Frenda, le havre d’Ibn Khaldoun

Par Hassina AMROUNI
Publié le 06 aoû 2017
De toutes les communes dépendant de la wilaya de Tiaret, la plus connue reste Frenda dont le nom évoque l’écriture de la Moqadima d’Ibn Khaldoun ou les Djeddars, célèbres monuments funéraires berbères datant du Ve siècle.
Les Djaddar
Carrière d’Ibn Khaldoun
Des ruines Ottomane
Période coloniale

Mais bien avant, ce sont les descendants des Gétules et les Garamantes qui occupèrent la région. Les traces de ces premières peuplades berbères sont encore visibles aujourd’hui, sur les restes des grottes des bas reliefs de Frenda et de Taoughazout où ils vivaient. A son arrivée dans la région, l’empereur romain, Septime Sévère (193-211) est sous le charme de cette région dominant les hauts plateaux. Tout en faisant de la citadelle un bastion imprenable, il assure à ses garnisons un certain confort puisque les eaux des sources coulent en abondance et le bois d’El Gaâda, ne manque pas. C’est à cette époque que les plus grands limes reliant Frenda, Taoughazout et Ain Derhem voient le jour, un système défensif infaillible contre les éventuelles attaques des populations autochtones d’Oued Taht.
C’est sous le règne de ce même empereur que des campagnes de christianisation sont menées, entraînant la conversion d’une grande partie de la population berbère, et l’un des symboles de cette importante conversion est la Chapelle de Sen ou Cen, érigée à cette époque.

Arrivée des Arabes

Lorsque les Tudjinide envahissent le Tell, ils sont suivis par les Idlaten. Ces derniers se fixent à El Djabat et Taghzout. Ibn Khaldoun témoigne de cet épisode de l’histoire : « Les Béni Idlaten, tribu nombreuse et puissante, tenait le premier rang parmi la famille tudjinide. Leur droit, à cet honneur, est si bien établi que les Abdelqawi ne pensèrent jamais à le méconnaitre. Quand les Tudjin envahirent le Tell, après la ruine des Ilumi et des Umannu, deux de leurs grandes fractions, les Qadi et les Madun, s’établirent sur les terres de Mindas. Les Béni- Idlaten y arrivent sur leurs traces et occupent El Djabat et Taghzut.»
Les Idlaten avaient pour chef un certain Nasr ben Sultan ben Ayssa, à la mort de ce dernier, c’est son fils Menad qui lui succède puis le frère de ce dernier, Ali ben Nasr. «Brahim, fils d’Ali Ben Nasr succéda au pouvoir et eut comme successeur à sa mort son frère Salama. Celui-ci établit la puissance de sa tribu par la construction de Taghzout; cette forteresse, appelée aussi château des fils de Salama n’était qu’un simple ermitage occupé par quelques Arabes Soueidiens qui avaient renoncé au monde ». A la mort de Salama ben Ali, son fils Yaghmurasen prit le pouvoir.
Frenda sous l’occupation ottomane

A partir de 1516, les Turcs vont installer une garnison à Tihert afin de contrôler les tribus indigènes mais aussi surveiller la piste du sud menant au Sahara. Dès lors, la cité, jadis prospère, commence à décliner, devenant une bourgade insignifiante. Elle est peu à peu désertée par ses habitants qui fuient l’injustice sociale et l’exploitation fiscale des janissaires et des agents turcs.
Frenda dont la population est également acculée par la « raya » (impôt) turc croule sous la misère et connaît elle aussi le déclin. C’est pourquoi, au début du XVIIIe siècle, le chef militaire et religieux de la secte des Derkaoua, Sidi Abd El Kader El Frendi pousse ses compagnons et ses concitoyens à se soulever pour dénoncer cet ordre social inique. Les Frendis parviennent au terme d’une résistance farouche à damer le pion aux troupes turques.

Arrivée des Français

Contrairement à d’autres régions du pays conquises par la force, les Français n’auront aucun mal à s’installer à Frenda où l’agha Ali Ould Kadi, les accueille en 1841, après la prise de Tihert. Le souverain apporte aux Français toute l’aide nécessaire afin qu’ils puissent s’établir confortablement. Les familles des nouveaux colons s’installent peu à peu dans la région. Frenda qui devient une commune mixte en 1880, et composée de plusieurs douars dont Ghronadis, Haouaret, Medrousssa, occupés par les populations autochtones. L’administration coloniale décide alors de s’entretenir avec quelques chefs de tribus, parmi lesquelles les Ouled-Haddou, Ouled-Zian-Cheraga ou les Ouled-Sidi-Khaled, en vue de négocier la cession d’une partie de leurs terres communautaires. A cette époque, le Génie fait ériger les remparts fortifiant la ville. L’agha Ould Kadi qui avait apporté son soutien indéfectible aux Français avait continué à faire preuve de la même allégeance et docilité envers les colonisateurs. Il en était de même pour sa famille, plus particulièrement, son neveu le colonel Ben Daoud qui affichait sans honte ni remords son attachement pour la France. A eux deux, ils accueillaient tous « les roumis » auxquels ils offraient des terres à travailler. Parmi les premières familles de colons, établies dans la région, il y avait les Portet ou les Duigne qui montèrent des commerces et cultures et les Rosa, famille de maçons. D’autres familles françaises et espagnoles viendront s’installer dans toute la région des hauts plateaux, achetant des terres bradées par l’agha, où ils cultiveront vignobles et autres arbres fruitiers. 

Première et seconde Guerres mondiales

Durant la Première et la seconde Guerre mondiale, les Frendéens sont mobilisés pour combattre dans les rangs de l’armée française. La mobilisation sera encore plus importante durant la seconde Guerre mondiale où tous les hommes étaient envoyés au front pour combattre les troupes d’Hitler. Le village continuera ainsi à tourner au ralenti, les femmes prenant les affaires courantes en main et ce, jusqu’à la fin de la guerre, en 1945 et le retour des hommes. Après quelques années de répit, ces derniers reprendront les armes en 1954, cette fois, dans leur propre pays, pour le libérer du joug colonial.  
Hassina Amrouni
Sources :
http://algerie.voyage.over-blog.com/
http://ainkerme.blogspot.com/

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