Un parcours tumultueux
Histoire de Constantine

Par Hassina AMROUNI
Publié le 26 aoû 2012
Constantine
Le tombeau de Massinissa situé au Khroub à une vingtaine de kilomètres à l'est de Constantine
Un monument datant de l'époque romaine
Des arcades romaines de la ville de Constantine
La mosquée Emir Abdelkader

Dès la préhistoire, l’homme a habité le site attiré par l’eau qui y coulait à profusion. C’est le cas de la Grotte des ours, appelée ainsi, en raison de la découverte d’ossements d’ours, ou de la grotte à mouflon, creusée dans la falaise de Sidi M’cid. De l’autre côté du ravin, se trouve la grotte des pigeons. On y a découvert des broyeurs, des meules, des haches ou encore des silex remontant au néolithique et paléolithique moyen. On y a également retrouvé des ossements de rhinocéros, zèbres, panthères…

Les hauteurs du djebel de Sidi M’cid étaient occupées par la nécropole des premiers habitants de l’agglomération, ce lieu sera par la suite l’emplacement des monuments aux morts de la Grande Guerre.

Cirta est considérée parmi les plus vieilles villes de l’Afrique du nord. Dès le IIe siècle avant J.-C., elle est citée comme étant l’une des capitales du roi Syphax.

En 203 avant J.-C., après la bataille de Zama et la prise de Syphax, Cirta se rend à Massinissa qui en fait sa capitale et y meurt.

C’est à Cirta qu’il lie son destin à la belle Sophonisbe, aristocrate carthaginoise.

Cirta est ensuite habitée par ses successeurs Massyles et Massaessyles qui embellissent la ville en y érigeant d’imposants monuments.

Aujourd’hui et de cette époque faste, il ne subsiste que le mausolée du Khroubs qui abrite le tombeau de Massinissa.

Au cours de cette période, la ville est le théâtre d’enjeux importants dans la guerre qui oppose Jugurtha aux soldats romains. Elle avait une fonction commerçante très importante et ce, bien avant l’invasion romaine. Des négociants italiens y étaient en effet établis aidant Adherbal à défendre la ville contre Jugurtha.

«Après la défaite de Juba Ier et l’occupation de l’Afrique par César, Cirta accéda au rang de capitale d’une région donnée en récompense des services rendus pendant la campagne, à un de ses auxiliaires, un aventurier Sittius, homme d’affaires campanien. C’est probablement en 44 avant J.-C., date de la mort de Sittius, que fut créée la colonie romaine de Cirta.» (1)

Plus tard, Cirta est le siège de la Confédération cirtéenne qui comptait les villes de Chullu (Collo), Milev (Mila) et Rusicade (Skikda). Cette confédération disparaîtra au milieu du IIIe siècle de l’ère chrétienne et Cirta redeviendra capitale de la province de Numidie cirtéenne en 297 sous Dioclétien. Elle connaîtra un nouvel essor sous Constantin (306-323) qui lui donnera son nom qu’elle gardera jusqu’à nos jours.

La ville était entourée de trois grands faubourgs, l’un au Koudiat Aty, le second sur le plateau d’El Kantara et le troisième sur l’emplacement de Sidi Mabrouk.

Après l’invasion vandale, la ville est assiégée. Elle résiste vaillamment mais finit par être occupée dix ans plus tard, soit en 455 après J.-C.

Lorsque les Byzantins occupent la ville, cette dernière sera le lieu de résidence de Guntharis, duc de Numidie et le siège d’un évêché.

C’est d’ailleurs sur l’ancien temple du capitole que l’église byzantine est érigée avec des matériaux d’époque romaine. Durant les premières années qui avaient suivi l’occupation française, Constantine possédait encore plusieurs monuments, tels que les restes du Capitole, situé à l’intérieur de la Casbah, ou encore l’arc de triomphe de la ville, le Tetrapylon et les restes du cirque.

Avènement de l’ère islamique

A partir du VIIe siècle, la ville est entre les mains de nouveaux occupants : les musulmans. Ces derniers y établissent une garnison, avant de prendre une plus grande importance, sous le règne des Fatimides.

Sous les Zirides (988-989), Constantine, à l’instar des autres villes comme Tidjis, Sétif, Mila, Qasr al Ifriqi, dépendra d’Abû Za’bal Ibn Hisham, une sorte de superpréfet, familier de Bologguin.

Cela ne durera qu’un temps, puisqu’elle passera entre les mains de Hammad, oncle du sultan, qui refuse de la rendre à son neveu Badis, souverain de l’Ifriqiya.

