La création du GPRA : une signification politique

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 26 aoû 2012
De. g. à .dr. : Abdelhamid Mehri, Ferhat Abbas, M'hamed Yazid, Mahmoud Chérif
De gr à d. : M’hamed Yazid, ministre de l’Information, le colonel Abdelhafid Boussouf, ministre des Liaisons générales et Communication, Lamine Debaghine, ministre des Affaires extérieures, Tewfik El Madani, ministre des Affaires culturelles, Ferhat Abbas, Président du GPRA, Krim Belkacem, vice-président et ministre des Forces armées, Ahmed Francis, ministre des Affaires économiques et des Finances, Lakhdar Bentobbal, ministre de l’Intérieur, Abdelhamid Mehri, ministre des Affaires nord-africaines, et Mahmo
Ferhat Abbas prononçant un discours

Le 19 septembre 1958 eut lieu l’annonce officielle de la constitution du Gouvernement provisoire de la République algérienne au cours de deux conférences de presse qui se tinrent simultanément au Caire et à Tunis. Cet acte politique majeur s’inscrivait dans la continuité de la démarche suivie par le Front de libération nationale depuis le déclenchement de la guerre de libération en 1954. La création du GPRA contribua à renforcer le sentiment national en exprimant l’existence d’un gouvernement des Algériens, représentant toutes ses tendances politiques, unies derrière la revendication de l’indépendance. Il signifiait la volonté du FLN d’afficher sa disponibilité à une solution politique à la condition de reconnaître le droit à l’indépendance du peuple algérien.

Jusque-là la révolution était dirigée par des instances mises en place par le Congrès de la Soummam : le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), jouant le rôle de Parlement, constitué à l’origine de 34 membres, désigne un exécutif restreint de cinq membres, le Comité de coordination et d’exécution (CCE), direction collégiale responsable devant le CNRA. Dans le premier CCE figuraient Belkacem Krim, Larbi Ben M’hidi, Ramdane Abane, Benyoucef Benkhedda, Saad Dahleb. Les deux premiers étaient les seuls rescapés parmi les six qui déclenchèrent le 1er novembre (Mourad Didouche et Mostefa Ben Boulaïd étaient tombés au champ d’honneur, Rabah Bitat avait été arrêté et Mohammed Boudiaf avait rejoint au déclenchement de la révolution la délégation extérieure du FLN composée alors de Mohamed Khider, Ahmed Ben Bella et Hocine Aït Ahmed). Ramdane Abane rejoignit le FLN à sa sortie de prison en janvier 1955. Benkhedda et Dahleb étaient d'anciens du comité central du MTLD qui s’étaient opposés à Messali Hadj.

Le CCE fut remanié par le CNRA qui se réunit au Caire en août 1957 : il comprenait alors 9 membres dont 5 chefs militaires (Belkacem Krim, Lakhdar Bentobbal, Abdelhafid Boussouf, Amar Ouamrane, Mahmoud Chérif) et 4 leaders politiques (Ramdane Abane, Ferhat Abbas, Lamine Debaghine, Abdelhamid Mehri). Ces derniers étaient chargés de l’action politique, de la diplomatie, de la propagande, des tâches civiles de soutien à la guerre. Les questions purement militaires étaient réservées aux 5 colonels. Le FLN n’était pas une alliance de partis politiques dont l’importance de chacun déterminait la participation aux organes de direction, mais il était la couverture politique d’une armée populaire en guerre. Le poids respectif de chaque dirigeant dépendait de l’importance des forces combattantes qu’il représentait. Aux délégués des forces combattantes qui prenaient les décisions militaires, s’ajoutèrent des personnalités politiques non issues des maquis, ayant acquis une longue expérience dans les anciens partis politiques et qui avaient rejoint individuellement le FLN. Aucun dirigeant n’ayant pu réunir autour de lui une majorité de chefs militaires, la direction du FLN n’eut pas de tête unique concentrant tous les pouvoirs. Les organes dirigeants fonctionnèrent selon la règle du consensus le plus large, avec des séances du CNRA qui durèrent parfois extrêmement longtemps jusqu’à arriver à un accord acceptable par tous, ou du moins par une large majorité des membres du conseil. Les divergences ne furent jamais rendues publiques. Le congrès de Tripoli, après le cessez-feu, consacra une rupture de cette règle.

