L’héroïsme au quotidien
La vallée de la Soummam

Par La Rédaction
Publié le 23 déc 2018
Témoignage inédit du Moudjahid Tagzout Hachemi de la Wilaya III sur certaines batailles héroïques de nos valeureux Moudjahidine. Tout le monde sait que les maquis de la Wilaya III historique se sont constitués dès 1947 sous le commandement de deux héros de la Révolution, en l’occurrence : le Lion des djebels Krim Belkacem et le futur Colonel Ouamrane auxquels se sont joints des hommes qui ont été le fer de lance de la lutte armée dans la région de Kabylie à partir du 1er novembre 1954. Au congrès de la Soummam, le 20 août 1956, Krim Belkacem avait présenté un rapport verbal indiquant en résumé que la zone 3 qui comprenait la haute, la basse et la petite Kabylie, était divisée en trois petites zones, elles-mêmes divisées en dix régions subdivisées en trente secteurs. Au départ, en 1954, elle disposait déjà de 450 moudjahidine et avait en caisse un million de francs. A la date du 20 août 1956, elle avait atteint le nombre de 87.044 militants du FLN, 7.470 moussebiline, 3.100 maquisards et avait en casse 445 millions de francs. En matière d’armement, La Wilaya III avait alors : 404 fusils de guerre, 106 mitraillettes tous calibres, 8 fusils mitrailleurs, 4 FM/Bart, 4 FM 24/29, 4.425 fusils de chasse. Le rapport soulignait dans sa conclusion que l’état d’esprit du peuple et des combattants était au beau fixe et que tous les militants réclamaient des armes. Etant devenue en quelques années l’une des zones les plus pugnaces de l’ALN, cette Wilaya a même été amenée à porter secours à d’autres Wilaya en leur fournissant une aide financière et des unités entières de combattants. Par conséquent, l’armée française avait décidé de concentrer toute sa force de frappe et ses moyens psychologiques et machiavéliques pour vaincre l’ALN et venir à bout de la lutte armée en Kabylie. Mais la vigilance, le courage et la témérité des moudjahidine ainsi que le génie de leurs chefs ont réussi à mettre en échec toutes les tentatives ennemies destinées à détruire ce bastion imprenable de la Révolution. Les opérations dénommées tour à tour : « Force K », « Bleuïte », « Jumelle », « Pierres précieuses », se sont toutes soldées par une défaite cuisante. La population de Kabylie, à l’instar de tout le peuple algérien, n’avait ménagé aucun effort pour soutenir coûte que coûte l’ALN. Elle a résisté farouchement tant aux énormes moyens militaires déployés qu’aux méthodes de répression odieuses et inhumaines mises en œuvre par l’armée française en vue de gagner le peuple algérien à sa cause perdue d’avance. Le déplacement des populations regroupées dans les centres de concentration entourés de barbelés, l’incendie des récoltes agricoles, le bombardement et la destruction de villages entiers, le pillage systématique, la création de zones interdites, la torture sous toutes ses formes, l’emprisonnement, les liquidations extra-judiciaires, tout cela n’a servi à rien devant la détermination irréversible des hommes et des femmes de la Kabylie décidés cette fois-ci à se débarrasser une fois pour toutes du joug colonial. Dans le témoignage inédit qui va suivre, le Moudjahid Tagzout Hachemi, dit « Aouaghlis » (encore vivant), nous relate avec beaucoup de précisions, le déroulement de certaines batailles menées par la compagnie de la région 4, zone 2 de la Wilaya III, de 1956 à la fin de la Révolution. Monsieur Tagzout est né le 21 février 1939 à Aourir Naïth Ouaghlis, Daïra de Chemini, Wilaya de Bejaïa. Il a rejoint l’ALN le 9 juin 1956, alors qu’il n’avait que 17 ans et quelques mois, en même temps que 22 autres jeunes de son village, le jour-même où celui-ci avait été mis à feu et sang par l’armée française. Il est resté au maquis jusqu’à l’indépendance du pays. Après 1962, il a exercé dans les chemins de fer à Alger pendant 27 ans avant de bénéficier de la retraite en 1990. Nous lui souhaitons davantage de santé et de bonheur au milieu de ses enfants et de ses petits-enfants avec lesquels il vit dignement à Birkhadem. Avant d’énumérer les principales batailles qu’il a vécues, il a tenu à préciser ceci : « les batailles que je restitue ci-après sont celles auxquelles j’ai personnellement participé. Elles se sont déroulées de 1956 à 1962. J’espère que ce document servira à enrichir les autres témoignages de mes frères de combat. Les lieux et les opérations cités sont décrits avec certitude, tandis que certaines dates et noms de responsables peuvent comporter des erreurs. Je m’en excuse à l’avance auprès des personnes concernées ». Présentation du Moudjahid Aïssa Kasmi
Hôtel Lambert à Adekar, Béjaia
Kasmi Mohand dit Mohand El-Hadj Amar
A g. : Bouhi Mohamed, Tagzout Hachemi
Compagnie de région de l’Akfadou. De g. à dr. : Deb. : Dahmani Mohand Said, Arezki de Ighil Oumsed,(moudjahid originaire de  Bechir). Assis : Tagzout Hachemi, Touati Amar.
Compagnie de région de l’Akfadou. De gt. à dr.  Debout :Atmani Mohand Erabia, Slimane de Ifnayen (village Kitoune), Dahmani Mohand Said. Assis : Tagzout Hachemi, Bouhi Mohamed.
Membres de la compagnie de région de l’Akfadou. De g. à dr.  : Deb. : X, Mouloud dit Azri, Beloud Abdelkader, Nasri Alaoua, Hannat Brahim.  Accroupi : Kaci d’Ifneyen (village Kitoune)   Assis en group e: Ikhef Oulma Lahcene, Tagzout Hachemi, Touati Amar du Village Iharbiyen, Challal Kaci. Assis seul: Agssous Belkacem.
Village d’Aourir d’Ath Waghlis détruit le 9 juin 1956 par l’armée française
Mohand Amokrane dit Hamiche, Tagzout Hachemi
De g. à dr. : Chikabi Larbi, Zane Boualem, Djoudi Attoumi et Hamadi M’hand
Hachemi Tagzout en 1970
Hachemi Tagzout phot récente

