Le parcours du Combattant
Abderrahmane Khène, dit Lamine

Par Assem MADJID
Publié le 26 aoû 2012
Lamine Khène est né en 1931 à Collo, dans la wilaya de Skikda. En 1947, à l’âge de 16 ans, il intègre les rangs du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) au sein duquel il est un militant ardu en faveur de l’indépendance de l’Algérie. En 1955, alors étudiant à la Faculté de médecine d’Alger, il est l’un des membres fondateurs de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (Ugema). En 1956, il participe activement à la grève des étudiants, il a 24 ans. C’est à ce moment qu’il décide de mettre un terme à ses études de médecine et de rejoindre les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN). Convaincu de la justesse de sa décision, il rejoindra les maquis de la Wilaya II, alors dirigée par Zighoud Youcef, s’attellera à mettre en place le service de santé de cette même armée de libération et sera promu au grade de capitaine.
Abderrahmane Khène
1er rang, de g. à dr. : Vincent, Dumortier, X, Mirada prof de dessin, X, X, Cipriani.
1- Abderrahmane Khène, 2- Abdelhafid Boussouf, 3- Houari Boumediene, 4- Mustapha Ben Aouda,5- Mohamed Boudaoud dit Mansour, 6- Hadj Saphar

Aux origines de la grève des étudiants et de la création de l’Ugema

C’est le 8 juillet 1955 qu’a été créée l’Union générale des étudiants musulmans algériens (Ugema), neuf mois après le déclenchement de la guerre de Libération nationale, lors du congrès constitutif qui s’est tenu à la salle de la Mutualité de Paris. Près d’une année plus tard, à la faculté d’Alger, les étudiants algériens avaient pris conscience de leur participation au combat libérateur en organisant des regroupements et des réunions destinés à apporter leur soutien à l’ALN et à la cause nationale. C’est à ce moment-là que l’idée d’une grève générale a germé. Selon M. Khène, «le déclenchement de la grève a été décidé par les étudiants eux-mêmes, à la majorité et après concertation, (…) sans qu’ils aient reçu une quelconque instruction de quelque partie que ce soit».C’était lors d’une réunion au cercle des Oulémas, à la place des Martyrs, sous sa présidence que la rédaction de l’appel à la grève fut lancé, et à propos duquel M. Khène a indiqué que ce fut une «lourde responsabilité» que de le rédiger. La motion «recueillera quasiment tous les suffrages», a-t-il dit. «J’ai donné le texte à Salah Benkobbi, qui était un membre du bureau de section de l’Ugema, qui l’a transmis pour sa part à Benkhedda», a-t-il signalé.

 Départ pour le front le 1er juin 1956

Lors d’un entretien livré au quotidien El Watan, Lamine Khène relatera les circonstances de son ralliement à la Wilaya II historique le 1er juin 1956. Avec son compagnon de la faculté d’Alger, Allaoua Benbaâtouche, ils prendront le train à destination de Constantine, où ils devaient rencontrer Mme Anne-Marie Chaulet, une enseignante française acquise à la cause algérienne, qui assurera la liaison avec les combattants de la Wilaya II. Après avoir pris, le lendemain, le chemin des maquis du Nord-Constantinois, ils seront au rendez-vous d’un groupe de plusieurs moudjahidine. Ce fut là leur premier contact avec l’ALN. Huit mois auparavant, l’offensive du 20 août 1955 avait relevé le moral des combattants et libéré la zone de toute pression de l’armée française.

Rencontre avec Zighoud Youcef et premières leçons d’hygiène

Après avoir été pris en charge, Lamine Khène se souvient, disciplinés qu’ils étaient son compagnon et lui – du fait qu’ils possédaient une formation de secouristes et avaient quand même suivi des études de médecine durant quatre années –-, avoir donné une première leçon d’hygiène aux combattants venus à leur rencontre. Une fois rejoint le PC de la Wilaya 3, Zighoud s’y trouvait en compagnie de son état-major, en l’occurrence Ali Kafi, Salah Boubnider dit Saout El Arab, Ali Mendjeli, Abdelmadjid Kahlerass, Amar Chetaïbi, Amar Benaouda et Mahdjoub Belaïfa

Premier bombardement, première intervention chirurgicale

Lamine Khène se souvient, quelques jours après son arrivée dans les maquis nord constantinois, d’un bombardement perpétré par l’aviation puis l’artillerie françaises, à la suite de la localisation du lieu où se trouvaient les principaux responsables de la Wilaya II. A ce sujet, Lamine Khène dira : «Ce fut un bombardement au canon 105 millimètres. Lorsque ce dernier cessa et après s’être mis à l’abri en compagnie des autres combattants, on m’a amené un djoundi qui avait une partie des fesses complètement arrachée par un éclat d’obus. Il fallait opérer à la lueur d’une bougie. L’intervention s’est passée dans des conditions inimaginables (…). J’ai ainsi effectué mon premier acte de chirurgie de guerre. Par bonheur, le blessé était jeune et vigoureux. Il a pu s’en remettre.»

Parcours politique et responsable de haut niveau

En 1957, Lamine Khène intègre le Conseil national de la révolution algérienne (CNRA), puis, en 1958, occupe les fonctions de secrétaire d'Etat au sein du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Une fois le recouvrement de l’indépendance acquis, il reprend puis termine ses études en médecine, qu’il avait abandonnées en 1956. En 1965, il est désigné à la tête d’un organisme de mise en valeur des richesses du sous-sol algérien. Le 24 septembre 1966, il est nommé ministre des Travaux publics dans le gouvernement Boumediene II. Fin novembre 1972, il est élu secrétaire général de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), dont le siège est à Vienne (Autriche), fonction qu’il occupera jusqu’à sa mise à la retraite en 1986. Aujourd’hui, Lamine Khène vit à Alger, il est âgé de 81 ans.

A.M.

 

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Il était l’un des conseillers du colonel Amirouche

Il y a 60 ans, Tahar Amirouchen tombait en martyr

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