Histoire d'un pillage
Prise de la ville d'Alger

Par Hassina AMROUNI
Publié le 01 jui 2012
Le 30 avril 1827, le dey Hussein reçoit à Alger Pierre Duval, consul général de France. L'objet de cette rencontre est une dette de 7 millions, contractée depuis 1794 par la France et dont elle ne s'est pas acquittée. Le dey réclame en vain l'argent prêté au nom de la régence et qui avait servi à l'achat de blé, sauvant ainsi la France de la famine provoquée par l'Angleterre. Les achats de blé se faisaient par les Bacri, deux frères juifs, connus sur la place d'Alger et à Livourne. Les discussions entre le dey Hussein et le diplomate insolent seront houleuses. Dans un accès de colère, le dey soufflette de son éventail le consul. Ce sera le prétexte à une tension entre les deux pays qui conduira, trois ans plus tard, à l'occupation de l'Algérie par la France de Charles X.
L'Affaire de l'éventail entre le pacha Turc Hussein Dey et le consul Français Pierre Deval
Bombardement d'Alger par mer le 3 juillet 1830
Combat aux portes d'Alger en 1830
Attaque de la ville d'Alger par la mer le 29 Juin 1830 par Theodore Gudin
Attaque de la ville d'Alger et l'explosion du Fort de l'Empereur

Nul n'ignore, aujourd'hui, que «l'affaire de l'éventail» n'était qu'un fallacieux prétexte pour l'occupation du pays. Charles X avait, en effet, dès 1808, chargé Yves Boutin d'une mission secrète en Algérie. Napoléon Bonaparte avait lui aussi pensé à monter une expédition contre Alger. Le 18 avril 1808, ce dernier écrivait de Bayonne à son ministre de la Marine : «Monsieur Decrès, méditez l'expédition d'Alger.» C'est ainsi que Vincent-Yves Boutin, chef de bataillon du génie et espion, allait, du 9 mai au 18 septembre 1808, se rendre en civil en Algérie et établir un rapport de trente-neuf pages avec treize dessins dans lequel il concluait de façon formelle que c'était à Sidi Ferruch que devrait avoir lieu le débarquement du corps expéditionnaire.

Le 4 juillet, à quatre heures du matin, toutes les batteries françaises terrestres et maritimes tirent boulets et obus sur Fort l'Empereur, Bab Azzoun et La Casbah.

Le dey Hussein, par crainte pour sa personne, ses proches et ses biens, décide de capituler, mais posera des conditions à sa reddition.

Dans la convention signée entre le général en chef de l'armée française et le dey d'Alger, il est stipulé, entre autres, que le dey sera libre de se retirer dans le lieu de son choix avec sa famille et ses richesses et que tant qu'il restera à Alger, il sera, ainsi que toute sa famille, sous la protection du général en chef de l'armée française. Par ailleurs, le général en chef prend l'engagement que l'exercice de la religion musulmane restera libre ; la liberté de toutes les classes d'habitants, leur religion, leurs propriétés, leur commerce et leur industrie ne recevront aucune atteinte et leurs femmes seront respectées. Pourtant, cette convention ne sera jamais respectée par les Français, elle sera bafouée avant même l'entrée de de Bourmont dans Alger, le 5 juillet 1830 après 12 heures.

Alger mise à sac par les troupes françaises

Plusieurs officiers et leurs hommes entrèrent avant 10 heures dans Alger par Bab Djedid et Bab Bhar et n'hésiteront pas à piller et à mettre à sac Alger. Pelissier de Reynaud, chef d'état-major, rapporte : «Jamais peut-être une occupation ne s'est faite avec autant de désordre administratif que celle d'Alger même dans les siècles les plus barbares. Les hordes du Nord qui s'arrachèrent les débris de l'Empire romain se conduisirent avec plus de sagesse et de raison... ce qui était d'autant plus choquant que la ville d'Alger était peut-être le point du globe où la police était le mieux faite. Les vols naguère presque inconnus se multiplièrent dans des proportions effrayantes et les indigènes en furent encore plus souvent les victimes. Le général Loverdo... a tellement pillé que six mulets ont été chargés de ses vols.»