 

Fin de l’année 1956

 

Embuscade contre un convoi militaire à la sortie du village d’Adekar en allant vers l’Akfadou. Responsable : Si Amar Boukeroui dit « Petit Amar », du village Naïth-Smaïl et Si Smaïl, de Beni-Yala.
Harcèlement du poste militaire de Tizi-N’Tifra.
Responsable : Si Amar Naïth-Smaïl, dit Boutmezoukht.
Chef de secteur : Boudiab Amar d’Oukhabiw.

Harcèlement du poste militaire installé chez Madame Lambert à Adekar. Responsable : Si Amar Naith-Smaïl dit Boutmezoukht.

Année 1957

Embuscade contre une patrouille militaire à Ikhedjane (Aïth-Mansour).
Chef de section : Si Chérif de Boumansour (Toudja) et deux autres sections.
Chef de secteur : Boudiab Amar d’Oukhabiw.
Le lieutenant Si Salah Gherbi est tombé au champ d’honneur.
Nous ignorons les pertes de l’ennemi.
Embuscade contre une patrouille militaire à Akfadou au lieudit n°11.
Chef de section : Si Chérif de Boumansour (Toudja).
Participation du groupe de choc de Si Chaïb Mohand Ourabah et Abdelkader Boulahya qui a pu récupérer une mitraillette Mat/49.
Participation également d’une compagnie de moudjahidine revenus de Tunisie et transportant des armes et des munitions. L’embuscade a été suivie d’une série de bombardements à l’aide de l’artillerie et de l’aviation.
Embuscade contre une patrouille militaire au lieudit Tala-Ali, entre les villages de Imaaliouen et Ledjnane, pas loin de Chemini.
Chef de section : Si Chérif de Boumansour (Toudja) et Si Chaïb Mohand Ourabah pour le groupe de choc.
L’ennemi a subi beaucoup de pertes dont nous ignorons le nombre exact.
Embuscade contre une patrouille militaire à Loudha-Izem, actuellement antenne de l’Akfadou.
Chef de section : Cherifi Chérif de Boumansour (Toudja).
tYoucef Nait Ouaragh de Semaoune a pu récupérer un fusil Garand américain.
Le sergent-chef Si Belkacem d’Azrou N’béchar, est tombé au champ d’honneur au moment où il tentait de récupérer des armes que portaient les soldats français tués dans l’accrochage.
Attaque d’un poste militaire à Ifnayen, village de Timri (près d’El-Kseur), avec le soutien actif des militants du village.
Chef de section : Si Chérif de Boumansour (Toudja) et Si Mouloud de Tizemourine (Akfadou).
L’aspirant Si El-Hocine Abouchta et Si Mohand Laid d’Ikhedjane sont tombés au champ d’honneur. Azirou Mohand Ou-Idir et Amirouche Naith-Smaïl (Toudja) ont récupéré chacun un fusil Mas/36. Madjid Ouazoug d’Ilmathene a récupéré un mortier 60mm. Le groupe a également pu récupérer quelques obus, une boite cylindrique pleine de cartouches 9mm ainsi que plusieurs tenues militaires. Une maison transformée en casernement par l’armée française a été brulée. Deux soldats français ont été tués. Malgré nos appels incessants, ces soldats ont refusé de sortir et de se rendre.
Embuscade contre un convoi militaire entre Oued-Ghir et Toudja.
Chef de section : Si Cherif Chérif de Boumansour et Mohand Akli Smaili, de Toudja.
Embuscade contre une patrouille militaire au-dessus du village d’Aïth-Alouane à Akfadou.
Responsable : Si Cherifi Chérif de Boumansour (Toudja).
Le groupe choc de Chaïb
Mohand Arab a participé à l’embuscade qui a été suivie d’un violent bombardement de l’aviation toute l’après-midi.

