La réconciliation en dents de scie

Par Fateh Adli
Publié le 20 déc 2018
Après une période de tumulte et de coups fourrés, assénés à l’Algérie par une droite française prise dans le tourbillon des nationalismes, et incarnée par le président Nicolas Sarkozy (2007-2012), son successeur, François Hollande (2012-2017), redressa vite la situation, en tentant de remédier aux multiples dérapages qui menaçaient alors gravement les relations entre les deux pays.
Chadli Bendjedid et François Mitterrand
Visite du présidents français Hollande en Algérie
Visite du présidents français Sarkozy en Algérie
Départ des familles des pieds-noirs vers la France en 1962

Sa première visite en Algérie, organisée en juin 2015, témoignera de cette volonté d’assainir les relations et de faire quelques gestes symboliques, mais significatifs pour rétablir la confiance presque rompue entre les deux rives de la Méditerranée, sans prendre néanmoins aucun engagement définitif. Tous les observateurs ont noté, sur le coup, deux avancées notables : le premier pas vers la réconciliation historique, et le rapprochement des deux pays sur des questions d’actualités qui divisaient, jusque-là Paris et Alger. Les deux préoccupations avaient presque occulté le volet économique (signature de contrats, installation de l’usine Renault, exploitation du gaz de schiste…) qui semblait pourtant vital pour les deux parties.
Sur le contentieux historique entre l’Algérie et son ancien colonisateur, il faut bien reconnaitre, en effet, que François Hollande a surpris son monde – ici et surtout ailleurs – en reconnaissant publiquement, et pour la première fois, la «brutalité » de la colonisation, même s’il a bien pris soin de ne citer que les événements du 8 mai 1945, alors que, à son arrivée, il avait averti qu’il n’était pas venu « présenter des excuses ou demander pardon ». Un sujet qui demeurait si sensible en France, sur lequel aucun homme politique, pour des raisons électorales, n’osait s’engager.
Cette grande première « concession » justifiera bien le faste avec lequel Hollande a été accueilli, à Alger, puis à Tlemcen. L’hôte français a eu plusieurs petits gestes qui vont dans ce sens de réconciliation (dépôt d’une gerbe de fleurs au sanctuaire des martyrs, hommage à Maurice Audin, un indépendantiste français mort pour l’Algérie, qui sera quelques années plus tard honoré officiellement par le président Emmanuel Macron). Des gestes qui devaient en appeler d’autres, même si, du côté français, les contre-pouvoirs étaient toujours là pour empêcher toute concrétisation de ce qui n’était alors que des professions de foi, et tant que rien n’était consigné noir sur blanc.
Cela dit, le litige sur la colonisation était loin d’être résolu. Tout le monde attendait des deux parties des décisions fortes susceptibles de donner une forme à cet acquis. Mais les choses n’ont pas avancé au rythme souhaité par les Algériens, nonobstant le rapprochement envisagé par Alger sur les grandes questions géopolitiques de l’heure, à l’image notamment de la crise malienne et de la lutte antiterroriste dans la région du Sahel qui traversait, et traverse toujours, une situation explosive, depuis l’apparition des groupes islamistes liés à Al Qaïda dans le nord du Mali. Il faut dire qu’avant cette visite du Président Hollande, Alger et Paris n’étaient pas sur la même longueur d’onde. Elle aura donc permis de rapprocher les deux pays, qui seraient désormais en « convergence », selon le chef de l’Etat français.
Sur ces questions, Alger a fait un pas en direction de Paris, en déployant des efforts envers notamment les représentants de certains groupes armés pour les amener à rompre leurs liens avec les groupes terroristes affiliés à Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), qui imposaient leur loi dans le Nord de ce pays.
Sa visite d’Etat effectuée en Algérie a été perçue comme le prélude à une normalisation effective et durable des relations entre les deux pays, à condition que la partie française ne revienne pas, comme au temps de son trublion prédécesseur, à ses vieux reflexes néo-colonialistes, en se figeant sur des attitudes inflexibles, et en évitant obstinément toute discussion sur le passé colonial, comme c’est, hélas !, toujours le cas.
Le réchauffement des relations entre l’Algérie et la France est aussi mesuré à l’aune de l’épineuse question de l’émigration, héritée de l’époque coloniale. A cet égard, les restrictions instaurées par les gouvernements français successifs dans l’octroi de visas aux Algériens, justifiée par la situation sécuritaire, et le traitement réservé aux ressortissants algériens établis en France, depuis le début des années 2000, ne sont pas faits pour aider à une réconciliation historique entre les deux pays. Car, on constate bien que chaque nouveau chef d’Etat français venant faire escale à Alger – tous y sont passés – promet une ouverture sur cette question et de la souplesse dans l’étude des demandes de visa pour les Algériens ; mais, en pratique, les portes sont de plus en plus verrouillées et les discours xénophobes, relayés parfois par des officiels, continuent de faire rage dans l’Hexagone, ciblant en premier lieu les membres de la communauté algérienne.
Adel Fathi

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Il était l’un des conseillers du colonel Amirouche

Il y a 60 ans, Tahar Amirouchen tombait en martyr

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