La révolte sourde des chefs de maquis
Face au manque d’armes...

Par Fateh Adli
Publié le 27 fév 2018
Si, au début de l’insurrection, les armes et les munitions coulaient à flots dans les maquis, notamment ceux des régions frontalières de l’Est et des Aurès, ce qui a permis un démarrage retentissant, les choses commencèrent à se compliquer à partir de 1957. Cette situation a non seulement perturbé et affaibli les maquis, mais a aussi soulevé l’ire des commandants de wilayas qui ne s’expliquaient pas une telle pénurie.
  1- Hocine Aït-Ahmed  2-Ahmed Ben Bella. 3- Fathi Dhib. 4- Larbi Ben M’Hidi  5- Mohamed Boudiaf.  Après une rencontre consacrée aux problèmes d’acheminement d’armes vers les maquis
Colonel Amirouche
Au Caire en 1957. De g. à dr.  Krim Belkacem, Fathi Dhib, Abane Ramdane, M’Hammed Yazid, Lamine Debaghine, Saâd Dahlab, Benyoucef Benkhedda et Ferhat Abbas
Le colonel Lamouri

Plusieurs raisons expliquent a priori cette rupture d’approvisionnement. Il y a d’abord des raisons objectives qui sont souvent déterminantes, parce que ne relevant pas de la volonté des moudjahidine, ni de leur chefs. Cela va des multiples difficultés que rencontraient les réseaux d’armement des deux côtés des frontières, au laxisme patent de la Délégation de l’extérieur, aux luttes intestines qui minaient toutes les zones frontalière avec la Tunisie et qui se sont répercutées sur la bonne marche des opérations.
Se sentant abandonnés dans une conjoncture qui appelait une intensification des efforts en direction des maquis de l’intérieur, exsangues et sans ressources, quatre principaux chefs de maquis ont décidé de se réunir pour discuter des moyens à mettre en œuvre pour sortir de cette impasse. Il s’agit des colonels de la Wilaya I, Si Lakhdar, de la Wilaya III, Si Amirouche, de la Wilaya IV, Si M’hammed Bouguerra, et de la Wilaya VI, Si El-Houès. Il manquait à l’appel le chef de la Wilaya V, le colonel Lotfi, qui avait donné son accord préalable à la réunion, mais n’a pu rejoindre cette lointaine contrée.
Ce fut la célèbre réunion des colonels de décembre 1958 à Oued Asker, lieu où était installé le PC de la Wilaya II dans le Nord-Constantinois. L’insurrection armée achevait une année charnière face à un déploiement jamais égalé de l’armée coloniale dans le cadre du plan Challe qui visait à démanteler les maquis de l’ALN, alors que les dirigeants du CCE, au Caire, proclamait, dans l’euphorie, la naissance du premier gouvernement algérien provisoire. S’il est vrai qu’une nouvelle ère s’ouvrait pour la cause algérienne, à travers ce formidable outil diplomatique qu’est le GPRA, pour les officiers de l’intérieur, la situation ne faisait qu’empirer, et l’incommunicabilité avec les dirigeants de l’extérieur ne cessait de s’aggraver jusqu’à atteindre, par moment, la rupture.
Après examen de la situation générale de la Révolution, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, les deux colonel Amirouche et Si El-Houès furent chargés par leurs pairs de prendre contact avec la direction de la Révolution à l'extérieur, pour poser tous les problèmes qui ont été soulevés par les chefs de maquis, notamment celui relatif à l’acheminement des armes et des munitions, qui manquaient cruellement à cette période marquée par les grandes offensives de l’armée coloniale. On connait la suite : les deux hommes sont tombés au champ d’honneur, avant d’arriver en Tunisie. Donc, le problème est resté sans réponse, même si, en réalité, la direction de l’extérieur en était bien consciente.
D’après plusieurs témoignages, le colonel Amirouche était, avant son départ, prêt à « en découdre » avec les chefs politiques installés à Tunis. Devant ses hommes, il reprochait à ses chefs leur attitude «laxiste» et d’avoir enfreint au sacro-saint principe du congrès de la Soummam : « primauté de l’intérieur sur l’extérieur ».   
Cette situation de pénurie d’armes et de ressources était aussi à l’origine des mouvements de sédition qu’ont connus les maquis de l’ALN à la Base de l’Est et la Wilaya I, notamment durant les années 1958-1959, et qui aboutirent à une grave impasse, dont découleront des liquidations physiques en série, à commencer par l’exécution du colonel Lamouri et de ses adjoints. Certes, on a reproché aux chefs de la Wilaya I et de la Base de vouloir renverser l’autorité légitime qu’incarnait alors le GPRA, mais ce soulèvement d’officiers irréprochables contre l’autorité centrale, traduit le vrai état des lieux dans les maquis, quatre ans après le déclenchement de l’insurrection,  et l’insoutenable précarité des moudjahidines de l’intérieur, confrontés au rouleau compresseur des grandes opérations lancées par l’armée française contre les positions de l’ALN.  
La violence avec laquelle le GPRA et l’état-major de l’armée ont réagi à cette tentative de
« putsch » menée par le colonel Mohamed Lamouri et ses compagnons, montre à quel point les dirigeants de la Révolution à l’extérieur redoutaient une montée de la contestation de l’intérieur du pays, où les combattants commençaient à se plaindre sérieusement du manque d’armes et de munition.
C’est aussi ce sentiment de désespoir, née de la rupture de communication et d’approvisionnement qui poussera, une année plus tard, un autre héros de la Révolution, le colonel Salah Zamoum, chef de la Wilaya IV, à entamer des négociations avec le gouvernement français, sans même prévenir le commandement en Tunisie.
Au début de l'année 1960, avec les opérations intensives et dévastatrices du plan Challe qui ratissaient continuellement le territoire de la Wilaya IV qui s’étend sur un vaste territoire comprenant l’Algérois, la Mitidja et tout l’Ouersenis, le colonel Salah Zamoum, persuadé que la guerre risquait d’être perdue si aucun secours ne parvenait de l’extérieur, ne dissimule pas devant ses troupes sa rancœur vis-à-vis du GPRA et de l'armée des frontières qui étaient encore soudés face aux colonels contestataires de l’intérieur. Les chefs de la Wilaya IV ont même été reçus en grande pompe, le 10 juin 1960, à l’Elysée par le général de Gaulle, suite à quoi ce dernier lancera son fameux projet de «paix des braves». Le GPRA et tout le commandement du FLN/ALN ont non seulement rejeté l’offre du pouvoir français, mais ont aussi voué aux gémonies les initiateurs de cette démarche, alors que tous savaient déjà que c’est en désespoir de cause que Si Salah et ses compagnons s’étaient engagés sur cette voie périlleuse et sans issue.

Adel Fathi

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