Batna, terre des hommes libres

Par Hassina AMROUNI
Publié le 26 mar 2013
Capitale des Aurès, Batna a été forgée au fil des siècles par les civilisations et les hommes qui se sont succédé sur ses terres. Batna, ou Bathenth en berbère, est située à la jonction entre l’atlas tellien et saharien. La ville, construite sur un relief en cuvette, culmine à plus de 1000 mètres d’altitude.
Grottes de Bouhmama
Cavalerie numide
Pièce de monnaie berbère
Pièce à l’effigie de Jugurtha
Cavalier de l’époque romaine
Des soldats français fouillant une femme aurèsienne

Batna faisait, jadis, partie de la terre de Numidie et a vu naître les premiers royaumes berbères indépendants. L’emplacement actuel de la ville était sous la domination de Lambèse, vieille ville romaine, mais le temps a fini par effacer toute trace de cette cité antique, disparue ainsi qu’une bonne partie des ruines de Lambèse sous l’effet de l’érosion, des pluies diluviennes et des glissements de terrain.
Evoquer l’histoire de toute cette région des Aurès, c’est remonter jusqu’à la préhistoire. On y a retrouvé, en effet, à la faveur de fouilles diverses des vestiges datant de l’ère préhistorique à la période protohistorique telles que les grottes des falaises calcaires de Bouhmama ou encore les escargotières du mont Fartas qui attestent de l’existence d’un peuplement très ancien, proche de celui de Cro-Magnon. On évoque également des traces de huttes préhistoriques, de quelques mètres de diamètres, découvertes à N’Gaous, l’une des communes de Batna.

Les Berbères s’établissent dans la vallée

Des Berbères chaouis se sont installés dans la vallée depuis fort longtemps. Les Fezazna ou tribu des Fezzan d’origine tripolitaine étaient concentrés à la zaouïa de Zmella ou village Zmella. Toutefois, ce village prendra une autre appellation –Village nègre – à l’arrivée des Français car une population noire y vivait. Les Zenagas qui parlaient le berbère subsaharien étaient des descendants des Sanhadjas. De leur côté, les Ayth Adi possédaient la plus grande partie des terres de la vallée, les Ayth Sidi Yahiya habitaient la vallée jusqu’à Lambèse et avaient leur zaouïa, de même que les Ayth Chlihs. Quant aux Hraktas, ils avaient leurs terres pour leurs pâturages et leurs lieux de culte.
A l’instar d’autres régions du pays à cette époque, la vallée était exposée aux attaques ottomanes et aux razzias. Aussi ces tribus protégeaient-elles les routes afin de maintenir la prospérité de leur région et d’assurer la sécurité des gens qui y venaient pour des affaires commerciales ou qui étaient simplement de passage pour se rendre à Constantine ou venaient de Khenchela, d’Arris, de Menaâ, de Biskra, etc.
Bien que la naissance de la ville de Batna soit relativement récente, il n’en demeure pas moins que Bathenth a existé bien avant l’arrivée des Français puisqu’elle a été citée dans les écrits du voyageur britannique Thomas Shaw, dans son livre qui fut publié en 1738.

