Un succès retentissant du commando Ali Khodja
Embuscade du 18 mai 1956 dans les gorges de Lakhdaria

Par Abderachid MEFTI
Publié le 28 avr 2013
Ali Khodja
Commando Ali Khodja dirigé par le commandant Azzedine. En médaillon, Abdelkader Blidi
Un lot d’armes récupéré par l’ALN

Le vendredi 18 mai 1956, quelque part dans les monts escarpés qui culminent au nord de Lakhdaria, ex-Palestro, la 2e section du 9e Régiment d’infanterie coloniale (RIC), composée de 21 soldats, basée au cantonnement de Béni Amrane, d’où elle est partie en opération de reconnaissance dans les montagnes de Ammal, est prise en embuscade par des éléments de l’Armée de libération nationale (ALN). Ce haut fait d’armes qui s’est soldé par une éclatante victoire a été l’œuvre du célèbre commando Ali Khodja, composé d’une quarantaine de combattants. Le lieu de l’embuscade se trouve près de Ouled Djerrah, un douar parmi plusieurs autres que compte cette région. Au matin de cette journée du 18 mai, à 6h 30 précisément, l’unité du 9e RIC commandée par l’aspirant Hervé Arthur, progresse vers les douars Béni Dahmane, où elle se retrouve deux heures plus tard. Là, aucun incident n’est à signaler, ce qui rassure le chef de l’unité, qui poursuit son ascension vers Ouled Bellemou où elle arrive à 9h 30. C’est à cet endroit que le dernier contact a eu lieu avec le PC du fait d’une mauvaise liaison radio. En dépit de cet aléa des transmissions, l’unité pousse plus loin. A mesure de son avancée dans les maquis, un silence majestueux enveloppe les lieux, entrecoupé par les bruits provenant des douars visités où la population observe avec méfiance la venue de ces soldats à la recherche d’indices liés à la présence éventuelle de «fellaghas» dans cette zone au relief escarpé.
L’aspirant Arthur avait pensé que cette étape serait la dernière et que le retour au campement se ferait par la traversée de l’oued Toursout, rassuré par le calme des lieux, synonyme, selon lui, d’absence de danger. Il est 11h 15 lorsque l’unité du 9e RIC arrive en contrebas du dernier douar visité, en l’occurrence Ouled Djerrah. Les militaires français avancent à des intervalles de dix mètres, une distance considérée comme stratégique en cas d’attaque surprise. Loin s’en faut. Au moment où la patrouille s’engage dans un col abrupt entouré de rochers et de taillis, les premiers coups de feu crépitent autour d’elle. Les tirs sont nourris et constants et proviennent des hauteurs du col, où le commando de l’ALN s’est posté en demi-cercle, sur une distance de vingt à trente mètres en hauteur, avant l’arrivée de cette unité dans la zone. Mitraillés sans relâche, les soldats français tombent les uns après les autres et sont cloués au sol. Réduits à cinq éléments, les survivants se rendent compte que les combattants algériens sont en nombre supérieur et se demandent où ils ont pu se doter de tant de munitions et d’armes automatiques. Le combat fut bref et n’a pas duré plus d’une vingtaine de minutes, peut-être quinze. Une fois assurés que l’ennemi n’est plus en mesure d’opposer de résistance, les éléments du commando se ruent sur l’unité anéantie. Ils entourent les cinq survivants et les cadavres de leurs compagnons, les désarment, puis prennent possession de leurs munitions et des équipements indispensables tels que les treillis, les chaussures et la radio. Peu après, des villageois arrivent sur les lieux et aident les moudjahidine à rassembler le matériel.