A sa création, le premier GPRA reconduisit le partage des tâches qui prévalait au sein du CCE :

  • Président : Ferhat Abbas
  • vice-président et ministre des Forces armées : Belkacem Krim
  • vice-président : Ahmed Ben Bella
  • ministres d’Etat : Hocine Aït Ahmed, Rabah Bitat, Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider
  • ministre des Affaires extérieures: Lamine Debaghine
  • ministre de l’Armement et du Ravitaillement : Mahmoud Chérif,
  • ministre de l’Intérieur : Lakhdar Bentobbal
  • ministre des Liaisons générales et des Communications : Abdelhafid Boussouf,
  • ministre des Finances : Ahmed Francis
  • ministre des Affaires nord-africaines : Abdelhamid Mehri
  • ministre de l’Information : M’hamed Yazid
  • ministre des Affaires sociales : Benyoucef Benkhedda
  • ministre des Affaires culturelles : Tewfik el Madani
  • Secrétaires d’Etat résidant à l’intérieur : Lamine Khène, Omar Oussedik, Mustapha Stambouli

Le FLN venait de franchir un nouveau pas dans son organisation. Avec le GPRA, le FLN se donnait officiellement une direction politique et un visage. Il comprenait d’anciens du CRUA (d’où sortit le FLN), des militants arrivés aux responsabilités pendant la guerre de libération, d’anciens membres du comité central du MTLD, d’anciens de l’UDMA, et un membre de l’association des oulémas. D’après les témoignages, Ferhat Abbas fut désigné comme président surtout parce qu’aucun des chefs militaires ne voulait reconnaître la prééminence de l’un d’entre eux. Ferhat Abbas fut le candidat du consensus. Homme respectueux des autres, cherchant le compromis et la conciliation avec ses compagnons, il fit l’unanimité. Il avait le grand avantage d’avoir une longue expérience parlementaire derrière lui et d’être un homme crédible au plan international. Le GPRA a été constitué aussi avec pour mission de se préparer à une éventuelle négociation avec le gouvernement français. Son président était un partenaire crédible avec une image d’homme de dialogue qui lui avait été reconnue dans beaucoup de cercles français de courants politiques différents. Il était loin de l’image d’extrémiste que l’on voulait coller au FLN. En tant que membre du CCE, il avait accompli un travail énorme pour faire connaître le FLN dans le monde. En tant que président du GPRA, il devait continuer sa mission essentiellement diplomatique pour renforcer l’audience du FLN à l’étranger. Son expérience, son profil allait grandement servir l’image de la révolution algérienne au sein de l’opinion française et internationale.

La conférence de Tanger d’avril 1958 qui avait réuni des dirigeants marocains et tunisiens ainsi qu’une délégation du FLN affirma le droit à l’indépendance de l’Algérie et proclama le FLN comme seul interlocuteur. Elle concrétisa une nécessité stratégique pour la révolution algérienne, celle d’un front maghrébin uni pour d’éventuelles discussions avec le gouvernement français sur la base de la reconnaissance du droit à l’indépendance. Cette rencontre allait accélérer la constitution d’un gouvernement provisoire algérien. Les partenaires maghrébins souhaitaient que le FLN aille rapidement dans cette direction.

La constitution du GPRA arriva à un moment extrêmement délicat pour la Révolution algérienne. Ce fut une réponse à la politique d’intégration qui clamait que l’Algérie était la France et ne pouvait exister en dehors d’elle. Le GPRA préfigurait une Algérie algérienne.

Ferhat Abbas fut un homme de compromis qui joua un grand rôle dans le rapprochement des points de vue des différents dirigeants de la Révolution. Il se chargea de l’image de la Révolution algérienne dans le monde. Il sut aussi tenir des propos durs contre les manœuvres du général de Gaulle. A maintes reprises, il trouva les mots pour galvaniser les combattants de l’ALN et appeler les Algériens à la résistance. On se rappelle son discours du 5 juillet 1960: « Nous devons renforcer nos moyens de lutte et notre combat armé. L’indépendance ne s’offre pas. Elle s’arrache. La guerre peut être encore longue. » Homme de compromis et de dialogue, il resta intransigeant sur les conditions de la négociation avec le gouvernement français : reconnaissance préalable du droit à l’indépendance, intégrité territoriale, refus de statut privilégié à une partie des citoyens, souveraineté nationale sur les richesses naturelles du pays. Il connut une consécration populaire lors des manifestations de décembre 1960.

Le changement de président du GPRA, en août 1961, se fit sans heurts, sans confrontation et sans ressentiment. Il donna une image positive de la direction du FLN. Ferhat Abbas se retira et redevint un militant sans responsabilité particulière. Il resta fidèle à son image : simple, humble, lucide et proche des autres.

Il eut l’honneur d’être le premier président de la première assemblée de l’Algérie indépendante élue le 20 septembre 1962.

B.T

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