Une célébration qui défie le temps
« Thifsouine » ou la fête du printemps

Par Hassina AMROUNI
Publié le 29 déc 2019
Même si cette fête traditionnelle est, aujourd’hui, dans d’autres régions du pays, à Menaa elle fait partie des événements annuels dont la célébration est incontournable.

Précédée de longs préparatifs auxquels sont associés tous les membres de la communauté, Thifsouine ou la fête du printemps est, en effet, l’occasion pour les Menaouis de faire parler de leur dechra et de faire découvrir aux visiteurs les diverses richesses, la beauté inégalée de leur région mais surtout un pan de leur vaste patrimoine matériel et immatériel.
Il faut dire que la manifestation attire chaque année de grandes foules, venant de tous les Aurès et même d’autres régions du pays. Ces invités de marque sont pris en charge par les habitants de la dechra qui, en signe d’hospitalité, préparent à leurs convives quelques mets traditionnels savoureux comme le couscous, la galette ou encore des gâteaux comme Gorsat Erabii qui ressemble au R’fiss, des bradj, ziraoui etc.
A l’occasion de la célébration de Thifsouine (pluriel de Thafsouth qui veut dire printemps), un grand festival d’exhibitions hippiques, de tir de baroud et de jeux populaires traditionnels est organisé généralement durant chaque première quinzaine du mois de mars.
L’arrivée des premiers cavaliers se fait sous les youyous stridents et festifs des femmes installées sur leurs balcons. Chaque maison – aussi modeste soit-elle – accroche ses plus beaux tapis au balcon ou l’étale sur la terrasse, comme pour annoncer les couleurs chamarrées de thifsouine. Les troupes folkloriques traditionnelles se regroupent, elles, sur la place des fêtes du village où elles se produisent face à une assistance nombreuse. Aux sons des instruments de musique se mêlent le grondement des barouds et la fumée de la poudre, tout cela dans la joie et la liesse, au grand bonheur de la population locale, heureuse de voir se perpétuer cette fête séculaire.
La célébration de thifsouine se poursuit avec des jeux traditionnels qui attirent des dizaines de joueurs, réunis autour de parties de hakourth. Ce sport pratiqué dans la région des Aurès qui ressemble au hockey sur gazon, se joue avec un ballon fait d’herbes et de d’halfa, enduit de cire d’abeille et un long bâton à extrémité recourbée. Sur le terrain de jeux, les deux équipes qui s’affrontent sont formées de joueurs des deux sexes et même d’enfants.
Selon la tradition et la croyance chaouies, la récolte de la saison dépend en grande partie de la pureté et de la sincérité des agriculteurs, qui s’en trouvent ainsi récompensés par Dieu.
D’ailleurs, ce n’est pas la seule fête traditionnelle célébrée dans la région, il y a aussi Mayu Bouyghioun, une fête spirituelle chaouie pratiquée entre Menaa et Arris. On y cuisine du couscous avec une sauce de fève et d’oignon non épluchés. Et on écrit les 27e et 28e aya de la sourate « At-tur » sur du papier qu’on accroche sur la porte des maisons pour empêcher d’entrer le mal.

Hassina Amrouni

Sources :
https://www.liberte-algerie.com/culture/menaa-prepare-larrivee-de-thafso...
www.liberte.dz (1er mars 2014)
http://next.owlapps.net/owlapps_apps/articles?id=9325068

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