Etudiants envoyés à l’étranger pendant la Révolution

Par Fateh Adli
Publié le 06 aoû 2017
Ce projet d’intégrer les intellectuels, ces producteurs d’idées, dans le combat libérateur avait germé au cours du Congrès de la Soummam du 20 août 1956, avec l’appel lancé à tous les intellectuels, étudiant et algériens se trouvant au pays ou à l’étranger à rejoindre les rangs de la Révolution. Ces derniers ont spontanément et massivement répondu à l’appel de la patrie, même si beaucoup d’entre eux étaient déjà à l’avant-garde de la lutte contre l’arbitraire coloniale, en usant de l’arme de la culture, de l’écriture ou de l’art.
Colonel Amirouche
1-M’hamed Yazid 2 - Ahmed Benyahia  3- Abdelhafid Boussouf
M’hamed Yazid
Boussouf

Conscientes de leur apport décisif à la marche d’émancipation du pays, après cette adhésion spontanée et massive des étudiants le 19 mai 1956, les instances de direction de la Révolution ont tôt pensé à en former davantage, en multipliant les missions aussi bien au Moyen-Orient que dans certains pays européens amis.
Le CCE, puis le GPRA, se sont sérieusement attelés à cette noble tâche, dans un double objectif : combler les insuffisances parfois criantes ressentis dans des domaines aussi divers que l’armement, les transmissions, le renseignement, l’encadrement politique…, et préparer les cadres de demain qui sauront relever les défis d’une Algérie indépendante. C’est ainsi que des dizaines de jeunes cadres ont été envoyés en formation en Tunisie, en Egypte, en Syrie ou en Irak, souvent dans des écoles de guerre, avec pour mission de revenir servir dans les rangs de l’ALN et de ses structures et y apporter leur savoir-faire. Certains d’entre eux y ont même suivi des études de médecine, d’autres en pédagogie, en jurisprudence ou dans les sciences islamiques.  
Cela dit, il y a eu aussi d’autres vagues orientées vers l’ex-Yougoslavie ou la Russie pour des formations plus pointues. La fameuse promotion «Tapis rouge» à Moscou au début des années 1960 (dirigé epar le MALG), témoigne de ce souci permanent chez les dirigeants de la Révolution de se doter de cadres formés dans les meilleures écoles.
Dans les pays d’Europe occidentale, les missions étaient beaucoup plus rares pour une raison facile à deviner. Les étudiants s’y sentaient moins en sécurité. N’empêche que des journalistes ont été envoyés en Belgique notamment, où ils ont suivi des stages dans des organes de presse prestigieux. Ces journalistes vont, pour la plupart, contribuer au lancement de l’Agence de transmission de presse et d’information (ATPI), ancêtre de l’Agence de presse service (APS). Cette mission quasi secrète a été organisée conjointement par le MALG d’Abdelhafidh Boussouf et le ministère de l’Information à l’époque de M’hammed Yazid.     
Parallèlement à ce programme mené de façon soutenue et méthodique par les instances de direction de la Révolution installés successivement en Egypte, puis en Tunisie, d’innombrables initiatives ont été prises par des chefs des wilayas de l’intérieur soucieux de l’amélioration de leur encadrement technique ou politique. C’est le cas notamment du colonel Amirouche, chef de la Wilaya III jusqu’à sa mort en mars 1959, qui a, en dépit d’une très mauvaise réputation qu’il trainait sur ses rapports avec l’intelligentsia ç la suite du complot de la « Bleuite », où des centaines de cadres et d’étudiants fraichement recrutés ont été décimés sur le territoire de sa wilaya et sur son ordre, se montra plutôt soucieux de l’avenir de ces jeunes intellectuels. C’est ainsi que, selon des témoignages concordants, le commandant de la Wilaya III a lui-même supervisé plusieurs expéditions d’étudiants notamment en Tunisie. Le témoignage de Hamou Amirouche, qui fut son secrétaire particulier, encouragé par son chef à suivre ses études, tranche avec cette image stéréotypée véhiculée sur la personnalité du colonel Amirouche, et plus généralement des chefs de maquis, présentés comme des hommes frustes et cultivant une hostilité épidermique envers tout ce qui incarne l’intelligentsia. Sa fameuse lettre adressée au groupe d’étudiants désignés pour faire des études à l’étranger, et récemment publiée, atteste d’une vision politique lointaine et d’une conscience réelle des enjeux de la lutte pour l’Indépendance. Hamou Amirouche, pour l’histoire, transitera par la Tunisie pour rejoindre les Etats-Unis où il fera des études supérieures dans le domaine de la gestion. A l’Indépendance du pays, il occupera des postes importants au ministère de l’Energie et des Mines jusqu’à sa retraite.  
Pour des raisons objectives, les étudiants algériens formés dans des pays étrangers étaient  pour une grande partie arabisés. Cela dit, le choix des capitales comme Tunis, Le Caire, Damas ou Bagdad était loin d’être dicté par des considérations idéologiques ou dogmatiques préétablies. Il faut dire que c’étaient presque les seuls pays à avoir ouvert gracieusement leurs portes aux Algériens pendant cette période cruciale de leur histoire. Les rares formations suivies dans les ex-pays de l’Est ont été un semi-échec, en partie à cause du problème de la langue. A Moscou, les enseignants eurent recours aux traducteurs pour dispenser leurs cours.
Ce fort ancrage arabophone de la formation des étudiants de l’Algérie combattante se répercutera, plus tard, sur le choix de l’arabisation de l’environnement engagée par l’Etat dès le début des années 1970.

Adel Fathi

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