UN GRAND HOMME DE DIALOGUE
Ferhat Abbas, le premier président du GPRA

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 26 aoû 2012
Ferhat Abbas
Ferhat Abbas
De g. à dr. : Abdelhamid Mehri, Abdelhafid Boussouf, Lakhdar Bentobbal, Abane Ramdane, Krim Belkacem, Amar Ouamrane, Ferhat Abbas, Mahmoud Chérif, Mohamed-Lamine Debaghine
Ferhat Abbas, 2e à partir de la gauche

Ferhat Abbas est né le 24 août 1899 à Taher dans l’actuelle wilaya de Jijel. Son grand-père était un paysan dépossédé de sa terre après la révolte d’El Mokrani. Son père Saïd Ben Ahmed Abbas fut d’abord ouvrier agricole puis pratiqua le commerce du bétail et arriva en une génération à redonner à sa famille un statut social et une notoriété que celle-ci avait perdus. Il devint caïd et bachagha. On lui décerna le cordon de commandeur de la légion d’honneur puis il reçut le titre d’agha. L’administration française le plaça à la tête du douar Beni Siar puis de celui de Chabna. Le jeune Ferhat grandit donc dans une famille nombreuse de douze enfants, aisée, pieuse et respectueuse de l’ordre. Il alla à l’école primaire de Taher puis à celle de Jijel. Il rejoignit le collège de Philippeville (Skikda) où il fit partie des rares boursiers musulmans. Il poursuivra au lycée de Constantine. Après son baccalauréat, il fait trois années de service militaire et libéré en 1923, il entame des études de pharmacie à l’université d’Alger d’où il sort diplômé en 1931. Il fut en 1926 membre de l’Association des étudiants musulmans nord africains (AEMNA) qu’il présidera de 1927 à 1931. Il politisa l’organisation et fonda sa revue Ettelmidh.

Au début de son engagement politique proprement dit, sa personnalité est formée ainsi que sa voie : religieux, attaché à la France dont il admire les idées révolutionnaires et humanistes, il est un farouche pourfendeur de la colonisation qu’il n’identifiera pas à la France. Il ne se proclamera cependant pas Français. Il écrira dans une série de publications locales : l’Ikdam, Le Trait d’Union de Victor Spielman et L’Entente du docteur Bendjelloul. Il s’était fait déjà connaître sous le nom de Kamel Abancérage par ses écrits polémistes anticoloniaux dès 1922.

En 1933, il ouvre sa pharmacie à Sétif où il devient un notable influent. Il est politiquement dans la mouvance de la Fédération des élus indigènes créée en 1927 par le docteur Bendjelloul. Ferhat Abbas est élu conseiller municipal, puis conseiller général du département de Constantine et conseiller financier (élu aux délégations financières qui précédèrent l’Assemblée algérienne). Son premier livre Jeune Algérien paraît en 1931. Ses idées le distinguent : il est religieux, républicain, attaché à la démocratie et il dénonce violemment les abus des colons et des féodaux algériens et exprime sa révolte devant la misère de ses compatriotes. Il est un homme de dialogue, lié aux Européens libéraux et parfois écouté par les fonctionnaires français. Avec les autres élus modérés, il se battra sans succès pour modifier le statut de l’Algérie en avançant des propositions pourtant modérées : droits de vote pour tous les Algériens, extension de la scolarisation, abrogation des lois discriminatoires. Les élections municipales de 1935 sont truquées par l’administration française. En 1936, il pense encore qu’une Algérie française est possible, mais il affirme : «Sans l’émancipation des indigènes, il n’y a pas d’Algérie française. » Il dira aussi : « la France c’est moi ! » et aussi : « L’Algérie en tant que patrie est un mythe ». Il s’éloigne de Ben Badis mais les deux hommes se réconcilient très vite. En 1936, la victoire de Léon Blum aux législatives françaises suscite son enthousiasme. Mais les Algériens seront très vite déçus par le Front populaire qui n’arrive pas à imposer les réformes promises. Il cède devant les partisans du colonialisme. Les mouvements algériens se rapprochent et tiennent le congrès musulman d’Alger le 7 juin 1936. Ferhat Abbas évolue rapidement vers le nationalisme et il avertit contre la non application du projet Blum Violette qui, même mesuré, constituait une première étape : « Si le projet ne passe pas, il n’est pas douteux que les indigènes ne recourent à d’autres moyens et ne cherchent ailleurs que dans la famille française l’émancipation politique et sociale à laquelle une évolution lente mais profonde les a préparés. » En juillet 1938 Ferhat Abbas lance l’UPA (Union populaire algérienne), un parti de masse, car il ne croit plus au seul combat des élites isolées de leur peuple. Il n’est plus l’homme des petits pas. Pourtant imprégné de culture française, cherchant la libération du peuple algérien dans le cadre français, il devient farouchement anticolonialiste. Le 10 février 1943, il rédige le Manifeste du peuple algérien dans lequel il rejette clairement l’assimilation, marquant une rupture avec l’Algérie française à laquelle il ne croit plus. Il est pour une autonomie interne immédiate avec option vers l’indépendance, réclamant le droit du peuple algérien à disposer de lui-même. Il ferme la porte à l’assimilation et à l’intégration. Le texte suivi d’un additif sera remis au général de Gaulle. Le représentant de ce dernier à Alger, le général Catroux le rejette et Ferhat Abbas est mis en résidence surveillée. Celui-ci refusera les réformes de de Gaulle du 12 décembre 1943 et l’ordonnance que signe celui-ci le 7 mars 1944, la qualifiant d’« ordonnance colonialiste, texte antidémocratique et antisocial ».