Le 2 septembre 1957

Durant la même journée, participation de toute la compagnie de la région 4 et deux sections repliées de la zone 1 aux accrochages suivants :
Dans la matinée :
Attaque d’un convoi militaire à Tala-Ali (Chemini).
Dans l’après-midi :
Accrochage au-dessus du village de Sidi-Yahia et le long de la route entre Ledjnane et Sidi-Yahia (Chemini).
La compagnie de la région a été renforcée par un mortier-50mm et cinq fusils mitrailleurs (Bren) envoyés par Si Mokrane de Semaoune où il se trouvait précisément à Bouchibane avec son unité qui revenait de Tunisie d’où elle a ramené beaucoup d’armes individuelles, quelques pièces de mortiers, une trentaine de fusils mitrailleurs (Bren) ainsi que beaucoup de munitions et de médicaments.
Un Sergent du village de Semaoune est tombé au champ d’honneur après avoir été touché par un tir provenant d’un engin auto-blindé. A la fin de la journée, à l’arrivée de l’aviation, trois moudjahidine sont également tombés au champ d’honneur. Après la bataille, nous nous sommes repliés vers Bouchibane (entre Semaoune et Ouzellaguene).

Le lendemain : 3 septembre 1957

Avant 7h du matin, des soldats ennemis nous ont été signalés par nos agents de liaison sur tous les abords du Douar appuyés par l’aviation qui n’a pas tardé à apparaitre. La maison qui nous servait de refuge et que nous avions quittée précipitamment, a reçu plusieurs roquettes tirées à partir des avions. Elle a été complètement rasée au petit matin.
Notre section commandée par Si Chérif de Boumansour et qui a vite fait d’occuper une crête, a subi un déluge de feu combiné entre l’aviation et l’artillerie ainsi que des assauts incessants des soldats ennemis que notre vigoureuse riposte a contraint à battre en retraite, à fuir, tandis que l’artillerie et l’aviation ont poursuivi leur bombardement jusqu’à la tombée de la nuit.
Nos pertes ont été très importantes en hommes et en matériels. Nous avions perdu de nombreux moudjahidine et moussebiline, en plus de beaucoup de blessés gravement atteints. Le jeune moudjahid Mohand Ouchabane fut gravement blessé à la main, Souami Hocine a reçu un éclat d’obus au ventre et Lounis d’Ath-Daoud a été blessé par balle au mollet.
Les troupes ennemies ont également subi de très grosses pertes. D’après les informations parvenues à notre compagnie, un avion et un hélicoptère auraient été abattus par l’unité de Si Mokrane de Semaoune.
Suite à cette bataille héroïque, les villages de Semaoune, Bouchibane et Ouzellaguene ont été soumis à une répression sauvage que seuls les nazis sont capables d’exécuter à l’encontre des populations civiles sans armes. Il s’en est suivi des actes de vengeance inhumains : pillage de ravitaillement, massacres d’animaux, humiliations de toutes sortes, évacuation manu militari de villages entiers, arrestation des hommes ayant échappé à la mort par armes à feu ou au napalm utilisés à grande échelle. Les habitants de toute la région, particulièrement les enfants, n’oublieront jamais les souffrances de ces deux jours de combat pour la liberté et la dignité.

