Algérie-France : La guerre des mémoires

Par Fateh Adli
Publié le 20 déc 2018
L’histoire des relations algéro-françaises n’ont jamais été aussi tendues et aussi complexes que depuis l’avènement d’Emmanuel Macron à la tête de l’Etat français. Alors que, paradoxalement, celui-ci avait été le premier à oser faire des pas significatifs dans le sens d’une réconciliation historique entre les deux pays.
Les crânes des combattants algériens, détenus par le Musée de l’homme à Paris
Houari Boumediene

Ainsi, après avoir déclaré en 2017 à Alger, alors qu’il était en pleine campagne électorale, que la colonisation était « un crime contre l’humanité », sans que personne lui ait demandé, puis reconnu la responsabilité de la France dans l’enlèvement et l’assassinat en 1957 de Maurice Audin, tout en décidant d’ouvrir partiellement les archives françaises concernant les affaires de disparition pendant « la guerre d’Algérie », le président français recule brusquement, en acceptant de rendre hommage aux harkis et d’en reconnaitre officiellement l’apport à la France, donc automatiquement à la colonisation.
Pendant ce temps, en Algérie, l’on attend encore des gestes plus significatifs, et surtout plus sincères, de la part des Français pour espérer une normalisation sérieuse et porteuse des relations entre les deux rives. Car, tant que rien n’est consigné noir sur blanc, il ne faut pas exclure une remise en cause, à tout moment, de tout ce qui a été entreprise jusque-là.
Cela dit, le litige sur la colonisation est loin d’être résolu. Cet éternel quiproquo avec la France n’a pas encore trouvé une issue, puisque les Français – prompts à criminaliser « le génocide arménien » – s’obstinent toujours à ignorer les doléances exprimées par des segments entiers de la classe politique et de la société civile algériennes, sur l’impératif de la reconnaissance des crimes commis par l’armée française en Algérie durant la période coloniale. Impératif posé par l’Algérie comme la condition sin qua non pour relancer ses relations dans la perspective d’un traité d’amitié et de coopération, que les Français s’impatienteraient de voir signé.
En plus d’une demande de pardon, l’Algérie exige de son ancien colonisateur l’ouverture des archives coloniale relatives à l’Algérie ; chose que les Français refusent toujours, sous prétexte que ces documents relèveraient de la souveraineté de l’Etat français. Il y a aussi le problème des ossements et des crânes d’anciens résistants algériens de Zaatchas de 1848, toujours exposés au Musée de l’Homme à Paris, et dont
l’Algérie réclame la restitution depuis plus de deux ans, en vain. Puis, il y a encore d’autres revendications sur lesquelles les gouvernements français successifs louvoient ; on pense par exemple à celle relative aux victimes des essais nucléaires dans le Sud du pays.
Il faut dire que ce retour de l’Histoire dans notre pays est certainement mal vécu de l’autre côté de la Méditerranée, où des militants et des intellectuels continuent pourtant à lutter pour faire aboutir ce « devoir de mémoire», entamé il y a une dizaine d’années. Car, c’est bien en France que tout ce débat a été enclenché, en 2001, par une vieille moudjahida et fidaia de la bataille d’Alger, Louisette Ighil-Ahriz, qui avait relancé dans les colonnes du journal Le Monde, la polémique sur la torture.
Ces pressions ont quand même abouti à l’abrogation de l’infâme loi du 23 février 2005 faisant l’apologie de la colonisation ; bien que tout cela n’ait pas eu encore raison du dogmatisme si tenace des politiques, de gauche comme de droite, avec une pensée politique régressive – touchant même certains ministres – qui tire de plus en plus à la xénophobie et aux idées de l’extrême droite.
En effet, ces cercles d’extrême droite française, qui ont fini par contaminer de larges secteurs de l’élite française, ne ratent aucune occasion pour glorifier la colonisation et dénigrer ostensiblement les symboles de la lutte algérienne pour l’Indépendance. Toutes ces forces d’inertie empêchent, à l’évidence, toute normalisation des relations entre la France et l’Algérie, même si, dans les faits, les intérêts communs et le poids de l’émigration qui demeure si important, font que ces relations n’ont jamais atteint le stade de rupture. Même dans les moments les plus tendus, comme lors de la vague d’attentats à Marseille en 1973 commis par des extrémistes français contre des cibles algériennes, où le président Houari Boumediene décréta l’arrêt de l’émigration des Algériens vers la France, en signe de protestations, les relations n’ont pas été définitivement rompues.
Ces relations vont alors traverser une longue période plus ou moins calme. Mais au début des années 1990, à l’occasion de l’interruption en Algérie des élections législatives de décembre 1991, ces relations vont se crisper à nouveau. La France mitterrandienne, se posant en tutelle, reprochait aux Algériens de n’avoir pas permis la poursuite d’un processus qu’elle savait pourtant mortel, y compris pour les démocraties occidentales qui s’en plaignent d’ailleurs aujourd’hui. L’ancien colonisateur jouera alors un rôle actif dans le blocus imposé à l’Algérie pendant de longues années, sans mesurer les dégâts engendrés par sa décision. La compagnie aérienne française boycottera les aéroports algériens et sera bientôt suivie par d’autres compagnies occidentales. Dans le même sillage, la France a fermé ses centres culturels et réduit ses représentations diplomatiques en Algérie au strict minimum. Autant de mesures et de contre-mesures qui font que la confiance entre les deux pays s’en trouvera sérieusement entamée, malgré toutes les professions de foi et les discours de courtoisie qui sont échangés entre les deux parties.

Adel Fathi

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