Terre des Beni Ouragh
Ammi Moussa

Par Hassina AMROUNI
Publié le 23 déc 2018
Situé à environ 70 km de Relizane, le chef-lieu de wilaya, Ammi Moussa, s’étend sur la partie ouest de l’Ouarsenis. Sa population, issue de la tribu de Beni Ouragh, est composée de 23 ârchs, toujours très imprégnés des mœurs et du mode de gestion sociale des kabyles du Djurdjura.
Photo ancienne de Ammi Moussa
Acte de la création de la commune mixte d’Ammi-Moussa, autour de 23 douars de Beni-Ouragh (Algérie),  signé par Napoléon III, le 14 septembre 1859 à Biarritz, France

Habitée depuis l’ère préhistorique, la région garde encore des vestiges de cette période découverts lors de fouilles archéologiques, dont des restes mégalithiques à Menkoura, des gravures rupestres aux environs de Bourakba et l’Ouarsenis et d’autres traces préhistoriques du côté de Sidi Bou Halloufa.
Durant la période des grandes invasions romaines, la région est investie par les Romains qui en ont fait le lieu de passage de leurs convois de blé qu’ils faisaient venir de la plaine du Sersou pour les acheminer vers leurs comptoirs installés sur la côte. Afin d’en sécuriser le passage, ils édifient plusieurs forteresses dont Ksar El Kaoua, afin de dominer les plaines et de prévenir un éventuel danger.
L’histoire de la région reste assez floue après le passage des Romains. On sait seulement que durant la période antique, la région est habitée par la tribu berbère des Mazices jusqu’à l’époque byzantine.
Au début du XIVe siècle, la région connaît quelques soubresauts, les tribus berbères locales n’hésitant pas à se soulever contre les Zianides mais elles sont matées notamment durant le règne du sultan Hammou El-Ziani. La dynastie berbère zénète finit par s’installer durablement en fondant dès 1314 la première agglomération qui aura pour nom Ksar Hamou Moussa qui deviendra la ville de Hamou Moussa puis, Ammi Moussa. Le sultan parvient, dès lors, à asseoir son hégémonie et le royaume zianide son pouvoir mais cette puissance et ce calme seront de courte durée puisque en 1515, les Zianides sont contraints de céder le pouvoir aux Espagnols déjà établis à Oran avant de devenir un protectorat ottoman, dépendant du beylik dès 1555.

Ammi Moussa sous domination française

 

Une décennie après leur débarquement à Sidi Ferruch, les Français dans leur progression sur les terres algériennes, investissent Ammi Moussa en 1840, le but de l’occupation de la région c’est la domination de la vallée de Oued Rhiou et la protection de la pleine du Chelif, point stratégique pour les Français. Cela conduit les Beni Ouragh à combattre vaillamment cet occupant, commençant par prêter allégeance à l’Emir Abdelkader. La révolte de 1864 sera particulièrement sanglante.
Les Français finissent donc par s’installer durablement à Ammi Moussa qui attire, par ailleurs, des familles venant de l’Hexagone. Ces dernières forment un noyau, tout autour du fort La Redoute, bâti en 1865 et inauguré par Napoléon III. Intégré dans le département d’Oran, arrondissement de Mostaganem, le village compte à cette époque 435 habitants. En 1959, Ammi Moussa qui accède au statut de commune mixte, englobant les 23 âarouche de Beni Ouragh compte près de 2000 habitants.
Tout au long de l’Histoire, les habitants d’Ammi Moussa se sont opposés aux envahisseurs qui ont œuvré à les déposséder de leurs terres, de leurs biens, de leur dignité et de leur liberté.
Au lendemain du déclenchement de la guerre de libération nationale, ils n’hésitent pas à prendre les armes et ce, en dépit de la forte concentration d’unités de l’armée coloniale sur le territoire de la région, notamment la caserne La Redoute considérée comme l’une des plus importantes de tout le corps d’armée français en Algérie puisqu’abritant la grande artillerie la 3/24e, la 2e compagnie du 93e régiment d’infanterie. Cette unité a pour mission de contrôler la vallée du Chelif et Relizane mais aussi de combattre les moudjahidine dans les monts de l’Ouarsenis. Aussi, un détachement de l’ALAT était stationné de façon quasi permanente dans la région, ainsi qu’un peloton mixte d’avions-hélicoptères de la 5e DB.
Les maquis de la Wilaya IV, proches des monts de l’Ouarsenis sont souvent le théâtre de combats entre les troupes de l’armée coloniale et les katibas de l’ALN.
Le 6 février 1956 est d’ailleurs une date marquante puisque, ce jour-là, les moudjahidine parviennent à perpétrer une série d’attentats contre les forces d’occupation françaises malgré toutes les mesures prises par ces dernières pour parer à toute éventuelle attaque.
En effet, en plein jour, un commando composé de jeunes d’Ammi Moussa ciblent, au même moment, des commerces appartenant à des colons ainsi que des bâtiments administratifs comme le centre des PTT ou le bureau des recettes, pourtant situé à proximité de la caserne. Bien sûr, les Français riposteront à ces attaques avec lâcheté en s’attaquant, dix jours plus tard, à la population sans défense, faisant près d’une centaine de morts, des dizaines de blessés et autant d’arrestations.
La région ne connaîtra pas de répit pour autant et durant le plan Challe, des combats meurtriers ont également lieu dans la région. Les troupes françaises, ainsi attaquées sans relâche, entreprennent des opérations de ratissage dans les maquis de Djebel Bourakba, Menkoua et Cherrata, utilisant pour cela les gros moyens comme l’artillerie, les blindés, l’aviation, voire le napalm, une arme chimique redoutable qui fait des milliers de victimes durant la guerre de novembre 1954.

Hassina Amrouni

Sources :
Plusieurs articles de la presse quotidienne

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