Année 1958

Mission d’approvisionnement de la compagnie ayant consisté à s’introduire et à sécuriser tout un quartier de la ville de Sidi-Aïch.
Responsables : Ferrani Sadek et Si Madani.
A cause de la crise aigüe de ravitaillement et compte tenu des conditions draconiennes imposées par l’armée française qui a affamé la population d’Aïth-Ouaghlis, notre compagnie a encerclé et occupé un quartier entier de la ville de Sidi-Aïch, afin de récupérer une grande quantité de semoule entreposée dans un magasin au centre-ville ainsi qu’un important lot de médicaments.
Embuscade contre un convoi militaire entre Ifrene et Amtik N’tafath sur la route reliant Béjaia à Toudja.
Responsables : Adjudant Belkacem Arab et Boukeroui Amar dit « Petit Amar » de Toudja.
Accrochage avec une patrouille militaire au village de Tadrarth relevant de la commune de Toudja.
Responsable : Mezaï Hamid de Dar Nacer (Bejaïa).
Ce dernier venait tout juste d’être désigné comme chef de compagnie. Auparavant, il était Aspirant sanitaire.
Lors de cet accrochage, Si Said N’Tardam, le Sergent Achouri Ahcène de Toudja, Si Amirouche d’Aïth Smaïl ainsi qu’un autre moudjahed d’Ifnayen, sont tombés au champ d’honneur. Les pertes ennemies sont inconnues.
Nous sommes tombés dans une embuscade entre la forêt de l’Akfadou et le village d’Ighil-Kroun. Le jeune Remila dit « Rouget » est tombé au champ d’honneur et Si El-Hocine Hamdi Naïth Smaïl (Toudja) a été gravement blessé.
Embuscade en contrebas du village Ibarissen contre une unité militaire revenue d’un ratissage dans la forêt d’Ibouhathmene (Toudja).
Chef de compagnie : Si Ali N’Hora.
C’est vers la fin de la journée, les moudjahidine ont récupéré 4 armes de guerre ainsi que de nombreux objets votés aux habitants par les soldats français, y compris des poulets vivants. Le moudjahed Brarti Arab de Tala-N’tayouth a été blessé en tentant de récupérer des armes.
Le lendemain matin, nous nous sommes rendus au village de Bouhathem dont les habitants ont été malmenés la veille, brutalisés, humiliés et même délestés de leurs maigres biens par la soldatesque ennemie, y compris la montre de l’imam du village qui lui été enlevée par un harki. La population nous a réservé un accueil particulièrement chaleureux et plein de gratitude en reconnaissance de la récupération de leurs biens par les valeureux moudjahidine de l’ALN qui leur ont également montré des tenues de militaires français pleines de sang.
Les soldats français morts ce jour-là devaient rejoindre le poste militaire de Taourirth N’Said Arab, sur le piémont de la montagne d’Ibarissen.
Le lendemain, la compagnie de choc a été bloquée dans cette montagne d’Ibarissen que nous avons réussi à quitter au petit matin après avoir subi un déluge de feu provenant de l’artillerie et de l’aviation. Nous avons perdu quelques djounouds dont j’ignore le nombre et l’identité. L’ennemi a également perdu de nombreux soldats.
Accrochage avec une patrouille militaire au village de Takhamra.
Responsable : Si Madani ou Si Ali N’Hora.
Cette zone a été déclarée zone interdite depuis longtemps. Un fusil Mas/36 a été récupéré par Azirou Mohand Ou-Idir.
Embuscade contre une patrouille militaire entre le village de Takhamra et Ikhedjane.
Chef de compagnie : Si Madani ou Si Ali N’Hora. Azirou Mohand Ou-Idir a également récupéré une mitraillette de marque
« Thomson » américaine.
Attaque d’un grand convoi militaire sur la route nationale au niveau de Takriets avec la participation d’une compagnie de choc.
Responsable : Si Madani.
L’armée ennemie a subi de lourdes pertes.
Deux embuscades contre les unités militaires en ratissage dans la forêt de l’Akfadou.
Responsable : Si Ali N’Hora ou Si Youcef.
L’Aspirant politique Si Abdelkader d’Azrou N’Béchar et le chef de région Si Mouloud étaient parmi nous.
Durant la matinée, nous avons attaqué une unité militaire venant d’Adekar et nous lui avons fait subir de grosses pertes.
Dans l’après-midi, C’est une unité ennemie venant du lieudit numéro 11, qui est tombée au milieu de notre embuscade. L’accrochage qui s’en est suivi a permis la récupération de quatre armes de guerre ainsi que la libération d’un détenu contraint à porter sur son dos un émetteur très lourd. Ce prisonnier est militant du village de Boumlal. Les soldats tombés dans cette embuscade étaient en poste à Souk-Oufella (Aïth-Ouaghlis). Le valeureux Moudjahed Hocine Agsous de Tinebdhar est tombé au champ d’honneur. Le soir-même, nous nous sommes replié vers Tifra où la population nous a chaleureusement accueillis. Le lendemain, nous avons passé une journée assez calme au cours de laquelle l’Aspirant Si Abdelkader et le chef de région Si Mouloud ont pu manipuler le poste émetteur récupéré et ont réussi à se connecter et à taquiner à loisir les unités françaises.
Embuscade entre une patrouille militaire au lieudit El-Madaria, dans la forêt de l’Akfadou.
Responsable : Si Ali N’Hora et
Si Youcef.
Quelques mois après les deux embuscades citées au chapitre précédent, nous avons attaqué une patrouille militaire venant d’Adekar pour effectuer un ratissage. Le Colonel Si Amirouche était présent avec nous. Si Azirou Mohand Ou-Idir, Si Boukeroui Amar dit « Petit Amar » et Si Mohand Akli Naïth-Smaïl (Toudja) ont demandé au Colonel Si Amirouche de se retirer du champ de bataille. Ayant d’abord refusé de nous quitter, il a fini par partir devant leur insistance après nous avoir donné rendez-vous au lieudit « le tournant ». A l’issue de l’attaque, nous nous sommes retirés comme prévu vers l’endroit convenu (forêt de l’Akfadou) où nous attendait effectivement Si Amirouche. Au soir, ce dernier nous a accompagné vers L’Had-Ighil-N’Zekri. Au cours du trajet, nous avons transporté le commissaire politique de Tifra qui avait été blessé par l’artillerie française.

