIS

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