Le 14 mars 1944, il fonde un mouvement unitaire « les Amis du manifeste de la liberté » (AML). Le 8 mai 1945, il est arrêté à Alger au moment où il allait rencontrer le gouverneur général. Il sera libéré le 16 mars 1946.

En septembre 1948, il crée l’UDMA et se lance dans des campagnes électorales où l’administration coloniale pratique la fraude à grande échelle. En 1954, il déclarait : « Que reste-t-il aux musulmans comme moyens pour faire droit à leurs légitimes aspirations en dehors du recours aux armes ? » Dans République algérienne, organe de son parti, il écrivait le 8 octobre 1954 : « Notre peuple, las de s’indigner et de plaider en vain sa cause, s’est tu…En réalité, la colère est à son comble et ce silence est fait de mépris et de révolte. »

En janvier 1955, il a un premier contact avec le FLN par le biais d’un militant de l’UDMA Amar El Kama. Il est reçu par le gouverneur Jacques Soustelle le 2 avril 1955. Il en ressort désabusé. Le 15 avril, il déclare à Jijel : « C’est le régime colonial qui est hors la loi. »

Le 26 mai 1955, il reçoit dans son appartement de la rue Trolard à Alger Ramdane Abane et Amar Ouamrane. Il se met à la disposition du FLN. La direction de l’UDMA le suit. Il mène une campagne pour dissuader les notables algériens de constituer un relais pour la politique du gouvernement français. Ce sera la « motion des 61 » de septembre 1955 par laquelle des élus condamnent l’attitude du gouvernement français en Algérie. En mars 1956, Ramdane Abane demande aux dirigeants de l’UDMA (Ferhat Abbas, Ahmed Boumendjel, Ahmed Francis, Kaddour Sator) de rejoindre la délégation extérieure du FLN. Ils arriveront au Caire en avril 1956 où le 25 Ferhat Abbas tient une conférence de presse pour annoncer son ralliement à la Révolution. Il mènera dès lors un travail considérable pour élargir l’audience du FLN dans le monde. Au congrès de la Soummam auquel il ne participa pas, il est désigné comme membre du CNRA. Il sera membre du deuxième CCE après la réunion du CNRA du 28 août 1957. Le 19 septembre 1958, il est désigné président du GPRA.

B.T

 

GUERRE DE LIBERATION

Repère et Symbole

Le 1er novembre 1954

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Syphax et la rencontre de Siga

Ain Temouchent (206) AV J.C