Le 27 octobre 1958

Au moment où nous nous trouvions à L’Had-Ighil-N’Zekri, une partie de notre compagnie de région ainsi qu’une partie du bataillon de choc se sont repliées vers Tifra. Le lendemain, ils ont été complètement encerclés au cours d’un ratissage monstre de tout le secteur. Ils se sont battus vaillamment jusqu’à la tombée de la nuit en laissant sur le champ de bataille de nombreux Chouhada et ils ont enregistré beaucoup de blessés. Mais, grâce à Dieu, ils ont pu sortir victorieux de l’encerclement, sachant que les moudjahidine ne se rendent jamais à l’ennemi quelles que soient les circonstances. D’après la population, les pertes de l’armée française sont également importantes.
Embuscade contre une patrouille militaire à proximité de la maison forestière de Toudja, au lieudit Ioulène.
Chef de compagnie : Si Ali N’Hora.

Année 1959

Attaque d’une patrouille militaire entre les villages d’Izoughlamene et Ilmathene.
Responsable : Si Bachir N’Ighil Oumsad et Si Arezki.
Ali Oukoufi a récupéré une petite mitraillette à cartouche de 8mm.
Embuscade contre deux camions en contrebas du village d’Iàmriouen à Takriets.
Responsable : Sergent-Chef Zane Boualem et l’Adjudant Si Lahlou Amlikech.
Les français ont eu de nombreuses pertes.
Si Mouloud El-Hadj Tahar est tombé au champ d’honneur.
Attaque d’un poste militaire à Aourir Nath-Hciène du côté de l’Akfadou (Aïth-Mansour). Responsable : Si Bachir N’Ighil Oumsad.
Le 28 mars 1959, nous avons attaqué un poste militaire avec la participation de la compagnie de la région 3, zone 2, commandée par Si Smaïl Azoug d’Azrou N’Bechar et des militants du village d’Aourir Ait-Hciène. Brarti Arab et moi-même avons récupéré chacun une mitraillette Mat/49. Kaci, originaire de ce village, a récupéré un fusil Garand américain. Au total, nous avons pu récupérer 12 armes, des munitions et plusieurs tenues militaires. Nous avons également capturé deux soldats français ainsi qu’un appelé algérien.
Ce dont je me souviens, cette attaque a eu lieu grâce aux renseignements qui nous ont été fournis par Kabouri Arezki, Ouali Hanat, son cousin Brahim, Iddoughi Mohand Ou-Idir « Rouget » et Mokrane Aït-Messaoud. Dans le but d’échapper au bombardement, nous avions été contraints de faire un grand détour pour rejoindre le « tournant » dans la forêt de l’Akfadou.
Aux environs de 7h du matin, nos djounouds ont ramassé des tracts jetés par un avion de l’armée française revêtu d’une photo d’identité estampée d’une croix rouge du Colonel Si Amirouche, annonçant la mort de ce dernier en compagnie du colonel Si El-Houes, au djebel Thameur sur le territoire de la Wilaya VI, le 28 mars 1959.

