Emmanuel Macron ouvre une nouvelle ère

Par Fateh Adli
Publié le 19 déc 2018
De tous les chefs d’Etat français, Emmanuel Macron est de loin celui qui a le plus d’audace et de panache dans la manière d’appréhender la question de la colonisation, même si, à chaque fois, les mêmes forces d’inertie, les mêmes lobbies anti-algériens l’amènent à tempérer ses ardeurs et à faire revenir le débat à la case départ.

Tout avait commencé en février 2017. Lors de son premier voyage en Algérie, alors qu’il n’était que candidat à la présidentielle, Emmanuel Macron lançait sa phrase-choc : «La colonisation est un crime contre l’humanité.» Répondant à la question d’un journaliste algérien sur sa vision des relations franco-algériennes, l’actuel président s’est laissé aller à une formule qui fera date : « C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes.» Et d’enchaîner, avec le même ton d’iconoclaste : « En même temps, il ne faut pas balayer tout ce passé, et je ne regrette pas cela parce qu’il y a une jolie formule qui vaut pour l’Algérie : la France a installé les droits de l’homme en Algérie, simplement elle a oublié de les lire. »
S’il est vrai qu’à son retour en France, Macron s’est quelque peu rétracté, certainement pour ne pas avoir à dos une partie de l’électorat français, très sensible à cette question de l’histoire, mais la voie était ouverte pour une profonde révision de toutes les questions inhérentes à la présence coloniale française en Algérie, avec la promesse d’aller vers un assainissement sérieux des relations algéro-françaises plus que jamais minées par les dogmatismes dont se nourrit la classe dirigeante française sur tout ce qui a trait au passé colonial.
En lançant sa petite phrase à Alger, le président français venait, en fait, d’ouvrir la boîte de Pandore qui obligera désormais la classe politique de l’Hexagone à se positionner, sans détours, par rapport à toutes les questions qui fâchent.
Après son élection, en mai 2017, Macron rouvrira le débat avec fracas, en prenant des décisions pour le moins révolutionnaires, au vu des pesanteurs locales qui bloquent tout essor des relations avec l’Algérie. Sa décision prise, le 13 septembre dernier, de reconnaitre officiellement la responsabilité de l’Etat français dans la mise en place d’un «système» recourant à la torture pendant la guerre de libération nationale, en reconnaissant, pour la première fois, que le militant algérien Maurice Audin, disparu en juin 1957, était «mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France», marquait un tournant historique dans les relations entre les deux rives de la Méditerranée, en butte depuis des années à des tensions récurrentes et handicapantes en raison du litige historique qui oppose les deux pays.
Après, ce premier pas important, les observateurs des deux rives étaient nombreux à prévoir d’autres mesures aussi courageuses dans un proche avenir, pour aboutir enfin à une réconciliation plus sincère avec cette ancienne colonie qu’est l’Algérie, même si des résistances internes n’ont pas tardé à se manifester pour tenter de saborder ce processus.
De nombreux historiens et anciens «amis de l’Algérie» se sont posé la question de savoir si d’autres dossiers de militants indépendantistes disparus allaient être ouverts. Car, plusieurs cas restent à ce jour non élucidés. Il y en aurait des centaines. Des personnalités françaises consacrées avaient estimé que le moment était venu pour «des actes forts sur cette période de l’histoire», comme Emmanuel Macron en avait promis.
Du côté algérien, ce premier geste d’Emmanuel Macron a été salué par de larges pans de la classe politique et de la société civile comme «un acte de bonne volonté» de la part de l’Etat français qui s’était toujours montré rétif à toute idée de reconnaitre les crimes commis par l’armée colonial durant la période d’occupation de l’Algérie. Mais, globalement, l’opinion algérienne demeure sceptique tant que les Français rechignent toujours, au nom d’une certaine fierté nationale, à présenter des excuses au peuple algérien pour tout le mal qu’ils lui ont infligé pendant 132 ans d’occupation. C’est pourtant la condition sine qua none pour sceller une normalisation des relations telle que souhaitée, dans les discours, par les dirigeants des deux pays.
Dans la foulée, Emmanuel Macron a promis d’ouvrir une partie des archives relatives à la période coloniale et de permettre enfin le rapatriement des ossements des résistants algériens de la révolte de Zaatchas, retenus dans le Musée de l’Homme de Paris, comme le réclame le gouvernement algérien depuis plus de deux ans. Tayeb Zitouni, ministre algérien des Moudjahidine, a révélé, le 1er novembre dernier, que les négociations avec les Français autour de ces questions étaient arrivées à un stade avancé.
Tout allait donc bien, lorsque, tout d’un coup, le président Macron fit un revirement aussi spectaculaire qu’incompréhensible, en décidant, une semaine après avoir honoré la mémoire de Maurice Audin, de rendre hommage aux harkis, et en annonçant des mesures d’indemnisation en faveur de leurs familles. Loin d’aider à rétablir la confiance avec l’Algérie, ces annonces ressuscitèrent tout d’un coup toutes les anciennes suspicions quant à l’existence d’une volonté réelle, chez les Français, d’aller vers une réconciliation saine et mature.

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