Le général de Bourmont, entré après 12 heures, se préoccupera, pour sa part, du trésor de la régence. Une commission de trois membres, formée de l'intendant en chef Denniée, du payeur général Firino et du chef d'état-major, commandant la place d'Alger, le général Tholozé, était chargée de faire l'inventaire du trésor. «Les portes de l'Hôtel des monnaies qu'on ne songera à occuper qu'au bout de deux ou trois jours se trouvèrent enfoncées ; toutes les valeurs avait été enlevées...» Le poids d'un million en or équivalait à 666 livres et le poids d'un million en argent à 10 000 livres, l'inventaire des fonds aurait été estimé à 47 millions de francs (180 millions selon le capitaine de frégate Matterer), indépendamment de la prise de 1500 canons (la pièce d'artillerie – Baba Merzoug – est expédiée à Brest le 27 juillet 1833), de 12 bâtiments navals, d'immeubles considérables et de la mise à sac de la ville jamais estimée.

Quant à l'expédition, elle avait été évaluée à 25 millions de francs ! Le trésor fut chargé sur 5 navires : l'or sur le «Marengo» et le «Duquesne», l'argent sur le «Scipion», le «Nestor» et la «Vénus». L'officier-interprète Urbain, dans son Histoire de l'Algérie écrira: «Les édifices publics, les riches villas des environs d'Alger furent saccagés par les soldats qui détruisaient pour le plaisir de détruire... sans que les chefs opposent la moindre résistance à ce vandalisme.» De son côté, l'intendant Raynal, évoquant les Algérois, «ces prétendus barbares», rapporte un fait qui lui paraît décisif en faveur de l'opinion qu'il a conscience de la civilisation des Maures. «Il existe, écrit-il, à Alger un grand nombre d'écoles où l'on suit un mode d'instruction fort analogue à notre enseignement mutuel. Elles sont fréquentées par tous les enfants maures ou koulouglis, et je ne crois pas trop m'avancer en affirmant que l'instruction est plus répandue dans cet ancien repaire de pirates que dans beaucoup de villes de France».

Pierre Péan enquête sur le trésor d'Alger

Après une longue enquête, Pierre Péan (1) retrouve les traces de l'or découvert dans les palais de La Casbah, où étaient entassées des richesses évaluées en francs de 1830 à, au moins, 250 millions, soit quelque 10 milliards de francs en 2001, selon une estimation minimale de Pierre-François Pinaud, historien spécialisé dans l'histoire des finances du XIXe siècle, cité par l'auteur.

Selon Pean, «officiellement, ce fameux trésor a payé un peu plus que les frais de la conquête, soit environ 48 millions de francs en or et argent, alors que le trésor de la régence s'élevait à au moins 250 millions de francs (de 1830), soit un détournement d'au minimum 200 millions.» Il affirme que cette manne extraordinaire n'a pas atterri dans les seules caisses de l'Etat français, le roi Louis-Philippe Ier, la duchesse de Berry, des oligarques militaires, des banquiers et des industriels comme les Seillière et les Schneider, ont profité de ces richesses. «Le développement de la sidérurgie française doit ainsi beaucoup à cet or spolié», souligne encore l'auteur.

La thèse de la spoliation de l'or algérien n'est pas tout à fait nouvelle. Avant lui, un historien, Marcel Emerit, professeur à la Faculté des lettres d'Alger, avait consacré en 1954 une étude à ce sujet. Il avait, entre autres, découvert un rapport de la police française de 1852, qui, à partir des découvertes de la commission d'enquête gouvernementale sur l'or de la régence, affirmait que «des sommes très importantes avaient été détournées et qu'une grande partie de ces spoliations avaient abouti dans les caisses privées de Louis-Philippe».

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