Année 1960

Embuscade contre un camion militaire près du village d’Ibouhathmene (Toudja).
Responsables : Sergent-Chef Zane Boualem et Chibane Ammar dit G3.
Nous avons pu récupérer 12 armes de guerre, un poste émetteur, une mallette pleine de films de propagande et le camion a été complètement brulé.
Les tirs croisés de tous les éléments de notre groupe ainsi que la roquette lancée par Si Slimane d’Ifnayen à l’aide de son fusil Mas/36 qui a atteint le camion de plein fouet, ont réduit tous les soldats français qui s’y trouvaient au silence.
Le valeureux moudjahed Aatallah d’El-Kseur est tombé au champ d’honneur.
Après l’embuscade, nous nous sommes repliés vers Beni-Ksila que nous avons rejoint au bout d’une marche forcée qui a duré toute la nuit. Au lever du jour, juste après avoir traversé une petite chaine de montagnes, nous avions remarqué que l’armée française se positionnait derrière nous dans le but de nous prendre en tenaille et d’encercler tout le secteur sur une distance de 25 à 30 km. Nous étions déjà hors du théâtre des opérations à plus de 500 mètres environ. Une demi-heure de retard nous aurait couté cher.
Accrochage près du village de Tighdhirine (Toudja).
Responsable : Boukeroui Amar dit « Petit Amar ». Participants à l’accrochage :
Kadi L’Hachemi - Moualfi Mohamed Tahar - Adrar Hocine - Attalla Abdelkader-Ouali Tifra - Maidi Khelifa - Belaoud Abdelkader - Slimane Ikène -Bouhi Mohamed - Ait-Saadi Ali - Yousfi Mohand Akli.
Embuscade au niveau de la route reliant Adekar au poste militaire d’Akfadou.
Responsable : Si Smaïl Azzoug d’Azrou N’Bechar.
L’embuscade a visé deux camions militaires seulement, mais l’arrivée rapide de secours composés d’autres camions ainsi que des engins auto-blindés venant d’Adekar, a vite fait de transformer l’embuscade en un violent accrochage. L’ennemi a subi de grandes pertes ce jour-là.
De notre côté, Si Seghir Aït-Hada de Tilioua-Kadi est tombé au champ d’honneur. Zane Boualem, Yassa Idir et Maidi Khelifa ont été gravement blessés. Ce dernier a reçu une balle en plein bouche qui lui a cassé quelques dents avant de traverser son épaule. Mazri Tahar, blessé lui aussi, a été capturé par l’ennemi. Trois jours après cette bataille héroïque, nous avons été soumis à un grand ratissage, alors que le comité de région était parmi nous dans l’Akfadou. L’accrochage qui s’en est suivi a duré toute la journée occasionnant de lourdes pertes des deux côtés. Le lendemain, nous nous sommes repliés vers Beni-Ksila en compagnie de Si Allaoua, chef de la région.
Accrochage à Beni-Ksila.
Responsable : Si Allaoua.
Après l’embuscade citée au point précédent, en arrivant à Beni-Ksila au petit matin, il y a eu un autre accrochage au cours duquel Si Bouachrine est tombé au champ d’honneur.
Embuscade sur la route menant d’Oued-Ghir à Toudja, à hauteur du village d’Ibaouchene.
Responsable : Boukeroui Amar dit « Petit Amar ».
Les pertes de l’ennemi sont inconnues.

Année 1961

Accrochage en plein village d’Imeghdassen.
Responsable : Si Smaïl Azoug d’Azrou N’Bechar.
Accrochage en contrebas du village de Djerrah.
Responsable : Si Smaïl Azoug d’Azrou N’Bechar qui a été blessé au bras.
Attaque d’un char en patrouille au-dessous du village d’El-Flaye, près de Sidi-Aïch.
Responsable : Abderrahmane Beka et Si Larbi Mezouara.
- Encerclement par l’armée française au nord du village d’Iharbyene à Beni-Ksila.
Responsable : Si Smaïl Azoug d’Azrou N’Bechar.
Nous avons été encerclés par plusieurs unités de l’armée française en ratissage dans les environs au Nord-Est du village Iharbiène, appuyées par l’aviation. Nous avons subi de lourdes pertes :
Tombés au champ d’honneur : le Chef de compagnie Si Smaïl Azzoug d’Azrou N’Bechar, Si Beramtane Touati, de Tasgha Ikdjane, Si Ali d’Ouled Sidi Brahim et Si Ahmed, de Grande Kabylie. Tous les deux sont des déserteurs de l’armée française.
Sont blessés : Feltane Hocine, Boughida Berramtane et Oudjdi Tayeb.
Grace à Dieu et à la lucidité de Si Smaïl Azoug, nous avons réussi miraculeusement à sortir de l’encerclement en dégageant une sortie vers l’ouest. Plusieurs avions ont tenté de faire obstacle à notre sortie en nous soumettant à un déluge de feu qui n’a pu que nous disperser.
Accrochage sur le mont d’Ibarissen à Toudja.
Responsable : Boukeroui Amar dit « Petit Amar ».
Medjdoub Lakhal d’El-Flaye est tombé au champ d’honneur.
Accrochage à proximité de la maison forestière de Toudja (Ioulène).
Responsable : Boukeroui Amar dit « Petit Amar ».
L’infirmier de la compagnie est tombé au champ d’honneur.
Accrochage au nord-est de Tizi Naïth-Smaïl avec une unité militaire en ratissage.
Responsable : Boukeroui Amar dit « Petit Amar ».
De nombreux morts ont été enregistrés du côté français.
Saker Arezki de Boumlal, Mustapha d’Izoughlamene, Youcef Arab ainsi qu’un autre frère de combat dont j’ai oublié le nom, ont disparu durant l’accrochage.
Après l’indépendance, j’ai eu l’agréable surprise de rencontrer au hasard à El-Kseur Mustapha d’Izoughlamene, tandis que Mazri Idir a rencontré Youcef Arab à Alger.
La région 4, zone 2 de la Wilaya III a engagé également d’autres batailles aussi héroïques que celles suscitées mais auxquelles je n’ai pas participé personnellement. J’en cite quelques une d’entre elles en donnant toutes les informations dont je dispose, sous toutes réserves.

