L'Émir Abdelkader a été derrière le lancement du projet du canal de Suez
Un esprit visionnaire et prospectif

Par Salim Rebahi
Publié le 01 jui 2012
L'Émir Abdelkader
De gauche à droite, un cousin de l'Emir, son aide de camp Kara )debout), l'ingénieur Ferdinand de Lesseps )qui a construit le Canal de Suez), un petit-fils de l’Émir, un officiel turc, l’Émir
Cette photo représente les mêmes accompagnateurs de l'Emir à l'ouverture du Canal de Suez, en 1869
Une des premières traversées du Canal de Suez, au XIXe siècle
L'état des travaux en mai 1862
La construction du canal

Malgré le nombre d'écrits sur la vie, le combat et l'œuvre spirituelle de l'Emir Abd el Kader, beaucoup de choses, d'œuvres et d'actions de ce grand moudjahid et homme de foi restent méconnues du grand public. Dans ce texte, nous citerons à titre d'exemple son rôle dans le lancement du projet de réalisation du canal de Suez.

Jusqu'à présent, en plus de la photo souvenir présentant l'Emir Abd el Kader à côté de Ferdinand de Lesseps et l'impératrice Eugénie prise, en 1869, à l'occasion de l'inauguration du canal qui va transformer la géopolitique de la région et les relations commerciales internationales, on ne sait pratiquement rien sur la relation de l'Emir avec cette œuvre grandiose. Et pourtant, il en est parmi les précurseurs.

Un des spécialistes de l'Emir Abd el Kader en parle. Il s'agit de Bruno Etienne. Il avait écrit à ce sujet : «Il faut rappeler enfin que la virtuosité religieuse intra et extra-mondaine (innerweltlich/ausserweltlich, selon les termes de Max Weber) d'Abd el Kader allait se manifester une fois encore avec l'affaire de Suez : peu nombreux sont ceux qui savent que, sans son appui à Ferdinand de Lesseps, le canal n'aurait jamais été percé.» (1)

En effet, en plus de ses qualités de guerrier, de chef d'Etat et d'homme de foi, l'Emir Abd el Kader avait des qualités de visionnaire, ce qu'on appelle dans le langage des écoles anglo-saxonnes des relations internationales «la prospective». Son amour pour sa Nation, qu'il voulait moderne et surtout départie de tout ce qui entrave son développement, lui a permis de croire en le projet de de de Lesseps, en son importance pour la région et pour la Nation musulmane.

Les Egyptiens en particulier et les pays musulmans en général étaient réticents vis-à-vis de l'idée du canal et ne la percevaient pas dans son volet stratégique, d'où leur refus de la cautionner.

Ne pouvant surmonter cet obstacle ou plutôt cette mentalité du XIXe siècle, qui prévalait dans un Orient qui refusait de s'inscrire dans la modernité, de Lesseps, dont la finauderie n'a pas de limites, s'est tourné vers l'Emir Abd el Kader sollicitant son appui. Ce «recours» si l'on peut dire à l'Emir algérien n'était pas du tout innocent. De Lesseps, et tout le gouvernement français de l'époque étaient conscients de l'aura et surtout de la notoriété et de l'autorité de l'Emir Abd el Kader sur les populations locales. Car même en étant loin de son pays, et sans trône ni pouvoir, choses qu'il avait refusées et qu'il fuyait, Ibn Mahieddine, fidèle disciple d'Ibn Arabi, avait, par son combat contre le colonialisme, ses vertus humanitaires et la profondeur de sa foi et de sa connaissance d'Allah et de son Prophète Mohamed (Que le Salut Soit Sur Lui), conquis les esprits et les cœurs de toutes les populations arabes et musulmanes du golfe Arabe à l'océan Atlantique. De plus, cette sollicitation de l'aide de l'Emir est une reconnaissance par la puissance mondiale de l'époque de son ouverture d'esprit, de son amour pour la modernité et surtout du fait que l'Emir avait dépassé par son esprit visionnaire de loin les dirigeants de son époque.

De son côté, l'Emir, de par son rêve le plus cher de voir la Nation arabo-musulmane s'arrimer à la modernité, car étant convaincu que c'est la seule voie à même de permettre aux peuples de l'Orient de mettre fin au colonialisme, ne pouvait ne pas apporter sa caution à une telle œuvre. Selon toujours Bruno Etienne : «C'est Abd el Kader, alors en retraite à Médine et à La Mecque en 1863-1864, qui convainc les autorités religieuses de la région du bénéfice que les peuples arabes tireraient de cet isthme terrestre reliant l'Orient et l'Occident. Certes, Abd el Kader, qui est dans sa phase ultime d'illuminations – «Dieu m'a ravi à moi-même», écrit-il – pense aussi à la rencontre de deux spiritualités, mais il comprend l'apport technologique comme un signe de Dieu.» L'Emir Abd el Kader venait de jeter ainsi les jalons du réformisme arabe que reprendront Djamel Eddine El Afghani, Mohamed Abdou, Chakib Arslane et l'Association des oulémas algériens plus tard.

Certains voudront dénigrer ce rôle de l'Emir en mettant en avant les milliers de morts égyptiens et autres qu'aura coûté le Canal de Suez. Pure calomnie, car l'Emir ne savait pas que le tribut à payer allait être aussi lourd. L'essentiel est le devenir de ce canal ; son rôle dans les relations internationales d'aujourd'hui, tout autant que son apport au commerce international et aussi comme l'a souhaité l'Emir, même si l'Orient s'est contenté de subir sans réagir cette passerelle qui relie désormais l'Occident à l'Orient.

Aujourd'hui, plus de 140 ans après l'inauguration du Canal, le rôle du fondateur de l'Etat algérien moderne doit être mis en valeur, pour que l'histoire reprenne ses droits car l'Emir aussi humble et généreux qu'il est ,aurait répondu devant les honneurs : «Mon royaume n'est pas de ce monde».

DOSSIER

Tunis, capitale de l’Algérie combattante

L’aide de la Tunisie à la Révolution algérienne

FIGURES HISTORIQUES

L’homme qui livra des armes au FLN

Le Capitaine Vassil Valtchanov

GRANDES DATES
GUERRE DE LIBERATION
MOUVEMENT NATIONAL

PROCÈS-VERBAL DE LA REUNION ET EXTRAITS DE LA PLATE-FORME

Documents du Congrès de la SOUMMAM du 20 AOÛT 1956