Rendre confiance aux militants et ressouder le mouvement national
Les actions du 1er novembre 1954 à Alger

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 11 déc 2017
Dès la fin des années 1930, le mouvement national se radicalise très rapidement. Progressivement, la revendication d’indépendance s’élargit au sein de larges couches de la population algérienne et les « radicaux », partisans de la lutte armée se renforcent. Traditionnellement porté par le PPA, formation née au sein de l’émigration algérienne, le mouvement national pour l’indépendance se radicalise pour aboutir à la création du FLN en octobre 1954 qui déclenchera la lutte armée le 1er novembre 1954.
Zoubir Bouadjadj

Les massacres du 8 mai 1945 ont été un élément important de cette radicalisation. Les patriotes algériens ont compris qu’une évolution pacifique par le recours à la lutte politique et la participation au jeu électoral ne pouvait aucunement aboutir à l’indépendance. La colonisation, suivie en cela par la minorité européenne, a été ébranlée par le mouvement  de révolte des Algériens. L’idée qui prévalait alors était que les Algériens ne se soumettaient qu’à la force et qu’il fallait leur enlever toute idée de révolte. Toute mesure d’apaisement devait être combattue. Celle-ci aurait entraîné encore plus de révoltes. Au contraire, il fallait « mater » les révoltés et de la manière la plus implacable pour leur enlever toute idée de rébellion contre l’ordre en place. Le MTLD, vitrine légale du PPA qui est entré dans la clandestinité décide de créer en son sein une organisation spéciale (O S) clandestine chargée de préparer les militants à la révolte armée contre la colonisation. De cette organisation sortiront les militants qui déclencheront la guerre de libération nationale. Les radicaux, partisans du recours immédiat à la lutte armée, s’organisent. Parmi ces militants, deux figures dominantes se détachent : Mohammed Boudiaf ancien responsable de l’OS pour la région Est et Mostefa Ben BoulaÏd de la région des Aurès, ancien membre du comité central du MTLD. Au cours de la réunion dite des « 22 », sont regroupés des militants décidés, issus de différentes régions du pays. Tous se prononcent pour le déclenchement de la lutte armée à brève échéance et sa prolongation jusqu’à l’indépendance. Les cinq dirigeants sont plébiscités par leurs compagnons. En même temps, un rapprochement entre militants de sensibilités politiques différentes avait eu lieu dès le début des années 1940.Ferhat Abbas, partisan de la lutte politique et d’une évolution progressive pour plus de droits et d’égalité pour les Algériens, crée un mouvement contre la domination coloniale qui reste modéré dans ses revendications. Le mouvement des AML (amis du manifeste de la liberté) lancé par Ferhat Abbas, est rejoint par des militants issus de l’ancien PPA et des modérés. C’est le premier véritable front qui regroupe des Algériens de différentes sensibilités, et non tous acquis à l’indépendance. Ce mouvement reçoit l’appui des oulémas et des partisans de Messali.La réunion du comité central du MTLD de février 1947 décide de préparer la lutte armée pour l’indépendance et le rapport qui est adopté à Zeddine définit déjà la lutte armée pour l’indépendance : ni insurrection ni terrorisme généralisé. Les membres du comité central se prononcent pour une lutte armée appuyée sur les populations. Le recours à la lutte politique seule est considéré comme débouchant sur une impasse, avec le refus du pouvoir colonial d’accorder les droits élémentaires au peuple algérien, et de permettre la libre expression de la population par la voie des urnes. Les militants refusent la vision du système colonial allant jusqu’à nier l’existence d’un peuple algérien disposant de sa propre culture et sa propre histoire.
Par contre, le mouvement messaliste se divise d’une manière irréductible entre partisans de Messali qui demandent une soumission totale aux ordres du chef historique et partisans des élus du comité central
(« centralistes »), principalement issus des couches moyennes et refusant la soumission aveugle aux ordres du chef. Cette scission marquera fortement les militants du mouvement national. Dans un premier temps, les centralistes tentent un rapprochement avec les « radicaux », partisans d’un recours immédiat à la lutte armée. Ces deux tendances se retrouvent dans le CRUA (comité révolutionnaire d’unité et d’action),  qui a été une sorte d’alliance tactique temporaire. Les centralistes espèrent ainsi contrôler les radicaux et les retirer de l’influence de Messali. En même temps, les « radicaux » tentent d’amener les partisans de Messali à s’engager dans la lutte armée. Ils n’arrivent pas à convaincre le vieux leader qui exige une soumission totale à sa personne. Les « radicaux » qui sont quatre, rejoints par Mourad Didouche et Rabah Bitat, arrivent à convaincre les militants de Kabylie qui étaient déjà entrés dans la clandestinité et étaient en révolte armée dans les maquis, sous la direction de Belkacem Krim et Amer Ouamrane, de rejoindre leur mouvement. La rupture avec Messali est consommée.
Les « radicaux » partagent le territoire en six régions. Ils décident d’hâter le déclenchement de la lutte armée, malgré la faiblesse des moyens dont ils disposent. Rabah Bitat est chargé de la Région 4, celle de l’Algérois. La capitale fait l’objet d’un secteur distinct sous la responsabilité de Zoubir Bouadjadj qui regroupe 5 groupes de combattants, dirigés respectivement par Kaci Abdallah, Belouizdad, Merzougui, Bisker et Nabti. Zoubir Bouadjadj, en accord avec ses combattants, définit les objectifs des premières actions de la lutte armée pour la ville d’Alger : le siège de radio Alger, à la rue Hoche, la centrale électrique près du Jardin d’essai, les cuves des pétroles Mory au port d’Alger, le dépôt de liège d’Hussein Dey, le central téléphonique du Champ-de-Manœuvres. Pour des raisons imprévues, les deux derniers objectifs seront abandonnés. Boudiaf quitte clandestinement le pays pour Le Caire, via la Suisse. Il emmène avec lui la liste des objectifs du 1er novembre qui devront être annoncés à la radio égyptienne.
Avec ces actions, les combattants se fixent d’abord des objectifs politiques : rendre l’espoir aux militants du mouvement national, découragés par les querelles intestines, montrer qu’il y a des révolutionnaires décidés, à un moment où des combattants se manifestent au Maroc et en Tunisie. Ils espèrent aussi que le déclenchement de la lutte armée va ressouder le mouvement national divisé. Mohammed Boudiaf dira plus tard : « Nous voulions unir contre les méthodes réformistes et bureaucratiques du mouvement nationaliste en faisant éclater les vieilles structures du mouvement. » Dans sa déclaration du 1er novembre, le FLN propose au gouvernement français une sortie honorable si est reconnu le droit à l’indépendance du peuple algérien. Il proclame son objectif : la restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques, le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de race et de confession. Il assure que « les intérêts français, culturels et économiques, honnêtement acquis, seront respectés ainsi que les personnes et les familles ».Il tend la main aux Européens d’Algérie : « Tous les Français désirant rester en Algérie auront le choix entre leur nationalité d’origine et seront de ce fait considérés comme étrangers vis-à-vis des lois en vigueur ou opteront pour la nationalité algérienne et dans ce cas seront considérés comme tels en droits et en devoirs. » S’adressant au peuple algérien, le FLN affirme qu’« une équipe de jeunes responsables et militants conscients, ralliant autour d’elle la majorité des éléments encore sains et décidés, a jugé le moment venu de sortir le Mouvement National où l’ont acculé des luttes de personnes et d’influences. » Il affirme clairement : « Notre action est dirigée uniquement contre le colonialisme, seul ennemi et aveugle». Il précise aussi que le nouveau mouvement se dégage ainsi « de toutes les compromissions possibles » et offre la possibilité « à tous les patriotes algériens de toutes les couches sociales, de tous les partis et mouvements purement algériens, de s’intégrer dans la lutte de libération sans aucune autre considération ».
 