Une région soumise aux convoitises

Selon les différents écrits laissés par les Anciens sur cette région, la région des Aurès a été habitée par les Libyens, les Gétules (Zénètes) et la population était appelée Numide. Puis, les conquérants se sont succédé sur cette terre fertile, tels que les Romains, les Vandales, les Byzantins et les Arabes.
Les Romains ont dû faire face à plusieurs révoltes berbères. Tacfarinas engagera une lutte acharnée contre les troupes romaines, de même que Faraxen. Ce dernier, descendant des montagnes du Djurdjura, attaquera la Numidie romaine, aidé de cinq tribus les Quinquegentiani et les Babares ainsi que les tribus des Aurès, du sud et du Hodna. Il finira par être capturé à Lambèse
D’autres révoltes éclateront, notamment sous les occupations vandale et byzantine qui influenceront grandement la région. Avec l’arrivée des Arabes pour islamiser les Aurès, Koceïla et Dihya s’imposent dans la région jusqu’à l’est de l’Afrique du nord.
Selon Ibn Khaldoun, les Aurès étaient, au VIIe siècle, habités notamment par les Aurébas, tribu de Koceïla, les Zénètes Djerawa, tribu de la reine Kahina et des Houaras.
Après sa conversion à l’islam, Koceïla parvient à réaliser l’unité politique et administrative de la Berbérie orientale et centrale. Mais cela ne sera pas de tout repos puisqu’un conflit éclate entre lui et le chef des armées omeyyades. Koceila prend Kairouan puis se reconverti au christianisme. Il finit par être tué par Oqba Ibn Nafaâ. La reine Kahina reprend le flambeau sur une décision collégiale du conseil de la confédération des tribus. Vaillante guerrière, elle parvient au cours d’une révolte à tuer Oqba Ibn Nafaâ, vengeant ainsi le roi Koceïla.
Après avoir procédé à la réunification de nombreuses tribus d’Afrique du Nord orientale et du Sud, la Kahina sort victorieuse de deux batailles engagées contre la grande armée Omeyyade et ce, grâce à l’aide considérable apportée par les cavaliers des Banou Ifren. Sa suprématie sur tout l’Ifriqiya dure cinq années, avant de subir, à son tour, une cuisante défaite lors d’une dernière bataille contre les Omeyyades. Ces derniers demandent alors en contrepartie que les Zénètes mettent à leur disposition 12000 hommes afin de combattre dans leurs rangs pour conquérir l’Andalousie. Il faudra compter sur l’intervention de Musa Ben Nusayr qui désignera Tariq Ibn Ziyad (Zénète de la tribu des Nefzaouas) pour prendre la tête de l’armée zénète et berbère.
Les rapports entre les Berbères et les dynasties arabes (Omeyyades, Fatimides, Abassides) sont loin d’être des plus cordiaux. Al Bakri et Ibn Khaldoun signalent, en effet, des liens belliqueux qui conduiront notamment Abou Yezid de la tribu des Banou Ifren à renverser les Fatimides avec l’aide des tribus zénètes des Aurès. Ils finiront par être vaincus par les Hilaliens qui demandent pour que cessent les conflits armés à ce qu’il leur soit permis de vivre en communauté avec les Berbères. Cette cohabitation forcée connaîtra des débuts tendus, après quoi, les deux communautés finiront par s’unifier avec la dynastie almohade (dynastie berbère). Les Hafsides (dynastie berbère) imposent leur hégémonie sur toute la région jusqu’à l’arrivée des Ottomans en Algérie.
Si les Turcs parviennent à investir pratiquement toutes les régions d’Algérie, ils ne parviennent toutefois pas à pénétrer dans la région des Aurès. Ils sont, en effet, repoussés par plusieurs tribus locales dont les Ouled Daoud. Salah Bey ne prend donc pas le risque de pénétrer sur ces terres hostiles.

Et arrive la colonisation française

Alors qu’il mène une expédition sur Biskra, Henri d’Orléans, duc d’Aumale et lieutenant général de l’armée française, décide, le 12 février 1844, de bivouaquer à mi-chemin. Les traducteurs indigènes s’exclament alors : « N’bet H’na » (nous passons la nuit ici). Les Français pensent alors que l’endroit s’appelle « Batna », ils le désignent ainsi, d’autant que – se rendant compte de la situation stratégique de ce lieu – décident de construire un camp militaire fixe afin de contrôler les différents axes routiers, de protéger la route du Tell au Sahara et de dominer les montagnes de l’Aurès.
La ville voit officiellement le jour sur décret du 12 septembre 1848 signé par Napoléon III. Peu à peu, une population s’établit autour de ce camp qui est d’abord désignée sous le nom de Batna avant d’être appelée par les Français « Nouvelle Lambèse ». A la suite du décret du 20 juin 1849, elle est définitivement constituée sous son nom initial : Batna.
Carrefour incontournable, Batna se développe très vite. Les familles sont de plus en plus nombreuses à s’y établir. Quant aux commerçants, ils affluent de partout pour y investir et y travailler. Même parmi les soldats français, nombreux sont ceux qui y demeurent après leur service, d’autant que des concessions leur sont attribuées.
La ville accueille dès lors des populations hétéroclites : Chaouis, Kabyles, Mozabites, Soufis, Arabes, Africains ou Kouloughlis, mais encore juifs d’Algérie, chrétiens de France, de Corse, de Malte, d’Italie, de Sicile, d’Allemagne ou encore de Russie s’y côtoient. Mais si les confédérations d’autochtones sont plutôt concentrées dans le vieux Quartier du Camp de la ville et de la Zmela, les Européens et les familles algériennes aisées partagent le quartier du Stand.
La ville connaît très vite une grande expansion : écoles, théâtre, hôpital, cinémas, jardins, routes, installations sportives, immeubles, administrations ou gare, s’y développent, facilitant ainsi le quotidien des populations surtout étrangères car les populations autochtones sont victimes de beaucoup de disparités sociales qui sont le fait du colonisateur.  Les hôtels d’Orient et d’Angleterre construits vers 1885 accueilleront les nombreux touristes en visite dans la région.
Jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Batna constitue un pôle administratif et commercial. Au lendemain du débarquement américain, un bataillon est formé à l’est pour prendre part aux campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne.
Les événements du 8 mai 1945 touchent peu la ville de Batna, mais la région est sur une poudrière. Les autorités coloniales pensant « connaître» les Chaouis sont confiantes et surtout convaincues qu’ils ne se rebelleront jamais. Le 1er novembre 1954, ils se rendront compte de leur énorme erreur.

Hassina Amrouni

GUERRE DE LIBERATION

Repère et Symbole

Le 1er novembre 1954

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Syphax et la rencontre de Siga

Ain Temouchent (206) AV J.C