Soustelle échappe de peu à un attentat en plein paris
Ouraghi Mouloud dit «le Chef» rate sa cible

Par Djamel BELBEY
Publié le 30 déc 2013
Jacques Soustelle ancien gouverneur d'Algérie
Saïd Bouaziz
Abdelhamid Cherrouk
Les impacts de balles constatés sur la DS qui transportait Soustelle
Jacques Soustelle blessé au front après l'attentat

A 9h30, alors que le ministre, à bord de sa DS noire, arrive à son ministère, Ouraghi lui tire plusieurs balles de colt dont l'une troue le veston à sept centimètres du cœur. L'ancien gouverneur d'Algérie se jette au plancher. Il se relève. Une rafale de mitraillette tirée par Cherrouk crépite. Il replonge. La voiture s'arrête. Soustelle en sort pratiquement indemne.
Là est le récit de l’attentat qui a visé Jacques Soustelle, l'ancien gouverneur général d'Algérie, le 15 septembre 1958, avenue de Friedland, en plein cœur de Paris, que livre Mouloud Ouraghi alias «le Chef», un ancien de la fédération de France qui était accompagné de Abdelhamid Cherrouk.
C’est en cette matinée de septembre 1958 que Mouloud Ouraghi, alias «le Chef», 30 ans révolus, militant actif du FLN dans la région parisienne, reçoit l’ordre de Saïd Bouaziz, son premier responsable de la Fédération de France du FLN (Front de libération nationale), d'éliminer Jacques Soustelle, ministre français de l'Information et ex-gouverneur général de l'Algérie (1955).
«Le Chef» réunit aussitôt son commando, composé de six membres, et procède à la répartition des tâches : Abdelkader Bekouche, dit Aïssa, et Mebrouk Benzerroug sont chargés d’exécuter l'opération. Quant à Abdelhafidh Cherrouk, dit Membo, et à son camarade Smaïl Adour, alias Idriss, ils doivent surveiller le passage du ministre de l'Information. Selon le scénario mis en place, Jacques Soustelle, qui habite avenue Henri Martin, quittera son domicile vers 9 heures, pour se rendre à son
ministère, sis rue Friedland, à Paris, en passant par la place de l'Etoile. C’est le lieu indiqué pour l’opération.
Si la voiture de Soustelle s'arrête dans l'encombrement, «c'est moi qui tire le premier. Et, ce faisant, mes camarades doivent s'approcher. Un se chargera de me couvrir, tandis que l'autre tentera de sortir Jacques Soustelle de sa voiture. L'opération durera cinq à six secondes ; on a à peu près 80% de chance de réussir. Passée cette durée, nous sommes foutus», raconte Mouloud Ouraghi.
A l’heure définie pour l’opération, «le Chef» prend position à la place de l'Etoile. Costume-cravate, il attend le passage de la Citroën DS, transportant Jacques Soustelle. Mais la police est renforcée. «Je croyais qu'on avait été dénoncés et que les flics ont été tuyautés. Si c'est le cas, nous sommes grillés», raconte M.Ouraghi. Finalement, il a appris qu'un attentat a eu lieu le matin même, dans les environs. Du trottoir opposé, Aït Mokhtar, membre du commando, au passage de Soustelle, devra ouvrir son journal pour signaler l'arrivée du véhicule. Il est 9h 30, et le ministre de l'Information n'est toujours pas arrivé. «Le Chef» regarde Aït Mokhtar qui a déjà ouvert le journal. La voiture de Soustelle est donc là. Mais «le Chef» ne la voit pas. Il regarde de nouveau, le journal est toujours ouvert. «Je scrute encore, et enfin, je vois la DS au niveau de la deuxième position. Au siège arrière est vautré Soustelle.»
Au moment de passer à l’action, «le Chef» n’a aucune appréhension quant au déroulement de l’opération. «Rien de tout cela, l'essentiel pour moi c'était d'exécuter l'ordre de le tuer, c'est pourquoi j'étais à la place de l'Etoile. Le reste, je m'en balance. D'autant plus que je n'en étais pas à ma première opération. Car, en 1955, j'avais effectué un stage au Maroc. Et, en 1958, j'étais déjà professionnel. Puis, en m'enrôlant dans le commando du FLN, je savais que ma fin ne sera que la mort. Donc, je m'en foutais pratiquement de tout. L'essentiel étant de réussir mon coup. Il n'y avait donc aucune place aux sentiments», affirme Mouloud. « Le Chef» se dirige alors vers la voiture. Arrivant à hauteur de la Citroën DS, «le Chef» prend son pistolet, il fait rentrer sa main par-dessus la vitre arrière à moitié baissée. « Le Chef » tire la première balle. Elle ne part pas. Il engage une autre, il tire, mais entre-temps, Soustelle se baisse, la balle lui frôle le front, en lui trouant le chapeau. Le garde du corps brise la vitre, il tire sur «le Chef», il ne le touche pas. «Le Chef» ne part pas. Il revient à la charge. Il tire : une, deux, trois balles, la dernière s'enraye sans pour autant toucher le ministre de l'Information. Tout compte fait, il découvre que deux balles sur sept sont d'une piètre qualité. « J’étais fou... furieux. Parce qu'en me tournant vers mes camarades, je me suis rendu compte qu'ils se sont tous envolés. Ils avaient tous pris leurs jambes à leur cou. Ils m'avaient tous abandonné...», regrette Mouloud Ouraghi.
«Le Chef» abandonne alors la DS sans pour autant réussir à commettre son acte. Mais il sera rattrapé quelques instants plus tard par la police. Ouraghi est ceinturé par la foule dans les couloirs de la station du métro Etoile. Cherrouk tire pour protéger sa fuite. Blessé, il est arrêté. Après la fusillade avec les policiers, on relève un passant tué et trois autres blessés.  Emprisonné, son affaire sera prise en charge par la DST (Direction de la surveillance du territoire).«Le Chef» passera 4 mois au siège de ce corps de sécurité, sis à la rue des Saussaies, à Paris. Après sa comparution devant la justice, Mouloud Ouraghi sera condamné à mort. Il ne sera libéré qu'à l'Indépendance.

Djamel Belbey

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