L’attaque contre l’immeuble de la radio

Le commando dirigé par Merzougui est composé de Chaal Abdelkader dit « Flora », qui conduit son véhicule, Toudjine Abderahmane, et Adim Mohammed. L’opération présente des risques, à cause de la proximité de la rue Michelet, très animée le soir. Merzougui a prévu un commando de protection de quatre éléments armés pour protéger ceux qui devront poser les bombes : Abassi, Boutouche, Belimane et Djefafla. Merzougui et Chaal placent les bombes incendiaires et un bidon d’essence sur les rebords des fenêtres du rez-de-chaussée et sur le pas de la porte. Il est une heure du matin. Ils allument les mèches. Tout le monde remonte dans le véhicule conduit par Chaal pour quitter rapidement les lieux.

L’attaque des dépôts de pétrole Mory

Le groupe conduit par Athmane Belouizdad se compose de Ben Guesmia, Ben Slimane, Herti, Aïssa.  Le dépôt se trouve sur les quais du port d’Alger. Belouizdad a volé un véhicule pour mener l’opération. Il place deux bombes explosives et une bombe incendiaire sur une des cuves. A une heure du matin, il allume les mèches. Le commando quitte les lieux avec le véhicule volé qui est laissé là où il avait été pris, à la rue Marey.

L’attaque de la centrale électrique du Hamma

Le commando est composé des deux Kaci Abdallah et Sekat, Djallel, Guesmia et Hedjin qui conduit son camion. Ils passent par la scierie Benouniche qui jouxte la centrale. Ils ont ramené deux bombes explosives et deux bombes incendiaires qu’ils placent contre la paroi de la grande citerne à gaz. Les mèches sont allumées à une heure du matin. Le commando est récupéré dans le camion, avant de se séparer à l’extérieur du port, sur la route qui monte à Birmandreis.

Boualem Touarigt

GUERRE DE LIBERATION

Repère et Symbole

Le 1er novembre 1954

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MEMOIRE
UNE VILLE, UNE HISTOIRE
CONTRIBUTION

Syphax et la rencontre de Siga

Ain Temouchent (206) AV J.C