Sétif sous la protection du «saint patron»
Le mausolée du Sidi El Khier

Par Hassina AMROUNI
Publié le 24 nov 2012
A une cinquantaine de kilomètres au sud de la ville de Sétif, se dresse le mausolée de Sidi El Khier, l’un des monuments les plus influents de la région.
Le mausolée du Sidi El Khier
Vue de l'intérieur du mausolée Sidi El Khier

Il est composé d’une mosquée, d’une pièce surmontée d’une coupole (kobba) abritant le tombeau du saint patron et d’un puits, le tout entouré d’un cimetière. Concernant la pièce où se trouve le tombeau, elle est de forme carrée et dans les quatre murs ont été percées de minuscules ouvertures afin de laisser entrer la lumière du jour. On raconte qu’avant de rendre l’âme, Sidi El Khier aurait demandé qu’on lui laisse ainsi une ouverture donnant sur la ville afin qu’il puisse continuer à veiller sur elle et la protéger de sa baraka.

Depuis, le mausolée de Sidi El Khier est un lieu de pèlerinage des habitants de la ville et même des régions environnantes. Plusieurs pratiques rituelles ont cours dans ce mausolée auquel les Sétifiens sont très attachés de manière atavique.

Les fidèles qui rendent visite au «saint patron», le plus souvent le vendredi (jour sacré) et durant les jours de fêtes religieuses, ne viennent jamais les mains vides, ils apportent avec eux la ziara, sorte d’offrande au saint pour bénéficier de sa baraka et de sa protection.

Les femmes observent alors un rituel bien précis et nulle n’y déroge. Se dirigeant directement vers la pièce où se trouve le tombeau, elles se déchaussent avant de franchir un seuil surélevé, marquant ainsi, en quelque sorte, la distinction entre les deux mondes extérieur (profane) et intérieur (sacré). Là, dans des murmures à peine audibles, elles adressent leurs supplications au saint patron. Les fidèles pénètrent ensuite à l’intérieur pour accomplir le rituel des prières et des offrandes. Elles allument des bougies qu’elles placent dans les niches situées dans les murs. Dans l’une de ces niches, percée sur toute sa longueur, se trouve la place du kanoun où l’on brûle de l’encens. Puis, elles préparent du henné et enduisent cette pâte sur tous les coins de la pièce, et aspergent de parfum plus particulièrement les angles et les niches. Quelques fois, le tombeau de Sidi El Khier est recouvert d’une nouvelle étoffe, que l’on rajoute sur celles déjà entreposées.

Une fois tous ces gestes rituels accomplis dans la foi et la dévotion, les femmes viennent s’asseoir autour du tombeau pour prier encore. Après avoir formulé des vœux en rapport avec les préoccupations quotidiennes (fécondité, mariage, guérison, paix des foyers…), on effectue l’offrande. Certaines femmes préparent à la maison un couscous accompagné de viande, consommé par les fidèles à l’extérieur du mausolée.

Concernant la ziara ou waâda, certaines personnes, ne pouvant faire le déplacement, délèguent une personne pour accomplir l’offrande à leur place. Elles envoient de l’argent ou des denrées alimentaires au gardien des lieux qui se chargera de le distribuer aux pauvres. Il se sert également de cet argent pour entretenir le mausolée.

D’autres offrandes se matérialisent par des étoffes d’un vert particulier car la couleur est associée dans la tradition musulmane au Paradis, des lustres ou des tapis, afin d’«habiller » le saint patron et sa zaouïa et lui offrir la lumière.

Hassina Amrouni 

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