22 octobre 1955

Embuscade à Aourir Aïth-Hassiene contre une patrouille militaire venant du poste de Tibane.
Responsable : Si Bachir Benmihoub.
Récupération de 05 armes.
Quatre soldats français ont été mis hors d’état de nuire.

Fin de l’année 1955 où début 1956

Attentat à Souk-Oufella.
Responsable : Si Yaïci Bouzid qui a tué un officier de l’armée français avant de tomber lui-même au champ d’honneur.
Accrochage avec l’armée française entre Semaoune et Sidi-Yahia.
Responsable : Si Chaïb Abdelaziz qui est tombé au champ d’honneur, tandis que Si Ferhaoui Ali a été blessé.
Attaque du poste de Souk-Oufella (ex-vieux marché).
Responsables : Si Gherbi Salah - Si Yahia Abbas et Titouh Salem.
Plusieurs soldats français ont été tués.
Après l’attaque, au cours de la nuit, des renforts ennemis sont arrivés et ont soumis le village d’Aourir à un violent bombardement au mortier.
Le lendemain, le village de Tasgha Naïth Ouaghlis a subi une répression féroce au cours de laquelle 05 civils dont l’un s’appelle Sahli Smaïl, ont été lâchement assassinés.

Année 1956

Accrochage entre un groupe de moudjahidine et une patrouille militaire suivi d’un massacre collectif de la population civile.
L’accrochage s’est déroulé le mercredi 23 mai 1956 à l’aube.
Le moudjahed Touati Larbi d’Ikhedjane a récupéré un fusil Mas/36.
Quelques heures plus tard, les villages d’Agueni, Aïth-Soula et Tazrout ont été encerclés par l’armée française qui a commis ce jour-là un véritable carnage inqualifiable.
Au total 70 personnes dont une femme ont été sauvagement assassinées parmi lesquelles des familles entières. Avant de commettre leur infamie, les soldats français se sont adonnés avec une rare haine aux plus pires exactions et aux actes les plus humiliants.
Le lendemain 24 mai 1956, soit une quinzaine de jours avant que je rejoigne moi-même le maquis, nous nous sommes rendus avec d’autres jeunes d’Aourir pour exprimer notre soutien et notre solidarité aux habitants de ces villages martyrisés. Nous avions découvert des images épouvantables, insoutenables. Dans un silence angoissant, on n’aperçoit que du sang partout, sur les murs, sur les portes de chaque maison, tout le long des ruelles de ces bourgs. La pluie qui s’est abattue sur la région a mélangé la cervelle humaine à la boue qui a envahi tous les espaces. Il s’agissait d’un véritable carnage, d’un massacre, d’un crime contre l’humanité tel que défini par les conventions internationales. Les images de cette journée d’enfer ne s’effaceront jamais de la mémoire de ceux qui les ont vues. Ces actes abominables ont d’ailleurs poussé la plupart des jeunes de cette zone à rejoindre le maquis sans tarder pour participer à la libération de leur peuple du colonialisme abject et honni.
Quelques jours après ce massacre, les soldats français reviennent à la charge cette fois-ci pour encercler le village d’Iaàyatène où ils ont assassiné 05 villageois, parmi lesquels : Hamza Berramtane et Amad Moussa.
En 1956 ou 1957, je ne me rappelle pas de la date exacte, l’armée française a assassiné au total 18 enfants et adolescents du village de Semaoune. En fait, dans ses actes de répression et de punition de la population civile désarmée, l’ennemi n’a épargné aucun village de la région d’Aïth-Ouaghlis, jusqu’au cessez-le feu le 19 mars 1962.
D’ailleurs le grand moudjahed Beliamine Tahar, dit l’Adjudant Tahar, chef de la région 4, nous a dit un jour que le Douar des Aïth-Ouaghlis à lui seul, a fourni à l’ALN plus de 1800 maquisards sans compter les moudjahidine civils parmi les moussebiline et autres militants hommes et femmes.
Grâce à Dieu, en dépit de la répression effroyable qu’a subie la population civile durant toute la Révolution, aucun village des Aïth-Ouaghlis n’a failli à son devoir national ni tenté de rallier l’armée française. Au total, ce n’est pas moins de quatorze villages qui ont été évacués après que toute la région eut été décrétée zone interdite. Certains d’entre eux comme Aourir, ont été complètement rasés. Chassés de leurs maisons, coupés de leurs racines, spoliés de tous leurs biens, les nombreux habitants de ces contrées ont pu trouver refuge chez d’autres familles de la région aussi démunies qu’elles, motivées qu’elles sont par la flamme patriotique et la solidarité agissante et infaillible contre l’ennemi commun. Malgré, la misère généralisée, les atrocités et les affres de la guerre, ces populations sont demeurées constamment fidèles à l’ALN qu’elle recevait toujours avec affection et beaucoup de respect.
Accrochage à Ighzer Maakal contre une patrouille militaire.
Responsable : Si Yahia Abbas.
Le moudjahed Hocine Meslaine dit Hocine Ou-Slimane, du village Izghadh, est tombé au champ d’honneur.
-Attaque contre le poste de garde de Hammam N’silène.
Responsable : Si Chérif de Boumansour.
Un fusil mitrailleur a été récupéré.