Le bilan de cette attaque s’est soldé par la mort de 17 soldats alors que deux autres sont blessés et deux tout à fait indemnes. Ils seront faits prisonniers. Côté ALN, un moudjahid a été tué par inadvertance par ses compagnons au moment où il se précipitait pour récupérer l’armement des militaires hors de combat. Deux des prisonniers sont emmenés, alors que les deux autres sont remis aux habitants du douar, car grièvement blessés. L’unité que commandait l’aspirant Hervé Arthur en était à sa troisième sortie dans la région de Ammal. En cette journée du 18 mai 1956 ce fut la dernière. Une violente campagne médiatique orchestrée par la presse française de l’époque est lancée, faisant des soldats tués des victimes innocentes attaquées par des «sanguinaires», refusant d’accepter l’idée d’un affrontement entre soldats des deux camps et la défaite subie face à des hommes déterminés et résolus à se sacrifier pour arracher l’indépendance de leur pays. Durant cinq jours, des représailles sanglantes vont être commises par l’armée française à l’encontre des habitants des douars situés dans les montagnes de Ammal, particulièrement Ouled Djerrah, qui sera complètement rasé et ses habitants exterminés. Des hélicoptères débarqueront des centaines de parachutistes qui se lanceront aux trousses du commando Ali Khodja. Devant cette situation d’urgence, le général Massu dépêche deux unités de la 10e Division parachutiste qui sont aussitôt dirigées sur Palestro.  Les exactions à l’encontre des civils se sont soldées par la mort de près de 200 villageois, dont une cinquantaine sera liquidée dès les premières heures qui ont suivi la découverte des cadavres des militaires français. Concernant l’accusation de profanation des cadavres des soldats tués, des villageois ayant survécu aux massacres perpétrés par l’armée française et qui habitaient près du lieu de l’accrochage démentent catégoriquement ces allégations.
Pendant ce temps-là et après plusieurs jours de marche à travers les maquis, le commando de l’ALN se scinde en deux groupes. Ali Khodja dirige une vingtaine de ses djounoud et les prisonniers Dumas et Nillet vers le secteur de Tifrène et, lui, poursuit sa retraite avec le reste de son unité en direction de Bouzegza. Le 23 mai, les militaires français localisent une partie du commando dans une grotte de Tifrène. Un violent combat s’engage. Les balles ricochent sur les parois rocheuses des grottes. Après un bref échange de tirs, le combat cesse. Peu après, les soldats français pénètrent dans la grotte et découvrent les corps inanimés de seize combattants algériens, parmi lesquels ceux des deux prisonniers. L’un n’est que blessé alors que l’autre est mort sous le feu de ses compagnons. Après avoir été entendu par les médias au cours d’une conférence de presse relative à l’embuscade de Ouled Djerrah, Pierre Dumas, le soldat rescapé, s’exprimera sur le comportement du commando tout au long de sa captivité et de celle de son compagnon, David Nillet. Selon lui, ils ont bien été traités et la nourriture qu’ils partageaient avec les soldats de l’ALN était la même pour tous. «Le soir de l’embuscade nous sommes arrivés dans une grotte au fond de laquelle nous sommes restés six jours. Nos gardiens n’ont pas été durs avec nous, nous mangions ce qu’ils mangeaient. Un jour ils nous donné de quoi écrire des lettres à nos familles afin de leur faire savoir que nous étions prisonniers.» Les ordres émanaient de l’un d’eux que tout le monde appelait «mon lieutenant». Celui-ci avait deux étoiles fixées aux épaulettes. C’est Ali Khodja. Le 20 juin 1956, un mois après l’embuscade de Ouled Djerrah, l’ALN annonce dans un communiqué transmis aux autorités françaises que les deux soldats faits prisonniers lors de l’embuscade du 18 mai, le sergent Charliet et le caporal-chef Aurousseau, remis vivants à des habitants du douar de Ammal, ont été exécutés. L’Histoire retiendra que la veille, 19 juin 1956, Ahmed Zabana, le premier condamné à mort algérien par la justice coloniale, a été guillotiné à la prison Barberousse d’Alger.

Abderrachid Mefti

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