Constantine fera, après cela, partie de l’Etat Hammadite. C’est Balbar, frère d’Al Nasir qui en aura la gestion. Avec l’arrivée d’Al Mansûr au pouvoir, Balbar se révolte et nomme en 1089 comme gouverneur de Constantine Abû Yakni.

Les Hammadites construisent la grande mosquée en 1063, elle subira, bien évidemment, avec le temps, de nombreuses transformations. Un grand flux commercial va s’installer dans la ville. Al Idrissi, géographe du roi Roger II de Sicile, en parlera en ces termes : «Cité peuplée qui a des souks et des marchands, des habitants aisés, vivant largement des transactions qu’ils font avec les Arabes et des contrats d’association qu’ils souscrivent, avec eux, pour les labours et pour le stockage des récoltes. Chaque maison possède un ou deux silos creusés dans le roc très propices à la conservation des céréales. Le froment séjourne dans les silos cent ans sans se gâter. Ils ont du miel en abondance, ainsi que du beurre salé qui est exporté dans tous les pays. » (1)

Constantine étant un lieu d’échanges, aussi, Ibn Tumart y fait escale un temps, avant de continuer sa route vers Béjaïa pour rencontrer Abd el Mumin, futur dynaste. Par la suite, et lors de l’expédition de ce dernier contre le royaume almohade, Béjaïa tombe après une courte résistance. Quant à Constantine, elle se rend en 1152 après avoir reçu du calife la promesse d’être épargnée.

A l’époque almohade, Constantine fut dotée d’une citadelle (qasaba), une vile dans la ville avec des remparts lui permettant de résister aux assauts étrangers. Elle avait ses rues, sa mosquée-cathédrale, où le gouverneur faisait sa prière.

Les Hafsides, successeurs des Almohades, firent de Constantine le siège d’un gouvernorat. Ils bâtirent dans la ville et fortifièrent les remparts (entre 1282 et 1285). Elle renoua avec l’activité commerciale et des traités de commerce furent signés entre les rois de Constantine et des négoces Marseillais, Catalans, Vénitiens, Pisans…

De nombreux édifices religieux voient le jour dont il ne subsistera pas grand-chose aujourd’hui. La seule mosquée du quartier que l’on connaît, c’est celle du cheikh Abû Abdallah al Safar, enterré en 1349 à l’intérieur de Bab el Qantara. On héritera aussi d’une autre mosquée datant du XIIe siècle, en l’occurrence Sidi Abû-al Hassan’ Ali ibn Makhluf.

La partie sud-ouest de la ville était dotée d’une porte, Bab el Oued. C’est par là que se faisait l’essentiel du trafic avec l’extérieur. Sur cette même façade se trouvait Bab el Hamma et, à l’opposé, sur la partie orientale de la ville, Bab el Qantara s’ouvrait sur le ravin. Toutefois, ce pont sera détruit en 1304 par Ibn Al Amir, lorsqu’il fut assiégé par Abû al Baqa’.

Constantine sous l’autorité hafside

Au début du XVIe siècle, sous le règne hafside le pays se morcelle en un certain nombre de principautés. Le cheikh de Constantine gouverne de manière autonome la région de Bûna (Annaba) et d’El Koll (Collo).

L’arrivée des frères Barberousse à Jijel puis à Alger change la carte politique d’une partie de l’Afrique du nord. Peu de temps après, Kheireddine s’empare de Collo (1521), Bûna et Constantine (1522).

Trois ans plus tard, Hassan Pacha, fils de Kheireddine découpe le pays en trois provinces, gérées par trois beys. Ces derniers composent avec les puissantes tribus de la région (Henencha et Mokrni). Plusieurs édifices sont construits, à l’image des mosquées du Souk el Ghezel (mosquée de Hassan, 1730), de Sidi Lakhdar (1743), de Sidi Abderrahmane el Qaroui et de Sidi Lakhdar el Kettani. Selon Mercier, la ville comptait 79 édifices religieux dont 10 mosquées-cathédrales. La médina de Constantine comptait aussi 1700 maisons et s’organisait autour de cinq grands ensembles : la qasbah au nord-ouest, el Kantara au sud-est, Bab el Djabia au sud-ouest et Tabia au nord-ouest. Une vingtaine de fondouks étaient répartis dans l’ensemble de la médina, servant d’entrepôts aux marchandises, d’ateliers pour les artisans et d’hôtels pour les marchands de passage en ville. Les places de marchés appelées aussi rahba participaient à la vie commerçante de la cité.

H.A

(1) Abderrahmane khelifa in «universelle algérie. Les sites inscrits Au patrimoine mondial», éd. Zaki bouzid, alger, octobre 2005

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