Année 1958

Embuscade contre une jeep de la gendarmerie française.
Responsable : Ferrani Sadek.
Embuscade à Tifra au lieudit Assam.
Responsable : Meziane Bouachiouene et Aïssa « blindé ».
Cinq armes de guerre ont été récupérées.
Abdelaziz Oubounaf a récupéré un fusil Mas/36, Si Rabia de Sidi Yahia Chemini), une mitraillette Mat/49 et trois autres moudjahidine ont récupéré une arme chacun.
Embuscade à Bourbaatache, entre El-Kseur et Adekar.
Responsable : Ferrani Sadek.
Si Souami Hocine a récupéré un fusil US/3 modifié et trois autres moudjahidine ont récupéré chacun une arme de guerre.
Embuscade contre une patrouille militaire entre Toudja et le poste militaire de Caïd Ouhamiche, au lieudit Tizakhchiouine.
Responsable : Si Ali N’Hora ou Si Madani et l’Adjudant Belkacem Arab.
Si Chérif Ouhamiche de Si Fetala (Tifra) a récupéré un fusil Garand américain.
Si Mouhoubi Hamanou de Tardam (Toudja) a récupéré un fusil Mas/36.
Deux autres moudjahidine ont récupéré chacun un fusil de guerre.
Embuscade suivie d’un accrochage à Bourbaatache.
Responsable : Si Mohamed d’El-Kseur et Kettou Tahar Ou-Abdellah de Tizi N’Tifra.
L’embuscade qui avait ciblé une patrouille militaire, s’est transformée en un violent accrochage pour la simple raison qu’au lieu d’une patrouille c’est un convoi composé d’un grand nombre de camions qui est passé en premier lieu.
Chelbi Mohand Saïd d’Aourir a été blessé en même temps que le chef de groupe Mohamed Aziz d’El-Kseur qui a été capturé par l’ennemi.

Année 1961

Embuscade au pont de Sfayah à Adekar. Résultats inconnus.
Embuscade contre un convoi militaire tendue par les éléments de la compagnie de choc commandée par le lieutenant Si Meziane Aslat et ceux de la compagnie de la région 4 commandée par Si Azoug Smaïl. Dahmani Mohand Saïd a récupéré une Mat/49, Moualfi Mohand Tahar, un pistolet Mac/50, Yahia Chérif Nacer, un fusil Mas/51 et Touati Berramtane, la mitrailleuse de l’engin auto-blindé.
Trois autres moudjahidine ont pour leur part récupéré chacun une arme de guerre.
Un djoundi de la compagnie de choc dénommé Bouzal, a été blessé à la tête.
Embuscade contre un convoi militaire entre Ikhlidjen et Igher-Amar.
Participants : Benadji Mustapha, Brarti Arab, Moualfi Mohand Tahar, Mazri Mohamed Laïd dit
« boulanger ». L’ennemi a subi de nombreuses pertes.
Récit écrit en septembre 2012
Vive l’Algérie
Gloire aux martyrs de la Révolution

DOSSIER

Une histoire parallèle

Les communistes dans la Révolution

MOUVEMENT NATIONAL

Combattre pour l’Algérie

Fatiha et Cherifa Tayeb Brahim

GRANDES DATES

Le mardi noir de Ghazaouet

22 octobre 1958

MEMOIRE

Diva et … Moudjahida

Portrait de Fadila Dziria

UNE VILLE, UNE HISTOIRE
CONTRIBUTION

Octobre 1958

Retour sur la bataille d'El Merdja